‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 175 sur 223 · L. — EXCELLENCE, NÉCESSITÉ, OPPORTUNITÉ · texte numérisé non relu

L. — EXCELLENCE, NÉCESSITÉ, OPPORTUNITÉ

ce pêcheur dépense beaucoup de temps pour tirer de l'eau un seul poisson à la fois. Mais le Démon qui nous tente de mauvaises pensées, ressemble à celui qui ,'pêche avec un immense filet, et qui en peu de temps et d'un seul coup ramasse une énorme quantité de poissons... il serait difficile de mieux dire —parce qu'enfin plus faciles à commettre, et plus prompts à se multiplier, ils allanguissent la conscience, la font s'endormir, sans qu'elle s'en doute, dans le péché, c'est-à-dire dans la mort. 11 en est des maladies de l'âme, comme des maladies du corps, ajoutel'Auteur que nous venons de citer, les plus inguérissables sont les maladies internes. Vous croyez n'avoir affaire qu'à de simples tentations, à des mouvements naturels et involontaires ; erreur funeste : dans la réalité ce sont des délectations moroses et des consentements délibérés, en beaucoup de cas péchés mortels (1)... Et maintenant que la pleine lumière est faite, qui ne voit clairement le besoin que nous avions du neuvième et du dixième Commandements ? Qui ne voit que Dieu a agi au mieux de nos intérêts spirituels, en voulant, non que la défense des pensées et des désirs coupables se tirât seulement par voie de conséquence du sixième et du septième Commandements, mais fût écrite expressément et en toutes lettres dans la loi: Non concupisces : Vous ne convoiterez point; vous ne convoiterez ni la femme du prochain, ni sa maison, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à lui.

Ces deux points établis, l'excellence et la nécessité du neuvième et du dixième Commandements : quand nous aurons ajouté quelques mots sur leur opportunité, plus grande aujourd'hui que jamais, tout notre cadre sera rempli. Cette opportunité est l'évidence même. Si l'historien des anciennes mœurs païennes a pu dire que le propre de son siècle était d'être corrompu et de corrompre : à supposer qu'il revint, qualifierait-il autrement le nôtre ? Le livre, la brochure, la feuille quotidienne, la revue hebdomadaire ou mensuelle, la gravure, la peinture, la musique, le théâtre, les modes, toutes ces choses et cent autres ne provoquent elles pas à la luxure, et aux désirs de luxure, comme si l'homme ne s'y portait pas assez de lui-même ? En quel temps donc fut-il

(1) Ibid.

plus opportun de rappeler le grand Commandement : Non desiderabis uxorem proxûni lui : non seulement vous ne ferez aucun îicte impur, de quelque genre que ce soit ; la pensée elle-même "VOUS sera imputée à crime ?... Et nous sommes encore travaillés par Vine autre fièvre. Ce n'est pas que la cupidité, l'amour désordonné des richesses, le mécontentement de son sort, le regard envieux jeté sur le bien d'autrui, soient des faits nouveaux ; non, tout cela est vieux comme le monde. Mais tout cela aujourd'hui est plus qu'un fait, c'est un système, c'est une doctrine. Cette doctrine a un nom : elle s'appelle Socialisme, Communisme, Collectivisme. Ce système a ses adeptes, une organisation puissante, une propagande effrénée. Que faire, car en aucun temps l'ordre social ne fut plus menacé ? Que faire donc ? Laissons parler ici un Évêque illustre de ce siècle. A trente ou quarante ans de distance ses paroles n'ont rien perdu de leur actualité : Admirable prévoyance de notre Dieu ! Il y a plus de trois mille ans qu'un législateur, appelé en communication immédiate avec l'Éternel, avait rapporté des hauteurs mystérieuses du Sinaï deux tables de pierre, portant écrite en dix commandements, la loi naturelle tout entière, tellement que depuis cette époque on n'a pu en retrancher un seul sans toucher à l'essentiel, on n'a pu en ajouter un seul sans y mettre du superflu... Cependant le dernier de ces dix préceptes, celui qui défend les désirs injustes du bien d'autrui, paraissait généralement d'une nécessité moins rigoureuse et d'une application moins habituelle que les autres. Mais voilà qu'après trente trois siècles, il arrive au cœur de notre société une maladie nouvelle qui la ronge, qui l'oppresse, qui menace de la détruire, et contre laquelle ce dixième article de la Loi de Dieu est le seul préservatif universel. (1)

Nous croyons avoir démontré l'excellence, la nécessité^ l'opportunité, aujourd'hui plus grande que jamais, du neuvième et du dixième Commandements. Pour terminer, et on ne peut guère le faire mieux que par l'action de grâces, pour terminer, disons avec le Catéchisme Romain : Que Dieu, par les Commandements précédents, nous ayant mis à couvert nous et nos biens des insultes et des violences du prochain ; dans son extrême bonté, il a voulu

(1) Mgr Parisis, Evêque de Langres.

Page 1