‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 161 sur 223 · XLVII. — LA DÉTRACTION · texte numérisé non relu

XLVII. — LA DÉTRACTION

empressé du psalmiste : J'avais pitié de ceux que la chaleur du sang faisait éclater en colère ouverte ; mais si je voyais quelqu'un qui insinuât secrètement le poison de sa malignité, je me sentais comme hors de moi, et il m'apparaissait qu'il était de mon devoir de le persécuter et de le confondre : Detrahentem secreto proximo suo hune persequebar (1).

La susurration, c'est-à-dire le faux rapport, qui a pour but principalement, non de diffamer, comme la détraction, mais de semer la zizanie entre voisins, entre amis, entre parents, entre gens enfin, faits, sinon toujours pour vivre ensemble, du moins pour s'aimer et s'estimer mutuellement : le faux rapport, dis-je, de sa nature péché mortel. O hommes à cœur double, et à deux langues, l'une qui souffle le chaud, l'autre qui souffle le froid, c'est de vous qu'il est parlé en cent endroits divers des saintes Écritures : Vous êtes l'objet d'une légitime et universelle horreur : Susurro in omnibus odietur (2)... Vous êtes maudits : Susurro et bilinguis maledictus (3). .. Après les six choses que le Seigneur n'aime pas, vous êtes la septième qu'il déteste et abomine : le frère qui sème la discorde entre les frères : S ex sunt quœ odit Dominus, et septimum detestatur anima ejus, eum qui seminat inter fratres discordias (4)... Gomme le détracteur, et plus encore que le détracteur, vous êtes dignes de mort : Susurrones digni sunt morte (5)... Et qui ne voit la raison d'être de ces anathèmes ? Estil rien de meilleur qu'un ami ? Est-il rien même qui en approche ? Celui, dit le Sage, qui a trouvé un ami, vraiment digne de ce nom, a trouvé un trésor (6)... Et ce bien, à nul autre compa rable amico fideli nulla est comparatio (7) ; ce bien sans lequel personne ne peut vivre : Sine amico nullus vivere potest (8) ; ce bien qui l'emporte sur la bonne réputation, autant que la fin l'emporte sur les moyens, puisque c'est à cela m^me que la bQHïie çéputatioik

(1) PSAL. C.

(2) ECCLI. c. XXI, 7. SI.

(3) Ibid. c. XXVII, V. 15.

(4) Prov. c. VI, V. 16-19.

(5) ROM. c. i,v. 29-32.

(6) ECGLI. c. VI, V. 14-15.

(7) Ibid.

(8) S. ÏHOM. 2, 2. q» 74. art. 2.

nous sertj de nous procurer des amis : fama ad hoc maxime necessaria est, ut homo idoneus ad amicitiam habeaiur {1) : ce bien, dis-je, vous me l'enlevez, vous me l'enlevez par les moyens les plus odieux ! Oui, ô rapporteur, ô semeur de discorde, vous êtes plus criminel que le simple détracteur, que le calomniateur luimême ! Oui, et rÉcriture a bien dit, vous êtes vraiment baissa- Die : susu7^roin omnibus odi'etu?^ ...

Et la flatterie elle-même, car il faut finir : presque toujours péché, souvent péché grave, et dans un cas particulier péché très grave. Presque toujours péché, disons-nous, soit parce que les paroles louangeuses, [caressantes outre mesure, sont rarement exemptes de mensonge, soit parce que, si de la part de celui qui les adresse, elles ne procèdent point d'une intention grièvement coupable, cependant pour celui qui les reçoit, elles ne laissent pas que d'être une amorce de péché, — Dans les œuvres de l'esprit, pour ne parler que de celles-là, moins vaut, et à beaucoup près, un flatteur empressé qu'un judicieux Aristarque. — Souvent péché grave; péché grave quand elle loue une faute grave commise; péché grave quand elle vise une faute grave à commettre, et qu'elle y pousse ; péché grave quand elle couvre quelque noir dessein : En retour de vos beaux exploits, et si vous continuez à combattre vaillamment, je vous donnerai pour épouse Mérobe, ma fille ainée : ainsi parlait Saûl à David, et dans le môme temps il avisait aux moyens de le tuer (2) . , . Maître, nous savons que vous êtes sincère, que vous enseignez les voies de Dieu en toute vérité, indistinctement, sans regarder à la qualité des personnes (3)... C'était avec ces paroles adulatrices que les pharisiens abordaient Jésus-Christ, pour le trahir ensuite et le perdre plus sûrement. Enfin péché très grave, particulièrement odieux, dit le Catéchisme Romain, longe perniciosior oratio assenfatorie facta, quand circonvenant un des leurs, atteint d'une maladie mortelle, et lui représentant qu'ayant tout lieu d'être tranquille, il n'est point temps encore de recevoir les sacrements, des amis, des alliés, ou parents, l'endorment dans une fausse sécurité etTem-'

(1) Ibid.

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