‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 24 sur 223 · VII. — PÉCUÉS CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

VII. — PÉCUÉS CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT

jet, ou introduit des inutilités, des superfluités qui le dénaturent, et le font être moins un culte qu'un semblant de culte. Mais quelles inutilités donc ? Quelles superfluités ? Par les principes généraux qu'il pose, saint Thomas va fournir la réponse : Le culte du' vrai E>ieu est ordonné à ces fins, de procurer à Dieu la gloire qui lui' appartient, d'élever notre esprit vers les réalités d'ordre supérieur, de purifier notre cœur en réglant ses inclinations, de réfréner la chair elle-même en combattant ses mauvais penchants ; en telle sorte, ajoute-t-il, que tout culte qui ne tend à aucune de ces choses, qui n'a aucun rapport avec l'honneur dû à Dieu, qui laisse l'esprit à ses pensées terrestres, le cœur à ses affections déréglées, la chair à ses basses convoitises, loin de les en tirer, est un culte inutile, superflu, parce que, ni ne glorifiant Dieu, ni ne rendant l'homme meilleur, il n'est rien de ce que le vrai culte doit être : Si autem aliquid fit, qiiod qicantmn est de se, non pey^tinet ad Bel gloricnn, neque ad hoc quod mens feratitr ad Déum, aiit quod carnis concupiscentiœ inordinatœ refrœnentur, totum hoc reputandum est superfluuTn : quia in exterioribus solu7n consistens, ad interiorem Bel cultum non pertinet (1). On ne saurait mieux dire.

Et maintenant, de ces principes posés, principes dont le plus élémentaire bon sens lui-même ne peut pas ne pas reconnaître la justesse, voyez quelles applications seraient à faire.

Ce culte superflu, pur simulacre du vrai culte : c'était celui de beaucoup de juifs, au temps de Jérémie. Peu soucieux de garder la loi, ou plutôt la violant volontiers, même dans ses points essentiels, pourvu qu'ils dissent : Le temple du Seigneur, le temple du Seigneur, le temple du Seigneur ; ils se tenaient pour quittes envers le Seigneur : Templutn Bomini, te^nplum Bomini, templuin Bomini est (2)... et le prophète de leur crier : Non, non, il n'en va pas ainsi : puisque vous déshonorez le Seigneur, ce n'est pas le temple du Seigneur qui vous sauvera ; il vous adviendra comme il est advenu à vos frères d'Ephraïm : le Seigneur vous chassera de devant sa face : Et projicia'ïn vos a facie mea sicut projeci omnes fralresvestros, universum semen Ephratm {3} ,

(1) s. Thom. 2. 2. q. C3, art. 2 in corp. art.

(2) Jerem. c. 7, v.4.

(3) Ibid. V. 15.

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Ce culte superflu, tout à l'extérieur, et, si j'osais dire, tout deparade : c'était celui des Pharisiens, au temps de Jésus Christ. Ceux-ci nous sont plus connus que les précédents. Interpréter faussement la loi, l'enfermer dans un formalisme étroit, y ajouter des traditions sans fondement, des observances vaines, au risque de l'étouflersous cette surcharge, comme déjeuner hors saison, de se lotionner tout le corps, plusieurs fois le jour, sous prétexte de piété, de payer scrupuleusement la dîme des moindres herbes, de faire d'interminables prières, au coin des rues-, par ostentation, dans un but intéressé : ces choses et autres semblables, c'était toute leur religion. C'est pourquoi, dit Notre Seigneur, et pour que nous n'en ignorions, l'Église nous le fait lire chaque année, au cinquième dimanche après la Pentecôte, si votre justice n'est plus abondante que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume desCieux : Nisi abundaverit jicstitia vestra plus quam Scribarum et Pharisceorum, non intrabitis in regnum cœlorum (1).

Mais en fait, et pour notre malheur, nous agissons comme si nous ne le savions pas. Le pharisaïsme subsiste toujours, quant au fond; les formes seules ont changé. Que de chrétien — je vou- •di-ais les excuser; mais le puis-je vraiment? — Que de chrétiens donc sacrifient le principal, l'essentiel même du culte de Dieu pour n'en retenir que l'accessoire, ou même simplement l'apparence ! Oui, sans aucun doute, adopter telle prière à faire, telle dévotion, tel exercice pieux, pourvu que ce soit une vraie prière, une vraie dévotion, un vrai exercice pieux ; c'est bien. Dire le chapelet, porter le scapulaire, aller en voyage vers tel saint,, en pèlerinage à tel sanctuaire justement renommé, s'affilier à cette confrérie, et à cette autre encore : ce sont choses louables : j'entre dans toutes les confréries que je rencontre, disait saint François de Sales, parce qu'il n'y a rien à perdre et toujours à gagner parla communication des prières et des bonnes œuvres. J'espère ne pas aller en enftr, ajoutait-il, mais je crains bien le feu du purgatoire ; je pourrais même y rester longtemps, si ces braves gensne devaient m'en tirer (2). Enfin, et pour entrer encore plus dans le^

(1) Matth. c. 5, V. 20.

(2) Le culte de la Sainte Vierge, par A. Eguon, p. 200.

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