ECCLI. C. X
(2)2. 2. q. 60. art. 3.
ment. Ils mesurent les autres à leurs défauts, sinon à leurs vice?. Une seconde cause de perversité dans les jugements vient d'un fond non totalement, comme tout à l'heure, mais partiellement méchant^ c'est-à-dire d'une mauvaise disposition dont nous sommes affectés, à l'égard de tel ou tel de nos prochains, dit encore saint Thomas : Âlio modo provenit ex hoc quod aliquis maie afficiiur ad alterum (1). Malheur à lui, malheur à ce prochain, s'il nous éclipse, s'il nous devance dans l'estime d' autrui, s'il nous contrarie dans ce que nous croyons être notre intérêt, ou même, sans être gênant, s'il nous est simplement antipathique. Sur les plus faibles indices et les raisons les moins concluantes, nous le tiendrons pour un méchant homme, parce que entre désirer qu'une chose soit, et se persuader qu'elle est en effet, il n'y a qu'un pas. Voici le texte entier du grand moraliste : Cum enim aliquis contem7iit, ant odit aliquem, aut irascitnr, aut ei invidet, ex levibus signis mala opinatur de ipso : quia unusquisque faciliter crédit quod appétit {%.
Conclusions pratiques :
Ne jugez point, dit Notre Seigneur, «fin de n'être pas jugés Tous-mêmes.
Ne jugez point avant le temps, ante tempus ; c'est-à-dire, alors même que le péché d' autrui vous semblerait déjà certain, attendez encore quelque nouvelle et plus ample information. Qui sait s'il ne gagnerait pas sa cause, celui que vous condamnez, du jour où il la plaiderait lui-même auprès de vous ? C'est d'Alexandre le Grand que l'histoire rapporte : que, quand on accusait quelqu'un comme coupable envers lui, il se bouchait une oreille, disant qu'il la gardait intacte pour écouter l'accusé.
Mais si l'acte du prochain est définitivement démontré mauvais : même dans ce cas la charité n'a pas encore perdu tous ses droits. Excusez l'intention. Si l'intention n'est pas excusable, rejetez la faute sur l'entraînement de la passion, ou sur la violence de la tentation. Nous-mêmes, en pareille occasion, nous eussions peut-être fait pis. Il n'est point de mal commis par un autre, disait saint Augustin, que je ne puisse commettre, à mon tour, si Dieu ne me soutenait de sa grâce,
(1) s. Thom. ^
/2) Ibid.