JOANN. C. IX
(2) Job. c. IV.
^3) AcT. c. xxvm,
4CG LE DÉCALOGUÉ
coué la vipère dans le feu, sans en ressentir le moindre mal, le?païens qui l'avaient d'abord tenu pour un malfaiteur insigne, finirent par l'acclamer comme un Dieu, tant l'homme passe vite du blâme à l'éloge, et de l'éloge au blâme, sans beaucoup plus déraison dans un cas que dans l'autre.
Par ces exemples, vous comprenez ce qu'est le jugement témjraire , vous le définiriez aussi sûrement que le théologien le mieux, exercé. Il diffère beaucoup du simple doute. Il va même assez notablement plus loin que le soupçon. Un bon auteur compare ces trois choses, doute, soupçon, jugement : la première à une, balance qui se tient en équilibre; la seconde à une balance qui incline d'un côté plutôt que d'an autre; la troisième à une balance qui trébuche tout à fait (1) ; conséquemment le jugement téméraire est cet assentiment intérieur par lequel, bien que dépourvu de motifs suffisants et de raisons valables, un homme tient fermement un autre homme pour sujet à tel défaut, ou pour cooipable d^ telle mauvaise action : Judicium temerarium est firmus as&ensus, ex levihus indiciis ortus, quo aliquod peccatiim,vel defecr tus proximo affingitur (2).
Mais nous n'en sommes encore qu'aux préliminaires. Le j;ugement téméraire défini, selon sa vraie notion, il reste à dire qu il est péché, et quel péché il est.
Il est péché. La démonstration ne sera ni longue, ni difficile à^ faire, tant est formel, à cet égard, l'enseignement des Saintes Écri-, tures. Ne jugez point, dit Jésus-Christ, afin de n'être point jugés, car vous serez juges par le jugement même que vous aurez porté contre vos frères, et la mesure dontvousvous serez servis pour les mesurer, on s'en servira pour vous mesurer, à votre tour (3). Fidèle^ interprète de la pensée du Maître, saint Paul parle comme le Maître : Qui que vous soyez, ô homme, vous êtes inexcusable ; car vous vous condamnez vous-même parle jugement que vous^ portez contre autrui (4). N'insistons pas davantage; ces témoignages suffisent.
Il est péché grave ou léger, autrement dit mortel on véniel, se-
(1) P. Segneri.
(2) Le théologien Clément Marc. n. 1,191.
C't MAr.n. c. TV, V. 94.
ii'i) Rom. c. Il, V i.