X. — LE BLASPHÈME
gon, étaient-elles moins ])laspliématoires que bouffonnes : Que s'il s'était trouvé au moment de la création, il aurait donné à Dieu de bons conseils, pour disposer toutes choses avec plus d'ordre et plus de [justesse qu'il ne l'a fait (1) ? Mais en ce genre de blasphèmes, il n'en est point de plus horribles que ceux des trop fameux réformateurs, du seizième siècle, Luther et Calvin, disant et enseignant, car chez eux ce n'était pas, ainsi qu'il arrive à beaucoup, boutade ou emportement, mais doctrine raisonnée, et faite IDar eux, ils s'en vantaient, pour qu'elle prévalût;, disant donc, et enseignant : Que nous n'avons pas plus la liberté de nos actes, que l'automate celle de ses mouvements, autrement dit, que tout ce que nous faisons, c'est Dieu qui le fait, même le péché, même le crime ; que la trahison de Judas ne fut pas moins son œuvre que la conversion de saint Paul; que ceux qu'il sauve, il les sauve uniquement parce que tel est son bon plaisir ; que ceux qu'il damne, il les damne par pur caprice, et sans qu'ils l'aient mérité en aucune sorte (2)... Mais détournons nos esprits de ces prétendus dogmes, inventions monstrueuses, abominables mensonges, que l'on dirait plutôt vomis pa»* l'enfer, que sortis jama s de bouchée humaines.
Troisième manière : il y a blasphème, quand on outrage, non plus Dieu directement, comme tout-à-l'heure, mais la sainte Humanité du Sauveur, la Sainte Vierge, les [Saints, la Religion, ou en général, ou sur un point particulier : la sainte Humanité du Sauveur, si on en parle en termes irrévérencieux et méprisants ; la Sainte Vierge, si on dit qu'elle ne diffère en rien des autres femmes, lorsqu'on prétend par là qu'elle ne fut ni vierge ni mère de Dieu ; les Saints, si on tourne en dérision leurs œuvres, leurs miracles, leurs vertus, les honneurs mérités que l'Église leur rend ; la Religion, si on en dénigre les pratiques et les mystères, comme ceux qui enfontl'objet de leurs plaisanteries sacrilèges, qui décrient les exercices de piété, qui ne voient que fanatisme et superstition dans l'assistance à la messe, dans l'usage des sacrements, qui parlent mal des Écritures et les tournent contre Dieu lui-même qui les a inspirées, qui s'élèvent avec mépris
(1) Ap. Segnebi. t. 4, p. 204.
(2) Voir BossuET. Histoire des varîatioiîS.'LW. 2, ch. 17; et Liv. 14,11* addition.
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contre l'ï^glise^ son chef suprtn.e, sa Liér&rcbie, ses conciles, ses décrets dogmatiques ou disciplinaires. Blasphèmes, tout cela, bld:}^ .phèmes ! parce que Saints et Choses Saintes, ayant, , quoiqu'à des degrés divers, une relation très étroite avec Dieu, l'injure •qui leur est faite, s'en va rejaillir jusque sur Dieu lui-même : Convicium in Sanctos, res sacras, in quantum specialem relatio7ie7n habent ad Deuin, uUimatim, in ipsum Deum refertU7^ (1).
Enfin, pour compléter la notion du blasphème, et en avoir, s'il se peut, une idée adéquate, ajoutons que la parole parlée n'est pas seule à faire qu'il y ait blasphème; la parole écrite suffit, même le geste, et mieux que le geste, certains actes. La parole écrite: est-il besoin de le démontrer loiaguement? De nos jours surtout, les livres, les romans, les brochures, les revues périodiques, mensuelles ou hebdomadaires, les feuilles publiques quotidiennes, l'imagerie elle-même, ne fourmillent-ils pas de blasphèmes, les uns plus grossiers, les autres mieux voilés, sans être pour cela moins dangereux? Qui ne sait, ou par son expérience propre, ou pour l'avoir entendu dire, jusqu'à satiété, dans nos chaires chrétiennes, que les lire n'est pas moins funeste à la foi, que préjudiciable aux bonnes mœurs? Le geste: n'exprime- t-il pas la pensée tout aussi bien, et quelquefois plus énergiquement que la parole ? Un exemple : Lorsque Julien l'Apostat, blessé par une flèche, au cours d'une bataille avec les Parthes, recueillit dans sa main le sang qui coulait de sa blessure, et le lança contre le ciel, ce seul geste n'eût-il pas été un blasphème, alors mêmequ'il n'aurait point été accompagné des paroles que l'histoiremet dans la bouche de ce furieux : Tu as vaincu, Galiléen /... Enfin, les actions elles-mêmes, les actions surtout. Dans la momenclature qu'ils font des diverses sortes de blasphèmes, les bons Auteurs ne rangent-ils pas le blasphème de conduite, c'està-dire tels ou tels actes d'une impiété révoltante, tel libertinage, tel débordement de mœurs, éhontés à ce point, qu'ils sont comme une insulte au Ciel, et à Dieu qui l'habite ? D'où ce mot de sainti
(1) Clément Marc. n. 596. — Pour ce qui est des Saints, en particulier, S. Thomas dit : Quod sicut Deus in Sanctis suis laudatur, in quantum laudantur opéra qua»* Deus in Sanctis efficit : ita et blasphemia, quae fit ia Sanctos, es consequenti in- Deumreri.ujida:. 2. 2. q. 53, art. 1 ad 2.