‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 31 sur 223 · IX. — LE JUREMENT OU SERMEXT · texte numérisé non relu

IX. — LE JUREMENT OU SERMEXT

Mais attention : si le serment est chose sacrée, très propre à glorifier Dieu, pourtant ne l'est-il que moj^ennant plusieurs conditions. C'est ce qui nous reste à dire, et ce n'est pas la moindre; partie de cette Instruction.

Première condition : la vérité. Jurez par le Seigneur, dit le Seigneur lui-même, oui, j'y consens, mais ne jurez que dans la vérité: Jurdbis : Yivit Boniinus, in verilate (1). C'est-à-dire, vous ne promettrez par serment que ce que vous avez la volonté ferme de tenir. Vous n'affirmerez par serment que ce qui est vrai, et que vous croyez être vrai, non témérairement, non sur de simples conjectures prises de loin, mais sur bonnes preuves et solides raisons : Non qiLÎdein temere, aut levibus conjecturis adductus et longe petitis, sed cerlissimis argumentis (3). .. Et si cette condition manque — Hélas ! elle ne manque que trop souvent. Que d'hommes pervers, qui trafiquent honteusement de la foi du serment ! Que de Caïphes sacrilèges, suborneurs de faux témoins dans les plus saintes causes ! Que de traîtres à la religion, à la vérité, à la justice, ou par intérêt, ou par lâcheté, ou par quelque motif plus indigne encore ! Les voyez-vous, ces deux abominables vieillards, sur leurs sièges déjuges, faisant comparaître Suzanne devant eux, arrachant le voile qui lui couvre le visage, étendant leurs mains sur sa tète, et soutenant, le serment à la bouche, et les yeux au ciel, qu'ils l'ont surprise en adultère ; le tout si bien concerté, que sans une intervention providentielle de Dieu, la vertueuse femme allait être, sur le champ, lapidée par le peuple. — Si.donc cette condition manque, quel péché, quel crime môme ! Est-il conscience, à moins qu'elle ne soit totalement éteinte, qui ne le voie clairement ! Ce que vous affirmez être vrai, vous le savez faux ; ce à quoi vous vous engagez, vous êtes sciemment dans l'impossibilité, ou avec la non volonté de le faire... Et vous prenez Dieu à témoin de cette affirmation mensongère, pour qu'il la confirme î Vous le livrez en gage de celte promesse trompeuse, que vous ne pouvez, ni ne voulez tenir î C'est-à-dire que vous lui

Undc manifestnm est quocrjuiaceiitum est actus religionis, sive latrise. 2. 2. q. 89, ail. 4.

(1) .Tkiu-im. c. h, V. 2.

l2) r.-xU'ch. lu. m.

Ç,) D.ViN. c. 13.

donnez à jouer un rôle infâme, un rôle de complice ; vous en agissez avec lui, pour emprunter à un ancien Auteur cette comparaison vulgaire peut-être, mais juste, comme ferait à l'égard d'une personne honorable, un malhonnête homme qui lui tiendrait à peu près ce langage : Monsieur, je veux tromper quelqu'un par un mensonge ; mais je ne puis, étant seul, en venir à bout, parce qu'il lîe me croirait pas. Faites-moi donc le plaisir de me prêter l'appui de votre autorité, de votre crédit, de votre nom, pour exécuter cette vilenie.

La première condition du serment, pour être chose sacrée, propre à glorifier Dieu, est entendue. Nous passons à la seconde.

Seconde condition : la justice. Jurez par le Seigneur, dit le Seigneur lui-même, oui, j'y consens, mais ne jurez que dans la justice : Jurabis : Yivit Dominus, in justitia{\.). C'est-à-dire, s'il est besoin de jurer, pourtant vous ne vous obligerez, de cette sorte, qu'à des choses ou déjà commandées par la loi de Dieu, ou, sinon commandées, du moins permises, telles enfin que vous les puissiez faire, la conscience sauve. Mais quoi ! le contraire seraitil donc possible ? Y aurait-il des âmes si perverses, ou à ce point aveuglées par la passion que de s'engager au péché, même au crime, en s'autorisant, pour le commettre, de Dieu lui-même qui le hait et le condamne? Il n'est que trop vrai. Combien, qui font du serment, cette chose sacrée, un lien d'iniquité ! Combien, qui jurent sur leur âme aune idole de chair un attachement éternel ! Combien, qui complotent la ruine d'un ennemi, en associant le ciel à leurs noirs projets ! Qu'était-ce, sinon un abominable serment con.re la justice, l'engagement pris par plusieurs Juifs de Jérusalem, de se défaire de saint Paul, fallût-il, pour en arriver à leurs fins, attenter à sa vie ? Cette histoire est minutieusement racontée, au vingt troisième chapitre du Livre des Actes. Ils s'étaient ligués, quarante ensemble, et avaient fait le vœu, en appelant sur leurs têtes, s'ils y manquaient, toutes les malédictions de Dieu, de ne manger ni de boire, qu'ils n'eussent tué l'Apôtre: Devoverunt se, dicentes neqice 7nanducaticros, neque bibUuros, donec occiderent Paulum (2). Quelle scélératesse t

(4) Jerem. c. 4, V. 2.

(2j AGT. c. 23, V. 12.

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