X. — LE BLASPHÈME i
quelquefois. Excusable, il l'est, s'il se fait par inadvertance et sans un consentement parfait. Excusable, il l'est, si on le profère en un accès de colère violente, involontaire, et tellement subite, qu'elle devance toute réflexion, toute prévision ; c'est le cas de dire avec le sage : Tel pèche par la langue, qui ne pèche point par le cœur (1). Excusable, il l'est enfin, lorsqu'il procède d'une habitude qui, quoique souvent retractée, et longtemps combattue, vaincue même, a encore ses moments de retour, comme un ennemi en fuite tire ses derniers coups. Mais si vous blasphémez hors ces cas; hors le cas d'inadvertance, c'est-!»dire en pleine connaissance de cause, êtes vous excusable ? non; hors le cas de colère fougueuse subite, involontaire en soi ou dans sa cause,mais uniquement, par exemple, pour mieux accentuer un ordre, ou pour inspirer plus de crainte à un serviteur, à un enfant désobéissant, êtes vous excusable ? non plus; est-il donc si grand besoin d'user du nom trois fois saint de Dieu, pour obtenir ce résultat ? Que diriez-voiis de qui prendrait un Voile, une Aube une Chasuble d'église, et les 7nettrait dans un champ, pour servir d'épouvantail aux oiseaux, comme s'il n'y avait pas assez de vieux linges, à la maison (2) ? hors le cas d'habitude sérieusement retractée, et fortement combattue, êtes vous excusable ? pas davantage, et pour être plus exact, moins encore, parce que cette habitude, telle qu'on la suppose ici, volontairement contractée, volontairement conservée, étant le signe manifeste d'une plus grande inclination au péché, loin de l'amoindrir, elle l'aggrave : JJbi viajor est inclinatio voluntatis ad peccatu7n, ibi gravius est peccatum (3j. Dieu le punit-il toujours... Il le punissait sévèrement autrefois. Tout l'Ancien Testament en témoigne. J'y vois un Bénadad, un Holopherne, un Nicanor, un Antiochus, (payer de leur vie les insultes qu'ils adressent au Ciel (4). Dieu se :serait-il relâché depuis ? Aurait-il le blasphème en moindre aver- ,sion ? Saint Jean Ghrysostome ne le pensait guère. Il attribuait ^à ce péché, suivant lui, le pire de tons, blasphemianihilpejits, Jes fléaux, peste, famine, trem^einents de terre, qui décimaient
(1) EcCLi. c. 41, V. 16.
(2) Segneri. t. 1, p. 227.
(3) S. Thom. 2. 2. q. lo6, art. 3.
(4) Passim in vet. test.
son peuple d'Antiûche;il eut voulu que, quand on entendait un blasphémateur, tout le monde allât lui mettre la main sur la. bouche, comme pour fermer la porte d'où sortaient tous ces maux (1). Ce qui était vrai de son temps, l'est encore aujourd'hui. Les calamités dont nous souffrons, ne sont pas moins qu'alors le juste châtiment de nos offenses. Un soleil trop brûlant, des pluies trop abondantes, des saisons qui promettent des fruits qu'elles ne donnent point, le ver insaisissable qui dévora les plus fertiles vignobles, la grêle qui détruit en moins d'un quart d'heure tout le travail d'une année ; ces choses, et tant d'autres, ne sont que des causes secondes, elles reçoivent leur impulsion de plus haut, elles sont aux mains de Dieu, ce qu'y était 1 ange qui fit périr en une seule nuit cent quatre-vingt cinq mille hommes de l'armée du blasphémateur Sennachérib (2), les ministre de sa justice... Mais il faut conclure.
Ne blasphémez point. Si vous l'avez fait jusqu'ici, ne le faites plus ; si la vérité veut que vous puissiez dire, comme saint Paul avant sa conversion, je fus blasphémateur, blasphemus fui (3), ne le soyez plus. ,
Ni non plus, ne faites blasphémer. De quelle douleur nouvelle, venant comme renforcer la première, David ne fut-il pas saisi ? en quels sanglots n'éclata-t-il pas, il est facile de se l'imaginer,, quand, après que Nathan lui eut dit : C'est vous qui êtes cet homme, ce meurtrier, ce ravisseur de la pauvre petite brebis d'autrui, le prophète ajouta: Et par votre conduite indigne, vous avez fait blasphémer les ennemis de Dieu : blasphemare fecisti inimicos Domini, propter verbum hoc ? (4)
Et vous seriez encore en cause, si, sans blasphémer vous mêmes, ni faire blasphémer, vous laissiez blasphémer, vous^ patrons, vos ouvriers, vous, maîtres et maîtresses, vos serviteurs, vous, pères et mères, vos enfants . Oh ! que le saint homme Jobest admirable, même au temps de la prospérité, lorsque l'Écriture nous le montre offrant à Dieu. tou> les jours, un sacrifice de propitiation pour chacun de ses enfants, dans la crainte qu'ils eussent
(1) Homil. Si ad pop. Antioch^
(2) IV Reg. c. 19.
(3) ITiM. c. 1, V. 13.
<4) UReg. c. 12, V. 14,