‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 25 sur 223 · VII. — PÉCHÉS CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

VII. — PÉCHÉS CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT

vif des usages religieux : garder soigneusement le cierge de la Chandeleur, recevoir les cendres, in capite jejunii, le rameau bénit, au dimanche des palmes ; l'Église l'approuve, elle y exhorte même, sa liturgie en fait foi : des faveurs spirituelles et temporelles y sont attachées. Mais si vous faites ces choses, bonnes en soi, secondaires pourtant parce qu'elles ne sont que de conseil; et que, contrairement à la recommandation de Notre Seigneur : Bœc oportuit fàcere et illa non omittere^ vous omettiez ces autres, bien autrement importantes, soit parce qu'elles sont de précepte, soit parce qu'elles intéressent de plus près la gloire de J3ieu, et notre sanctification : tel le jeûne du carême, telle l'observation du dimanche, telle la confession annuelle, telle la communion pascale : pensez-vous que les premières, n'ayant pas les secondes pour support, suffiront avons faire trouver grâce? Auriez-vous donc oublié la parole de Jésus Christ : Si votre justice ne surpasse point celle des Scribes et des Pharisiens^ vous n'entrerez point dans le royaume des Gieux : ou la vigoureuse apostrophe de Jérémie aux juifs d^ son temps : Vous dites : le temple du Seigneur, le temple du Seigneur, le temple du Seigneur ; et moi je vous crie : Si vous n'accomplissez la loi du Seigneur, le temple du Seigneur ne vous sauvera pas...

Et ce n'est pas tout encore ; il faut bien que je dise un mot des superstitions, restes impurs du paganisme, venus s'attacher aux flancs du grand culte du vrai Dieu, comme les plantes parasites au tronc des grands arbres. Voyons : sous prétexte de je ne sais quel sentiment religieux, vague, flottant, inspiré par une crain te que rien ne justifie, ou par une confiance sans fondement, sontelles assez puériles, déraisonnables même ? Gomment ! Vous ajoutez foi aux songes, fantômes de la nuit succédant aux préoccupations de la veille ! Vous attribuez quelque efficacité médicinale à telle ou telle herbe, si elle est cueillie en telle fête, avant le lever du soleil ! Vous redoutez comme mauvais présage tel jour de 1» semaine, tel quantième du mois, telle rencontre fortuite, ou le chant de tel oiseau ! Vous croyez lire les secrets de l'avenir dan i les linéaments de la main, ou sur des cartes à jouer, comme si la nature en traçant ceux-là, et l'artiste en peignant celles-ci do»

(I)Matth. c. 23, V. 23.

noir et de jaune, de vert et de rouge, leur avaient infusé une vertu prophétique (1) !. ..

Mais il est temps de finir; et pour le faire utilement, par une conclusion générale, qui renferme le prône d'aujourd'hui et les précédents, le cinquante cinquième chapitre du beau traité de saint Augustin sur la vraie religion va nous venir en aide :

A qui attribuerons-nous le culte de suprême adoration ? Aux vaines pensées qui nous passent par l'esprit ? non : Non sit nobis religio in phantasmatibus nostris ; car la moindre parcelle •de vérité vaut mieux que toutes ces imaginations. — Aux ouvrages faits de main d'homme ? non : Non sit nobis religio humanoriun operu^n cultus ; à quels titres seraient-ils adorables, puisque ceux qui les font ne le sont pas ? — A la terre, à l'eau, à l'air plus subtil que l'es-ii '^ non : Non sit nobis religio terraruin Cultus, et aquarum., nec eliain purioris aeris ; adoronsnous donc le feu qui l'emporte sur tout cela ? le feu que nous allumons et éteignons à volonté, est-il Dieu ? — Aux animaux -sauvages ou domestiques, à la manière des Egyptiens et autres peuples ? non : Non sit nobis religio bestiarmn cultus ; car le plus chétif des hommes vivants dépasse en excellence la plus magnifique des bêtes, et pourtant nous ne l'adorons pas. — Aux hommes morts alors ? pas plus qu'aux vivants : Non sit nobis religio hominum mortuorum ; s'ils ont mal vécu, nous ne leur devons rien : s'ils ont bien vécu : qu'on les honore, oui, en les imitant ; qu'on les adore, non, la religion le défend. — Si ce n'est aux hommes, c'est donc aux démons ? encore moins, mille fois : Non sit nobis religio dœmonum cultus ; car ce serait pour nous grand péché et grande honte, et pour eux un vrai triomphe, que nous avons le devoir de ne pas leur procurer. — Ah ! je vous entends, c'est aux Anges ? Ni aux anges non plus : Non sit nobis religio angeloriun cultus ; soit par ce qu'ils ne le veulent pas, témoin l'ange qui ne souffrit pas que saint Jean se prosternât à ses pieds (2), soit parce qu'ils ne peuvent pas le vouloir, car, encore

(1) La plupart des théologiens recommandent aux curés, prédicateurs, catéchistes, «d'être brefs en cette matière: brevem haheant sermonem de iis (superslitionibus) quae in sua regione notée sunt. ne potius cas edoceaat, quam ab eis avortant. Gury. n. 272.

(2) Apoc. c. 22, V. 9.

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