IX. — LE JUREMENT OU SERMENT
Quand, en quel temps, et en quelle dose, prenez-vous médecine ? Dans le seul cas de nécessité, au temps propice, en la dose prescrite, et rien de plus; parce qu'autrement, et surtout si cette médecine est par propriété très agissante, elle serait beaucoup plus nuisible qu'utile : qtcanto est virtuosior, tanio majus nocumentuin incliiLit.si indebite sitmatur. Il en est de môme du serment, si vous voulez qu'il ne tourne pas à votre détriment; ne le faites quequandillefaut, et en la manière qu'il le faut (1). Hors cela : l'assertion sincère, l'affirmation toute simple, toute nue, sans exagération,sans réticence; dire oz^i, quand il faut dire oui ; dire non ^ quand il faut dire non : voilà toute la diplomatie du chrétien : Siù aiUem sermo vester : Est, est ; non, non ; quod autem abundantius estf a malo est (2)...
(1) D'après un ancien Concile, on ne devait Jurer qu'à l'église et â jeun : comme si on eût voulu dire, ajoute le P. Segneri, qu'il faut apporter à peu près la même disposition à jurer, qu'à communier.
(2) Matth. c. 5, V. 37. — Cette diplomatie n'est-elle pas, d'ailleurs, à parler humainement, la plus habile ? Ajoute-t-on beaucoup foi aux habitudinaires du serment ? A ce sujet, on cite cette phrase, bien trouvée, si elle n'est vraie : Tu jures, afin que je te ' croie mieux ; et moi je te jure que je nç te crois jamais r|^9|os que quao^ tu jures. .
SECOND COMMANDEMENT
SECOND PRONE Le blasphème.
Non assumes nomen Domini tui în vanum.
Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur
votre Dieu.
At. vero longe magis detestabili scelere seipsos adstringunt, qui sacrosanctum Dei nomen, ab omnibus creaturis benedicendum, et summis laudibus extoUendum, aut etiam sancforum nomen cum Deo regnantium, impuro et contaminato oie blasphemare al que execrari audent.
Caîech. Rom.
Nous l'avons dit précédemment : le serment, très propre à glorifier Dieu, quand il est juré dans la vérité, dans la justice, et dans le jugement, devient un péché très grave, si ces conditions font défaut. Pourtant, en cette matière, de second Commandement, il est un péché plus grave encore ; detestabile scelus, c'est le péché, -ajoutons-nous, de ceux qui, d'une bouche impure et souillée, osent blasphémer le très saint nom de Dieu, ce nom digne de toutes les bénédictions et de toutes les louanges des créatures^ et en même temps que le nom de Dieu le nom des saints qui régnent avec Dieu, dans le Ciel. Notre devoir est tracé : c'est du blasphème que nous ■avons à parler aujourd'hui. Dieu nous aide de sa grâce...
Pour procéder avec ordre, et mieux traiter le sujet en le précisant, nous définissons le blasphème, avec toute la Théologie : une parole injurieuse proférée contre Dieu ; locutio contumeliosa in Deiim.
Mais ce n'est pas assez de définir ; il faut expliquer, et dire en combien de manières on commet le péché de blasphème.
Première manière : il y a blasphème, quand, pour qualifier Dieu, on se sert de quelque tonne, propre de sa nature à l'honorer, mais qui, vu les circonstances dans lesquelles on l'emploie, le ton avec lequel on le prononce, ne peut s'entendre que par antiphrase, et équivaut manifestement à un terme de mépris, ou môme de malédiction. C'est ainsi par exemple, que cette locution : Sacré nom de Dieu, dans la bouche d'un homme en colère, d'un homme impie surtout, est généralement tenue poui* blasphématoire (1). L'opinion est faite à cet égard. Les subtilités des grammairiens et des étymologistes ne la modifieront pas.
Seconde manière : il y a blasphème, ou bien., quand on nie Dieu, c'est le blasphème des athées, ou bien quand, sans le nier intentionnellement, ou on lui refuse telle ou telle perfection, qu'il a, puisqu'il les a toutes, ou on lui attribue tel ou tel défaut, qu'il n'a pas, puisqu'il n'en a aucun, par exemple, si vous dites que Dieu n'a ni sagesse, ni bonté, ni justice, qu'il n'exauce ni n'écoute même les prières qu'on lui adresse, qu'il laisse tout aller à l'aventure, que s'il a pu faire le monde il ne sait pas le gouverner, que les méchants sont ses préférés, et les justes ceux qu'il accable le plus... Ce langage, ou tel autre semblable, est-il donc si rare ? Que di^saient de Dieu, les amis de Job, dans leurs entretiens avec ce saint ' homme : Qu'il se promène d'un lieu en un autre du ciel, sans s'occuper de qui ou de quoi que ce soit, ici bas : Non nostra considérât, et circa cardines cœliperambuldti'^) ? Elles Israélites, à Moïse, dans le désert : Qu'ils tenaient Dieu pour impuissant à dresser des tables devant eux, en cette solitude, c'est-à-dire, à leur fournir à manger : Et maie locuti sunt de Deo; dixerunt : num,quid poteritBeus parare mensam in deserto{3) ? Et les paroles suivantes, mentionnées par l'histoire, d'un certain prince d'Ara-
(1) Ita fere omnes theologi,
(2) Job. c. 22, v. 14.
(3) PSAL. 77, V. 19.