XI. — LE VŒU lis
désormais... Mais si nous y ajoutons, nous; si nous prenons un engagement qu'à la vérité Dieu ne nous demande pas, mais qu'il accepte pourtant : une fois notre parole donnée il ne nous est plus loisible de la retirer, et à moins que nous n'ayons de solides raisons pour en être relevés, le devoir s'impose d'y faire honneur. Donc, et pour répéter encore ce que le pasteur, s'il a déjà quelque expérience, trouvera toujours opportun de ne point omettre : Ne vouez que ce que vous pouvez faire, de la manière dont vous le pouvez faire, au temps où vous le pouvez faire. Auriez-vous moins de clairvoyance dans les choses de l'âme que dans celles d'un ordre inférieur et tout terrestre? Car, pour emprunter à Notre Seigneur la parabole qu'il nous fait lire au chapitre quatorzième de saint Luc, et qui trouve ici une de ses applications : Quel est le constructeur qui voulant bâtir une tour, ne suppute auparavant et à loisir la dépense nécessaire pour mener l'œuvre à bonne fin ; de peur qu'après en avoir jeté les fondements, et ne pouvant l'achever, tous ceux qui verront cet édifice resté imparfait, ne se moquent de lui, et disent : cet homme avait commencé à bâtir, mais il n'a pu aller jusqu'au bout (1).
Les utilités du vœu. Après ce que nous venons de dire de la notion du vœu, et de son obligation, est-il besoin d'employer beaucoup de temps à en faire ressortir les utilités ? Pour affirmer que le vœu est utile, ne suffit-il pas de savoir ce qu'il est : un acte de religion, un culte de latrie, un sacrifice, une offrande faite à Dieu, et qui lui plaît ? Et d'autre part, l'œuvre, matière du vœu, bonne déjà en soi, et ne mettant obstacle à rien de meilleur, car il n'y a de vœu qu'à cette condition, n'acquiert-elle pas une bonté morale nouvelle, bonté morale spécifique, qu'elle tire de la vertu de religion, sous l'empire de laquelle on l'accomplit, par conséquent deux fois bonne, ce qui fait dire à saint Thomas : qu'une chose bonne, faite par vœu, vaut mieux et mérite davantage que la même chose, faite sans vœu : Facere idem optes ciim volo, est melius et magis meritorium quant facere sine voto (2) ?
Mais ces utilités, bien que déjà considérables, ne sont pas les seules. Il y a d'autres vœux que des vœux temporaires ; d'autres matières de vœux que des actes passagei'S, ou une prière, ou un
(1) Luc. c. 14, V. 28 et seqq. <2) 2. 2. q. 88. art. 6.
jeûne, ou une aumône, ou un pèlerinage. Il y a des Voeux qui: obligent à tout instant et toujours, dont la matière est stable et permanente : tel le vœu de chasteté perpétuelle, tel le vœu de pauvreté volontaire perpétuelle, tel le vœu d'obéissance absolue perpétuelle. On les appelle vœux monastiques. Ils sont, non un acte transitoire, mais un état, statics, Véia.i religieux. Et puisque, dans sa généralité du moins, le sujet m'y invite, sans que mon rôle, quoique modeste, de prôniste, s'y oppose, je veux en parler,, non, certes, pour dire tout ce qu'il y aurait à dire, mais assez néanmoins pour rectifier des idées fausses, déraciner, s'il se peut, despréjugés injustes, nés de l'hérésie (1), accrédités par l'impiété, d'où ils sont passés dans l'opinion.
Et sans tarder : Est-il donc peu méritant, l'homme, fait comme vous et moi de chair et d'os, qui prenant dans l'Évangile, non les préceptes, mais les conseils, c'est-à-dire tout ce qu'il adepluspur,.. de plus élevé, de plus parfait, se sert de sa liberté pour se les imposer comme autant de lois, malgré les cris désespérés de la nature, et du même coup, s'en dépouille, de cette liberté, et s'ôte par vœu la puissance, la capacité de jamais faire moins bien qu'il ne fait à l'heure présente : en cela, tout semblable, dit encore le Docteur angélique, que nous nous plaisons tant à citer en cette noble matière, à un homme qui donnerait à un autre homme, avec les fruitsde ses arbres les arbres eux-mêmes, et ce faisant, est-il besoin de le dire, lui donnerait beaucoup plus que si, se réservant les arbres, il donnait seulement les fruits (2) ? 0 vœux de religion, vœux perpétuels, qui transformez le fait éphémère et changeant en un fait permanent, immuable désormais : que vous êtes grands et beaux, méritoires pour l'homme qui vous conçoit, agréables à Dieu qui vous reçoit !
Et il faut encore ajouter à ce que nous venons de dire. Celui qui s'est dépossédé de ce qu'il a, et, ce qui est plus héroïque, de ce; qu'il est, pour se faire l'homme de Dieu, son homme-lige, par un triple lien d'absolue dépendance, n'est pas moins utile à ses frères que généreux envers son Dieu. Moins on s'appartient à soimême, plus on appartient à ses semblables, pour les consoler,.
(1) Wiclef, Luther, Calvin, se sont faits, en leur temps, Içs adversaires déclarés de«» •yœn.x monastiques.
Ci 2. 2. q. 88. art. G.