‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 35 sur 223 · X. — LE BLASPHÈME · texte numérisé non relu

X. — LE BLASPHÈME

Augustin : Que si les blasphémateurs en paroles sont rares — ils l'étaient, paraît-il, de son temps, ils ne le sont guère du nôtre — plus nombreux ceux qui le sont par leur genre de vie : Raro enim jam invenhtntur qui lingua blasphémant y sed muUi qui

vita (1).

Nous savons ce qu'est le blasphème, et en combien de manières diverses on y tombe. Mais il nous reste encore beaucoup à dire» Quel péché est le blasphème ?

Le blasphème est-il péché mortel ? Oui, sans aucun doute ; s'il est commis avec pleine advertance, si surtout il a Dieu personnellement pour objet immédiat, alors môme qu'on n'en remarquerait pas toute l'énormité, du moment que les paroles, si ce sont des paroles, que l'action, si c'est une action, ont un caractère blasphématoire, et que ce caractère n'échappe pas à l'attention de qui les prononce, ces paroles, de qui la fait, cette action : le péché est mortel, parce que, en l'espèce, il n'y a point de légèreté de matière, et que tout mépris de Dieu, quel qu'il soit, est très justement 7'éputé grave (2). C'est pourquoi, dans l'ancienne loi, le blasphème était puni de la peine capitale. Ceux qui l'avaient ouï, mettaient la main sur la tête du coupable, lequel ensuite était lapidé par tout le peuple (3). Ce qui fait dire à saint Thomas que le blasphème est sûrement péché mortel, la peine de mort n'étant jamais portée, que quand la faute qui la motive est mortelle : pœna mortis non infertur, nisi pro peccato mortali : ergo blasphemia est peccatum mortale (4).

Le blasphème, qui est péché mortel, est-il le moindre des péchés mortels, ou le pire ? 11 est le pire : blasphemia nihil pejus (5) ; pire que l'homicide, pire que le parjure, dit saint Thomas, qu'il faut toujours citer, étant celui qui, en cette matière, commed'ailleurs en toutes les autres, a le mieux précisé l'enseignement chrétien. Pire que l'homicide, parce que, encore qu'il soit le plus grand des péchés commis à 1 égard du prochain, car en lui enlevant la vie, il le prive d'un bien tellement précieux, que, sans lui

(1) In Johann, tract. 27. Brev. Rom. in Cet. S. Laurentii, Lect. 4.

(2) GURY. n. 299, ad I.

(3) Lkvit. c. 24, c. 16 et seqq.

(4) 2. 2. q. 13, art. 2.

(5; S . Jean Chrysostome.

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il n'en est plus aucun autre, l'homicide pourtant ne s'en prend qu'à un homme, tandis que le blasphème, surtout s'il est immédiat et direct, s'en prend à Dieu lui-même, lui jette l'insulte, le provoque en personne ; c'est un vrai attentat, c'est, comme dit le prophète : s'insurger par la bouche contre le Ciel insurreœistis super me ore vestro (i). Voilà pourquoi, ajoute le saint Docteur, le blasphème l'emporte sur l'homicide, sinon par les effets, car en définitive, il ne peut rien sur Dieu, c'est un péché absolument stérile, le blasphémateur n'en retire ni jouissance ni gain d'aucune sorte, mais par son objet, qui n'est autre que la majesté divine eUe-mèTae : 7nanifestin7i est quod blasphemia qua est directe peccatum in Deii7n, prœponderat homicidio quod est peccatum in proximii')n{T). Pire que le parjure lui-même ; péché bien grave, nous l'avons dit précédemment, le péché de parjure; com.me le blasphème il a Dieu pour objet ; il en diffère pourtant, et à son avantage. Celui qui appelle Dieu en témoignage d'une fausseté, n'estime pas pour cela que Dieu soit un faux témoin ; il espère, et c'est tout, que Dieu se montrera assez complaisant pour ne pas dévoiler son mensonge par un signe quelconque : Deum adhibet testem falsllati, non tanquam œstimans Deum: esse falsum testem^ sed tanquatn sperans quod Deus super hoc non testificetur per aliquod evidens signum (3). Mais celui qui blasphème va bien au delà, il attaque Dieu dans son essence propre, il le suppose être tout autre qu'il n'est, il déroge surtout à sa bonté, qui est comme l'essence de son essence même (4). Qu'on ramène, en effet, le blasphème, à sa plus simple expression, on arrivera à ceci : que Dieu est un être méchant. Voila ce qui estle fond de tout blasphème. Et c'est pourquoi le blasphème est pire que le parjure lui-même . pejus est blasphemia quam pejc' ^rare (5).

Le blasphème, qui est le pire de tous les péchés. Dieu ne l'excuse-t-il jamais... Nous n'allons pas jusque-là. Dieu excuse le ^iblasphème, en partie, du moins, quand il est excusable. Et il l'est

(1) EzECH. c. 35, V. 43

(2) 2.2. q. 13, art. 3, ad 1.

(3) Ibid. ad 2.

Ci) Ibid. art. 4 in corp.

(6) Ibid. art 3, ad 2.

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