VI. — PÉCHÉS CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT G
Pour tout au monde nous eussions voulu qu'elle fût négative. Mais pouvons-nous faire qu'elle le soit, en effet? N'est-il pas manifeste, au contraire, que l'ancienne magie, l'ancienne divination, l'ancien malt'fice n'ont disparu que pour faire place à une magie nouvelle, à une divination nouvelle^ à une science nouvelle de nuire, finalement à de nouvelles formes de culte du démon ?
Par exemple : le magnétisme, et les effets qu'il produit, surtout s'il est poussé jusqu'aux limites extrêmes : lire les yeux bandés, ou même par un autre organe que l'organe visuel naturel, voir ce qui se passe à de très grandes distances, comme si on l'avait sous la main, parler des langues qu'on n'a point apprises, traiter des sujets dont on n'a pas la moindre notion, indiquer de quelle maladie est atteinte telle ou telle personne que l'on ne connaît pas, que l'on n'a jamais vue : qui oserait dire que toutes ces choses ne sont pas diaboliques, et n'équivalent pas aux anciennes opérations magiques (1)?
Après le magnétisme, le spiritisme : Ce sont des tables qui se meuvent, qui font certains signes conventionnels, qui écrivent même ; on les interroge, elles répondent, selon les demandes faites, ou sur les choses passées, ou sur les choses présentes, ou sur les choses futures, le plus souvent sur celles de l'autre monde ; à les en croire, l'esprit qui parle par leur moyen, c'est ou bien un des bons anges, ou bien, dans la plupart des cas, l'âme d'un mort... Non, mille fois non, soyez-en convaincus, c'est le démon lui-même qui parle, et nul autre, le démon qui s'est mis à rajeunir la nécromancie des siècles idolâtres, le démon qui renouvelle aujourd'hui une vieille pratique d'autrefois : se faire passer, démon qu'il est, pour quelque âme sainte : Fréquenter dœmones simulant se esse animas mortuorum ad confirmandum gentilium errorem (3).
Et ce n'est pas tout encore. Le démon, aux siècles antérieurs si abhorré, et qui mérite tant de l'être toujours, voici que des écrivains, littérateurs, poètes, romanciers, dramaturges, ont entrepris de l'amnistier, de le réhabiliter même, de le glorifier presque : On s'est mépris à son sujet, on l'a trop calomnié, il vaut mieux que
(1) Voir GuRY, n. 276 et suiv.
(2) Voir GuRY. n. 273 et suiv.
(3) S. THO.M. 1. q. 117, art. 4. ad 2.
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sa réputation, il est plus digne rîe pitié que de blâme, il n'a pas perdu tout droit à quelque sympathie : Cest un révolutionnaire malheureux, qui ne peut que gagner aux Xf^'ogrès des lumières et de l'universelle civilisation {!)... Et il en est d'autres, d'un autre genre. Ils n'écrivent pas seulement, ils agissent, non en plein jour mais dans l'ombre, non isolément mais avec ensemble et par des efforts concertés. Je ne les nommerai pas, mais je les désignerai suffisamment. Ils ont des convents, ou réunions obligatoires ; ils ont des serments terribles qui les lient ; ils ont une hiérarchie fortement organisée et rigoureusement graduée ; ils ont des cérémonies rituelles et des signes en quelque sorte sacramentels ; ils ont un mot d'ordre, c'est-à-dire un objet nettement déterminé : Vaholition à toict jamais du catholicisme, et même de Vidée chrétienne (2), conséquemment du culte du vrai Dieu... Or, qu'est-ce, tout cela? Qu'est-ce donc? Qu'est-ce, cette littérature dont nous n'avons rappelé que les moins abominables propos, car il en est encore de plus révoltants? Sinon une manière de culte du démon. Qu'est-ce, toutes ces sociétés ténébreuses, de quelque nom qu'elles se parent, sous quelque déguisement qu'elles se cachent? De ceux qui s'y aggrègent, peut-on dire autre chose que ce qu'en disait Pie IX, de glorieuse mémoire, vers le commencement de la seconde moitié de ce siècle : Qu'ils ont le diable pour père, et qu'ils font ce que fait leur père : C lande stinarum societatum gregales, in quos profecto verba illa cadunt divini Redempioris : Vos éx paire diabolo estis, et opéra patris veslri vultis facere (3)...
Concluons. Cç n'est donc que trop vrai : Le culte du démon a toujours existé. Il en est de cette hérésie, l'hérésie démonienne, comme de toutes les autres, sœurs puînées de celle-ci : les formes changent, le fond reste le même. Prévaudra-t-elle ? Non, jamais. Dans les temps, qui seront les derniers de ce monde, lorsque le
(1) Renan — voir au chap. 30 du traité du Saint Esprit, par l'abbij Gaume, d'autres textes, plus impies encore, de Schelling. de Michdet, de Quinet, etc. Mais de tous les dcvôts au démon, le premier est Proudhon ; Satan est le bien-aimé de son mne... Proudhon est logique. Si, selon lui, Dieu est le maL Satan doit être le bien.
(i') Paroles textuelles d'un des hauts dignitaires de ce ténébreux empire, dès 1819. Depuis cette époque, ces mêmes paroles textuelles, ou d'autres absolument équivalentes ont été répétées cent fois.
(3) Allocution du 9 décembre 1854.