‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 32 sur 223 · IX. — LE JUREMENT OU SERMENT · texte numérisé non relu

IX. — LE JUREMENT OU SERMENT

Ajoutons, sans sortir du sujet, tant s'en t'aut, que ceux là les imitent, les dépassent même, qui, s'affiliant à quelque société sécrète, s'obligent, par les plus horribles serments, à saper ou l'ordre religieux, ou l'ordre social, ou même, et le plus souvent, l'un et l'autre, pour ne faire, de tout ce qui est^ qu'un monceau de^ ruines , . .

Troisième condition : le jugement. Jurez par le Seigneur, dit le Seigneur lui-même, oui, j'y consens, mais ne jurez que dans lejugement : Jurabis : Yivit Dominus, in jiidicio (1); c'est-à-dire avecmaturité, en connaissance de cause, d'une manière judicieuse enfin : la majesté du serment pourrait-elle avoir de moindres exigences? Mais, quïls sont nombreux pourtant, ceux qui y manquent, à cette majesté du serment, qui jurent précipitamment, sans réflexion, sans motif suffisant, ou pour choses vaines ! C'était le péché habituel des Juifs, au temps de Notre Seigneur, l'Évangile en fait foi. S'imaginant^ sur une fausse interprétation delà loi, qu'il suffisait de ne pas mentir positivement, ils juraient sans scrupule, et à tout propos. Jésus Christ les en reprend, et motive fortement sa défense : Vous ne jurerez point, sinon en chose utile, ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu, ni par la terre, parce qu'elle estl'escabeau de ses pieds, ni par Jérusalem, parce qu'elle est sa résidence royale, ni par votre tète, parce que ne pouvantfaire, vous, qu'un seul des cheveux qui la couvrent, soit noir ou blanc, il n'est point en votre pouvoir d'en disposer (2). Ce fut, en des cas particuliers, le péché de Saiil et d'Hérode ; de Saùl, qui, un jour de bataille avec les Philistins, ayant témérairement juré d'ôter la vie à qui prendrait de la nourriture depuis le matin jusqu'au soir, l'eût ôtée, en effet, sans les clameurs du peuple, à Jonathas son propre fils, pour avoir, celui-ci, trempé le bout de son bâton dans un rayon de miel, et s'en être humecté les lèvres (3).; d'Hérode, qui, pendant un festin donné aux gensde sa Cour, fasciné par la danse encore plus voluptueuse que savante de la fille d'Hérodiade. s'engagea avec serment à lui donner tout ce qu'elle demanderait, fût-ce même la moitié de son

(1) Loc. jam. cit.

(2) Matth. c. 5, V. 3'i et seqq.

(3) I Reg. c. ii.

royaume (1). On sait ce qu'elle demanda, .. On sait, presque non moins, le commentaire par saint Ambroise de tout ce fait évangélique ; c'est une des plus belles pages que l'antiquité chrétienne nous ait léguées. Enfin, pour ne plus parler ni d'Hérode, ni de Saùl, ni des Juifs, mais de nous-mêmes : c'est le péché d'une infinité de personnes qui, par l'habitude qu'elles en ont prise, ne savent dire deux mots de suite sans jurer, souvent pour des futilités, pour des riens, pro buccella partis (2) ; plus souvent encore pour un motif d'intérêt mal entendu, tels les vendeurs et les acheteurs, ceux-là pour louer, ceux-ci pour déprécier, les uns pour vendre plus cher, les autres pour acheter à meilleur compte (3). Péché, tout cela ; est-il possible, en efl'et, sans en amoindrir la majesté, de mêler ainsi le saint nom de Dieu à toutes nos affaires ? Traiterait-on si irrespectueusement un premier Président de Cour, que de prétendre qu'il doive juger lui-môme, en personne, dans une •cause où il ne s'agit que de quelques centimes ? Péché mortel même, ou pour le moins grand risque d'y tomber ; celui qui jure inconsidérément, en toute occasion, ne serait-ce pas miracle qu'il jurât toujours le vrai, jamais le faux ? Or, jarer le faux, c'est-àdire se parjurer, même en chose légère, pour des bagatelles, c'est pécher mxor tellement, dit saint Thomas : Ille qui jocose per- ^'xiràl, non évitât divinam irreverenliam, sed quantum ad aliquid magis auget ; et ideo non excusatur a peccato mortali (4) ; et il •en donne cette raison très valable : qu'en l'espèce, le péché se tire non de l'importance plus ou moins grande delà chose jurée, mais •du respect et de l'honneur dû à Celui au nom duquel elle est jurée ; autrement dit, et pour plus ample explication : Il est du nombre de cespéchés qtci, véniels de leur nature, deviennent mortels pourtant, dès lors qu'ils sont commis en mépris de Dieu (5). Concluons; ou plutôt que ce soit le môme saint docteur qui conclue à notre place. Il faut user du serment, c'est la judicieuse comparaison qu'il emploie, comme on use des médicaments (0).

(1) Marc. c. 6.

(2) Pro buccella panis deserit veritatem. Prov. c. 28. v. 21.

(3) Calcch. Rom. Id vero passim quotidie a venditoribus et emptoribus fîeri videmus, illi ut quam plurimo vendant, hi ut quam minimo emant.

(4) 2. 2. q. 98, art. 3. ad 2.

(5) Ibid. in corpore art.

(6) 2. 2. q. 89, art. 5. ,

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