T.. — EXCELLENCE, NÉCESSITÉ, OPPORTUNITÉ
par ceux-ci nous défendre contre nous-mêmes et contre nos appétits déréglés, lesquels n'eussent pas manqué de nous être funestes, s'ils avaient pu se produire impunément (1) ; et avec notre grand Pape Léon XIII : Que bien qu'en soi, et de sa nature propre, la religion ait pour but le salut des âmes et la félicité éternelle : cependant, en la sphère même des choses humaines, elle est la source de tant et de tels avantages, qu'elle n'ei pourrait procurer déplus nombreux et de plus grands, même dans le cas où elle n'aurait été établie qu'en vue d'assurer la félicité présente (2)...
(1)Nam cùm superioribus, etc»
<2) Ency. Immortale Dei.
DERNIER PRONE Sanction du Décalogue
En propono in conspectu vestro hodie benedicHonem et
\maleIlctionem (1).
Voici ce que je vous mets aujourd'hui sous les yeux: ! la bénédiction et la malédiction .
Hoc (pœna proposita) communis est
omnium legum appendix. Omnis enim
lex ad praecepta servanda homines pœna
et praemio inducit.
Catech. Rom.
Nous sommes arrivés au terme de nos Instructions sur le Décalogue.
Mais cette loi sainte, qui ordonne et qui défend ; qui ordonne telles choses, d'aimer Dieu et de n'adorer que lui seul, de garder le jour de service qu'il s'est réservé chaque semaine, d'honorer nos pères et nos mères qui lui tiennent de si près, comme continuateurs de l'œuvre créatrice; qui défend telles autres choses, de se parjurer, de tuer, de commetlre l'adultère, de dérober, de porter un faux témoignage, de convoiter ou la femme, ou la maison du prochain : cette loi sainte, Dieu l'a-t-il sanctionnée? On appelle ainsi sanction d'une loi, les récompenses que le Législateur dé* cerne à ceux qui l'accomplissent, les châtiments qu'il prononce contre ceux qui la violent. La sanction d'une loi, c'est comme on l'a dit très justement, ce qui en fait le nerf, en corrobore l'autorité, en inspire le respect et en presse l'observation. A défaut d'un ^grand amour, l'homme a besoin d'être excité à la fidélité par la
(1) Deut. c. XI, V. 26.
492 LE DECALOGUE
crainte ou par l'espérance. Dieu donc a-t-il sanctionné sa loi? t-il décerné des récompenses, et prononcé des châtiments, selon les cas ? Oui, sans aucun doute. Sa grâce nous aide à le montrer clairement...
Oui, sans aucun doute, venons-nous de dire. Et d'abord, cette double sanction, sanction de récompense, et sanction de cliâtiment, nous la trouvons en nous, à l'endroit même où Dieu, dès le commencement, l'a gravée, sa loi: dans notre cœur. La démonstration est facile, vous la feriez vous-mêmes, et le plus aisément du monde. Que nous pratiquions le bien et évitions le mal, que nous observions ponctuellement et de plein gré quelque précepte, ou de ceux qui ordonnent, ou de ceux qui défendent, le prix est au bout, il nous attend : Si bene egeris, recipies (1) : c'est la joie du devoir accompli, c'est la dilatation du cœur, c'est le bon témoignage que se rend la conscience, c'est je ne sais quelle voix menant murmurer à l'oreille, comme autrefois Dieu à son serviteur Abraham (2) : Parce que tu as fait cela, et que tu as pris ta volonté propre, comme la meilleure brebis de ton troupeau, pour me l'immoler en sacrifice d'agréable odeur, je te bénirai, et dès ce moment je te bénis... Et si nous avions l'heur de rester toujours dans ces dispositions^ c'est-à-dire de nous attacher à la loi du Seigneur sans la transgresser jamais, il n'est pas douteux que nous demeurerions dans une éternelle paix : Nam si in via Bei ambulasses^ habitasses utique in pacesempiterna ("3). Mais, au contraire, que nous déchirions la loi, selon le mot des Écritures : lacerata est lex ; sans figure, que nous commettions le péché, ou le péché de parjure, ou ie péché de blasphème, ou le péché d'outrage aux parents, ou le péché d'homicide, ou le péché d'adultère, ou le péché de larcin, ou le péché de faux témoignage, ou Je péché de désir criminel : non moins prompte la peine, que tout ù l'heure la récompense : Si aiUem maie, staiiin p^ccaia'ïn aderit (4): voilà la conscience qui se réveiJie et crie ; voilà le remords qui fait sentir son dur aiguillon; voilà des jours troublés et des nuits sans som-
(1) Gen. c. IV, V. 7.
(2) Ibid. c. XXVI, V. IG (,3) Baruch. c. lii, V. 13.
CO Gei\. c. IV, V. 7. Peccatum, id est pœna peccati — Culpam pœna premit oom Horace.