‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 18 sur 223 · VI. — rÉCIlÉS CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT Gl · texte numérisé non relu

VI. — rÉCIlÉS CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT Gl

vion i a {i). Au chapitre quatorzième de l'évangéliste saint Jean c'est le mot de Jésus Christ : Le démon est le prince de ce monde : Prince^js hitjus mundi (2). Dans sa première aux Corinthiens saint Paul déclare en termes formels, que sacrifier aux idoles, c'est sacrifier aux démons eux-mêmes : Quœ immolant gentes, dœmoniis immola?it (3) : que manger et boire de ce qui a été offert aux idoles, c'est participer au culte des démons, boire au calice des démons, s'asseoir à la table des démons : Nolo vos socios fieri dœmoniorum ; 7ion idotestis calicem Doniini hihere etcalicem dœmoniori<m, inensœ Bomini participes esse et mensce dœmoniorum (4). Le même Apôtre va encore plus loin dans sa seconde aux mêmes : cette fois il dit le mot, jusque-là sous-entendu : Le dieu de ce siècle, c'est le démon : Deus hiijus sœculi (5) ; c'està-dire, comme l'interprète Bossuet, après TertuUien, qu'antérieurement à la venue de Jésus Christ, il se faisait élever des temples, dresser des autels, consacrer des prêtres, immoler des victimes, adresser des vœux; enfin, et pour tout résumer dans un mot : Il faisait le dieu comme ferait le roi un sujet rebelle, qui, par mépris ou par insolence, affecterait la même grandeur que son souverain (6). Il serait difficile de mieux dire.

Les Écri'ures ont parlé. Les Docteurs de l'Église maintenant, surtout les anciens Pères, ceux-là mômes qui, pendant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, firent du culte idolâtrique, cela allait de soi, le sujet le plus ordinaire de leurs écrits. Qu'en ontils dit ? En ont-ils méconnu l'universalité ? Non certes, c'était un fait trop palpable, ils le voyaient de leurs yeux, le paganisme fut lent à disparaître. Ont-ils nié les choses surprenantes, prodigieuses, on serait presque tenté de dire miraculeuses, si on ne savait que Dieu seul peut faire des miracles au sens rigoureux du mot, qui s'opéraient partout où les idoles étaient en honneur ? d'une manière- générale, non, pas davantage (7). En hommes

(l)PSAL. Qà, V. 5.

(2) JOANN. C. l'i, V. 30

(3) 1 Con c. 10, V. 20.

(4) Ibid.

(5) II Cor. c. 4, v. 4.

(6) Bossuet. Sermons

(7) Contrairement aux rationalistes qui nient tout, même les faits les mieux prouvés. C'est que le diable sait très bien se déguiser, sous une forme scientifique, ou d'une autrç façon, et même se faire oublier tout à fait chaque fols qu'il y trouve profit.

perspicaces, ils savaient trop bien démêler le vrai du faux, les témoignages authentiques de l'histoire des fables inventées par Timagination ; et d'autre part, ils étaient trop versés dans la sciencedes Écritures, pour ignorer le pouvoir du démon sur les créatures d'ordre inférieur : sa pénétration d'esprit, le rendant apte à voir clairement dans leurs causes des eJDfets encore éloignés ; son agilité, qui lui vient de sa nature toute spirituelle et lui permet de franchir en un clin d'œil les plus grandes distances ; sa malice surtout, spiritualia nequitiœ, qui le pousse à tourner contre Dieu dont il s'était fait, dès le commencement, nous l'avons dit,, le concurrent jaloux, et contre l'homme, pour l'entraîner dans sa propre ruine, les dons merveilleux, restés siens, même après sa chute. Donc, évocations suivies d'effet ; voix mystérieuses dans les temples ; oracles rendus par les sacrificateurs, ou par les simulacres eux-mêmes, et que plus d'une fois l'événement avait justifiés ; mouvements et agitations de la prêtresse, à Delphes, ou ailleurs, tenus pour divins par les assistants ; objets insensibles de leur nature, s'animant, se mouvant, se transportant d'un lieu en un autre, comme s'ils avaient eu vie(l) : toutes ces choses, et' plusieurs autres encore, du moins dans leur généralité, les anciens Pères les tenaient pour réelles, historiquement vraies ; et tous les efforts de leur argumentation se concenti'aient sur cet unique point : démontrer que ces prodiges, très propres d'eux-mêmes à égarer les peuples, et les égarant en effet, étaient, non l'œuvre de tel ou de tel de leurs dieux auquel ils l'attribuaient, mais du démon lui-même, et de nul autre, et qu'en les faisant, selon le pouvoir qu'il en a, il ne visait à rien moins qu'à s'attirer le culte de suprême adoration qui n'est dû qu'au vrai Dieu. Oui, s'écriait Tertullien — le seul de ces anciens Pères, dont nous voulions rappeler les paroles, pour ne pas nous étendre plus qu'il ne faut sur ce sujet — s'adressant donc aux adorateurs de faux dieux : Oui,

(1) ExoD. c. 7, V. 11. — Voir aussi sur le pouvoir des démons S. Augustin. Cité de Dieu, livre 18, c. 18.

(2) Les textes très nombreux des anciens Pères sur ce sujet, un théologien distingué de notre temps, Clément Marc, les résume ainsi : Idololatria gentium est daemonum cultus, quia testante S. Scriptura : Omnes dii gentium daemonia, ps. 95. Quidquid enim gentes colebant, in idolis colebant; àub idolis delitescebant daemones qui se colendos exhibuerunt hominibus, per illa dando responsa, et faciendo taJia qua& mirabilia vldç^anl^ hora«iit>u§. Ita S. S, l'atçes et Dosiqyes (£L|MJE^T Maac, b. 557).

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