‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 38 sur 223 · XI. LE TCEU · texte numérisé non relu

XI. LE TCEU

l'évidence même. Une cliose mauvaise, déslionnête, ' illicite, injuste^ n'est point matière de vœu. On ne saurait lire sans une profonde indignation, au chapitre vingt-troisième des Actes, le vœu fait par plusieurs Juifs, de tuer l'Apôtre saint Paul. Ni non plus, une chose impossible n'est matière de vœu. Une chose impossible n'est pas une chose bonne, puisqu'elle n'est pas même. Vouez à Dieu, par exemple, de ne commettre, dans tout le cours •de notre vie, aucun péché, ni mortel, ni véniel même insuffisamment délibéré : ce vœu, j'aime mieux croire qu'il procède d'un bon naturel, que de l'attribuer à une autre cause, mais parce qu'il a pour objet une impossibilité réelle, il est nul — d'une chose bonne, meilleure que son contraire. La raison qu'en donne la théologie est excellente : que le vœu ayant pour fin essentielle d'honorer Dieu, Dieu n'est point honoré par une offrande qui, si elle était acceptée, empêcherait l'offrant de faire mieux (1). C'est en conséquence de ce principe, qu'il faudrait tenir pour nul, au moins généralement pariant, le vœu de se marier, car, encore que le mariage soit chose bonne, honnête, honorable, comme le qualifie saint Paul, honorabile connubium (2) ; c'est un autre mot du même Apôtre, et toute la Tradition fait écho : que la continence lui est de beaucoup supérieure (3) .

Enfin, le vœu est la promesse délibérée, faite à Dieu, d'une chose bonne, meilleure que son contraire, avec l'intention de s'obliger sous peine de péché. L'obligation du vœu résulte clairement de ce que nous venons de dire sur sa notion. Dès là, en effet, que le vœu est la promesse faite à Dieu, en pleine connaissance de cause, d'une chose bonne, qui l'honore, il oblige en conscience. Donnez au Très-Haut ce que vous vous êtes engagé par vœu à lui donner, dit le divin psalmiste : Redde Altissimo vota tua (4). Le Deutéronome est plus explicite encore : Quand vous aurez fait un vœu au Seigneur, ne tardez pas à l'accomplir, parce que lé Seigneur votre Dieu vous en demandera compte ; que si vous différez, votre retard vous sera imputé à péché : Cum votum voveris Domino Beo tuo, non iardabis redderCf quia requirit'

(1) s. LiGUORi. Lib. 3, n. 202.

(2) Heb. c. 13, V. 4. .

(3) I. Cor. c. 7, v. 38.

(4) PSAL. 51, V. 14.

il2 LE DÉCALOGUE

illud Do7nînus Deus tuus, et si tnoi atii^ fueris, repidabitur tibi m peccatwm (1). Il ajoute : Vous ne pécherez point si vous ne faites pas de vœu ; mais si vous en faites un, dès que la iDarole sera sortie de votre bouche, vous l'accomplirez, et vous exécuterez ce que vous avez promis au Seigneur, puisque vous l'avez fait de votre plein gré, et déclaré en termes précis : Si noluerispolliceris absquè xoeccato eris ; qicod antem semel egressiun est de labii, observabis, et faciès sicut promisisti Domino Deo tuo, et propria voluntate et ore tuo îocutns es (2). Ainsi s'expriment les Écritures; saint Thomas et le Catéchisme Romain ont puisé à celte source. D'homme à homme, promettre et ne pas tenir, dit le premier^ c'est manquer de bonne foi ; mais combien plus coupable cette infidélité, s'il s'agit de Dieu, à qui nous sommes deux fois redevables, comme souverain et comme bienfaiteur *. Maxime autem débet homo Deo fidelitatetn, tum ratione dominii, tuni etiam beneficii suscepti. Et ideo viaxime obligatur homo ad hoc quod impleat vota Deo facta (3). Le Catéchisme romain va peutêtre plus loin encore ; il assimile le vœu non accompli au serment promissoire violé ; et comme il y a parjure en celui qui faisant une promesse avec serment, n'a pas l'intention de l'observer, ou bien s'il l'a eue, pourtant ne l'observe point • semblablement il y a parjure en ceux qui s'obligeant envers Dieu par des vœux, les laissent innaccomplis : Quod etiatii (peccatum. perjurii) ad eos pertinet qui, cum se voti sponsione Deo obligarunt, nonprœstant.

C'est pourquoi, sans vouloir le moins du monde, annuler d'avance, ni même infirmer tant soit peu ce que nous n'allons pas tarder à dire des utilités du vœu, il importe cependant de se bien pénétrer de cette vérité pratique, essentielle à rappeler ici, de re faire des vœux qu'après réflexion, et non à la légère, comme Jl n'arrive que trop souvent, en un moment de peine extrême, ou de dévotion enthousiaste. Les paroles que nous citions tout à l'heure du Deutéronome sont la sagesse même : A ne point faire de vgjU il n'y a aucun péché: notre liberté reste entière à cet égard; hs commandements de Dieu sont au complet ; il n'y sera rien ajouté

(1) Deut. c. 23. V. 21, et seqq.

(2) Ibid.

(iJ; 2. 2. q. 88, art. 3.

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