IX. — LE JUREMENT OU SERMENT
Bethsabée, que, de tous les fils issus de lui, Salomon sera celui qui lui succédera au trône (1). C'est saint Paul écrivant aux Romains : Le Dieu que je sers en esprit et en vérité m'est témoin que je ne passe pas un seul jour sans me ressouvenir de vous (2) ; et aux Corinthiens ; Je prends Dieu à témoin, et sur mon âme, que si je ne suis pas venu plus tôt parmi vous, ça été pour ne point vous infliger les châtiments que vous aviez mérités (3) ; et aux Philippiens : Dieu m'est témoin avec quelle tendresse je vous aime tous dans les entrailles de Jésus Christ (4)... Assez de textes et de faits ; les saintes Ecritures tiennent le serment pour chose sacrée .
L'histoire de toutes les nations en témoigne. Ce témoignage no souffre aucune exception ; il est universel. Tous les peuples, anciens ou modei'nes, civilisés ou barbares, ont pratiqué le serment. Qu'ils eussent à contracter quelque alliance avec un voisin : le serment; à s'assurer de la fidélité de leurs milices, au moment d'engager une bataille : le serment ; à conclure un traité de paix, la guerre terminée : le serment ; à régler les rapports entre gouvernants et gouvernés, entre rois et sujets : le serment ; à prononcer un jugement dans une question capitale, intéressant la vie ou l'honneur des citoyens : le serment ; à rendre durable l'union des famJUes : le serment ; à fixer les droits respectifs de propriété : le serment. Dans tous leurs actes, publics ou domestiques, civils ou politiques, le serment, toujours le serment. Et ce qu'il faut remarquer, non moins que l'universalité de cette pratique, c'est le caractère religieux dont nous la trouvons partout revêtue. Ou bien on levait la main vers le ciel, comme pour y chercher une caution supérieure et un plus sûr garant ; ou bien on dressait un autel et on immolait des victimes ; ou bien on employait des formules d'imprécations par lesquelles celui qui prêtait serment appelait sur lui les vengeances célestes pour le cas où il serait parjure. Le Grec jurait par les dieux de l'Olympe, le Romain par son Jupiter Capitolin, le Juif par le nom trois fois saint de Jéhovah. Pour tout dire en un mot : si la Divinité n'iu-, iervenait, rien n'était réputé valable.
(1) III Reg. c. 1, V. 28 et seqq.
(2) Rom. c. 1, V. 9.
(3) II Cor. c. 1, v. 23.
<4) Philip, c, 1, v. 8.
Îj2 LE DÉCALOGUE
La raison elle-même le démontre. Comme l'observe judicieusement saint Augustin, ce serait une grosse erreur d'attribuer au serment une origine autre que celle qui est bien véritablement la sienne : Si parmi les hommes, il n'y avait jamais eu ni mensonges, ni tromperies, on n'eût jamais songé à recourir à ce moyen : Si enim defuissent 7nendacia et fallaciay nullo opus esset juramento in hominibus (1). Saint Jean Ghrysostome fait la même remarque, mais d'une manière plus étendue, et le Catéchisme Romain se l'est appropriée (2) : A l'aurore des temps, pendant le premier âge du monde, l'usage du serment était inconnu ; les hommes, encore droits, se fiaient les uns aux autres, et sans effort ; il n'entrait dans la pensée de personne qu'un homme pût tromper son semblable sciemment sur la vérité d'une affirmation, ou sur la sincérité d'une promesse. Mais plus tard, le monde sorti du berceau et devenu adulte, non nascente, sed jam adulto mundo, lorsque, la malice humaine s'étant prodigieusement accrue, rien ne se tenant dans son ordre et dans son état naturel, tout se trouva bouleversé, mêlé, confondu misérablement ; enfin et surtout, quand, pour comble de maux, car elle amena avec elle un grand affaiblissement du sens moral, l'idolâtrie se fût répandue partout : c'est alors, mais alors seulement, que personne, ou presque personne, n'inspirant plus confiance, cum nemo facile ad credendum adduceretui% les hommes imaginèrent le serment, comme s'ils avaient dit à Dieu : Seigneur, vous seul qui êtes véridique, vous seul qui êtes juste, vous seul qui voyez tout et savez tout, vous seul qui n'êtes ni trompeur ni trompé, vous seul qui pouvez déjouer le fourbe etpunir l'imposteur : c'est vous, vérité par essence, justice incorruptible, science infinie, providence à l'œil toujours ouvert, que nous prenons à témoin ; c'est vous qui serez notre répondant et nous fournirez caution. . . Or, parler, ou plutôt agir ainsi, n'est-ce pas honorer Dieu, glorifier Dieu, reconnaître Dieu pour tout ce qu'il est, finalement faire un acte de haute religion, un acte latreutique, c'est-à-dire, au sens propre du mot, un acte de suprême adoration (3).
(1) Contra Faust, c. 25.
(2) Quamobrem prseclare docet sanctus Chrysostomus, etc.
(3) S. Thomas r entend bien ainsi. A cette question : Utrum jurare sit actus religionis, sive latriae ? Il répond affirmativement, donne les preuves, et conclut :