V. — l^ECUES CONTRE LE PREMIER COMMANDEMEiNT
pu leur fût bannie avec plus de ^oin que des mystères ilolâtriques (1). ..
Quatrième question : le culte des idoles existe-t-il encore, mêmeparmi les chrétiens, et sous quelle forme ? Éternelles actions de grâce soient rendues à Notre Seigneur Jésus Christ, fils unique de- Dieu, Dieu de Dieu, vrai Dieu de vrai Dieu, consubstantiel au Père, un avec le Père, venu en ce monde pour dissoudre les oeuvres de- Satan (2). Par la vertu de sa croix, et à la lueur de ses enseignements, comme aux premiers feux du jour les oiseaux de nuit, tous les faux dieux ont pris la fuite. Mais, de ce que nous ne voyions plus sur nos places publiques, ou dans nos maisons, les idoles grossières et matérielles que l'antiquité aveugle adorait, est-cedonc à dire pour cela que toute idolâtrie soit éteinte ? Qu'est-ce donc, sinon une idolâtrie de l'esprit, ces doctrines insensées et absurdes, panthéisme, matérialisme, positivisme, et combien d'autres, où, sous desformules plus ou moins scientifiques, plus ou moins littéraires, on cherche à faire revivre les plus monstrueuses rêveries du paganisme ? Qu'est-ce donc, sinon une idolâtrie du cœur, ce sensualisme qui nous envahit de toute part, et semble être, plus qu'en aucun autre, la religion du temps présent ? Oui, cela est véritable : n'est pas idolâtre seulement celui qui, en lieu et place de Dieu, fait d'une créature quelconque son premier principe, mais encore, et non moins, celui qui de cette créature quelconque fait sa dernière fin, et y met toutes ses aspirations... A ce prix, que d'idolâtres encore, même parmi les chrétiens ! Idolâtre,, l'avare; il sert le dieu Mammon, et en attend des faveurs (3). Idolâtre, l'intempérant, gourmand ou ivrogne ; il sert le dieu ventre (4), et cherche l'assouvissement dans ce service. Idolâtres, l'impudique, le vindicatif, l'égoïste, l'affamé de gloire. Enfin, et pour tout dire en un mot : le péché étant aversio a Deo, conversio ad creaturas, idolâtre, quiconque pèche mortellement ; idolâtre passager, s'il sort au plus vite de l'état cCave^^sion de Dieu que le péché lui a fait ; idolâtre entêté, s'il y reste. C'est pourquoi Tertullien dit très théologiquement que le crime d'idolâtrie sera
(1) Discours sur Vhist. univ. 2* part., ch. 26.
(2) I JOANN. c. 3, V. 8.
(3) COLOSS. c 3, V. 5. et Eph. c. 5, v. 5. (4)Phil. c. 3, V. 19.
tout le sujet du jugement de Dieu ; tota causa judiciî, idololatria (1), pour cette raison très vraie, que tout péché est une idolâtrie ; autrement dit, que l'idolâtrie est le péché universel, et qu'en ce seul péché tous les autres péchés sont compris, ceux-ci étant comme le? dépendances de celui-là,
0 Jésus Sauveur, Dieu des vertus, Deics virtutuin, achevez votre ouvrage : vous avez purgé le monde des idoles de faux dieux' qui le déshonoraient; détruisez aussi le règne du péché ; il n'a jusqu'ici que trop duré dans notre esprit, dans notre cœur, dans tous nos sens... Qu'il soit anéanti à jamais, pour que maintenant, toujours, et jusqu'aux siècles des siècles, vous soyez notre seul et «nique bien...
(1) De iSoTbl. n. 1.
PREMIER COMMANDEMENT
SIXIÈME PRONE Péchés contre le premier Commandement. Le Culte du Démon.
Non hahebis deos aliénas coram me.
Vous n'aurez point d'autres dieux que moi.
HaiC verba eam habent sentenliam conjunctam : me Deum verum coles, alienis diis cultum non adhibebis.
Catech. Rom.
Après le culte des idoles : le culte du démon. Le culte du démon quel intitulé de prône ! Mais si ce culte a existé, quel péché «norme, quel crime affreux contre le premier Commandement de Dieu ! Et si ce culte existe encore, sous une forme ou sous une autre, quelle utilité, ce n'est pas assez, dire, quelle nécessité, quelle urgence même, de le faire, ce prône ! Donc deux questions : Le culte du démon a-t-il existé dans les temps antérieurs ? Existe-til encore au temps présent? Pour les résoudre comme il faut, ertau mieux de vos intérêts spirituels, que Dieu nous aide de sa grâce...
Nous l'avons dit dans la précédente Instruction : le culte idolâtrique, à trop peu d'exception près, général quant à ceux qui s'y adonnaient, l'était absolument quant aux choses qui lui servaient d'objet. Le soleil, la lune, les astres grands et petits ; la terre, la mer, les fleuves et leurs habitants ; parmi les hommes, souvent les plus abominables ; parmi les animaux, souvent les plus ridicules ou les plus nuisibles ; jusqu'aux arbres des forêts, jusqu'aux
K'oumes des iardins -.c'est le mot de Bossuet,tout avait été tourné en idolâtrie. Mais, voyons : était-ce bien réellement cela que l'on adorait ? Est-il croyable que les hommes eussent si peu de raison que de rendre un culte, plus d'une fois même le culte suprême à des êtres sans raison, ou bien à ceux qui l'ayant eue en avaient fait le plus odieux usage ? Qui démêlera cette énigme ? Qui nous aidera à pénétrer ce mystère ? les saintes Écritures d'abord, les Docteurs de l'Église ensuite.
Los saintes Écritures. — Elles nous disent que dès le commencement, peut-être môme au lendem.ain de sa formation, le plus magnifiquement doué des esprits créés, devenu démon, avait prétendu aux honneurs divins : Je monterai au ciel, j'établirai ma demeure au dessus des astres, je m'assiérai sur un trône par delà les nuées les plus élevées, et je serai semblable au Très-Haut : In cœlum consceficlcun, super astra Del exaltabo solium meum. Asce/idam super altUudinem 7iubium, similis ero Altissimo (1). Or, il est facile de croire que, depuis, il n'avait jamais renoncé à son criminel projet. — Elles nous disent, et l'Église nous le donne à lire chaque année, le premier dimanche de carême, qu'étant faite la plénitude des temps : au Fils de Dieu incarné, alors jeûnant et priant au désert, le démon vint offrir tous les royaumes du monde avec leurs innombrables richesses, sien retour il consentait à tomber à ses pieds et à l'adorer : Hœc omnia tibi dabo, si cadens adoraveris me (2). Certes, il ne faut qu'un peu de réflexion pour conclure que si le démon s'est cru assez fort, ou a été suffisamment audacieux pour tenter une pareille entreprise auprès de Celui, qu'à la vérité, il ne connaissait pas encore com.me Dieu, mais qu'il devait au moins tenir pour un homme de Dieu, supérieur même à tous ceux qui avaient paru jusqu'alors, il lui aura fallu moins d'efforts, et en sera plus aisément venu à ses fins, auprès d'une infinité de créatures humaines, que leur nature cor" rompue n'y portait déjà que trop. Les Écritures sont plus affirmatives encore. Qu'on veuille les parcourir attentivement. Au quatre-vingt quinzième psaume, le prophète royal le dit : Tous les dieux des nations sont des démons : Omnes dii gentiumdœ-
(1) Isa. c. 14, V. 13, 14.
<2; JMattii. c. 4, V. 9.