‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 40 sur 223 · XI. — LE VOEU · texte numérisé non relu

XI. — LE VOEU

les assister, leur rendre tous les services, tant du corps que de l'âme. Le dévouement appelle le dévouement, comme un abîme appelle un autre abîme. La charité ne s'épanouit jamais mieux que dans un cœur libre de toute entrave, dégagé de toute préoccupation terrestre. Ah ! que je souhaiterais que la lecture de la Yie des Saints vous fût presque aussi familière,, que l'est pour le prêtre la récitation de son Bréviaire l Vous y verriez des merveilles ! Vous y verriez particulièrement celle-ci : Nos Saints, grands fondateurs d'ordres, les François d'Assise, les Félix de Valois, les Camille de Lellis, les Ignace de Loyola, les Jean de Dieu, les Vincent de Paul, les de Monfort, les de la Salle, et vingt autres, adjoignant aux trois vœux de religion, un quatrième vœu, ou quelque chose d'approchant, un quatrième vœu ayant pour objet, selon la diversité des temps, des lieux, des besoins, ou les infidèles à évangéliser, ou les pécheurs à ramener, ou les captifs à racheter, ou les fous à garder, ou les malades à soigner, ouïes mourants à assister, ou les morts à ensevelir, ou les pestiférés à secourir, ou les enfants à instruire, ou les filles en péril d'innocence à préserver, ou les filles et femmes perdues à retirer du vice. Je serais infini, rien qu'à énumérer les prodiges de charité, nés de ce quatrième vœu servant d'appendice aux trois autres.

Mais je vous entends ; ou tout au moins je crois saisir dans votre esprit une objection qui, si vous l'exprimiez, se formulerait à peu près ainsi : Oui, sans aucun doute, ils sont utiles, grandement utiles, les Ordres justement appelés Ordres actifs ; leurs œuvres parlent assez haut. Mais en est-il de même des Ordres purement contemplatifs ? Quels avantages en retirons-nous ? Ne serait-on pas tenté de dire, si cette parole n'avait une si triste origine : A quoi bon cette perte : Ut quid perditio hœc ? Ou tout au moins ceci : que les prières qu'on y fait ne profitent qu'à ceux qui les font ?. . Force est bien de le reconnaître ; il n'est guère d'erreur qui se soit plus insinuée que celle-ci, à notre époque, en une foule d'esprits, hélas ! trop déshabitués des choses surnaturelles. Non, mille fois, les contemplatifs ne sont pas inutiles. Accordez-moi seulement^ que ce sont de saintes âmes, ces âmes du cloître, ces -âmes vouées, non moins qu'à la prière, à une vie toute d'abnégation, d'austérité, de pauvreté, de chasteté, et

la démonstration serabienprès d'être faite. Dieu n'aîme rîen plus que ses saints. Il les aime tant, qu'en leur considération il épargne ceux qui ne le sont point. S'il se fût trouvé dix justes en Sodome, Sodome n'eût pas péri. Au prophète Jonas, étonné, presque chagrin, de ce que les châtiments qu'il avait eu mission d'annoncer, n'arrivent pas, Dieu répond : Hé, quoi ! frapperais-je une ville (c'était Ninive) en laquelle je vois cent vingt mille personnes ne sachant pas distinguer leur main droite de leur main gauche (1) ?... N'aurait -il pas dit la même chose et à meilleur titre encore, s'il se fût agi, non de cent vingt mille ignorants, mais de cent vingt mille justes ? Ma pensée est claire maintenant : Ce sont les justes, — et les âmes engagées à Dieu parles trois grands vœux de religion en formant l'élite, — qui nous sauvent, qui nous font trouver grâce devant la justice divine toujours prête à nous châtier, et vous entendez Bossuet vous crier de sa grande voix : Qu alors qiCon ne les ahnerait %>as^ qu^on ne les protégerait pas 'pour eux-mêmes, il faudrait les aimer et les protéger pour le bien public (2)...

Si vous le voulez bien, la conclusion de cette Instruction sera celle-ci : Que nous devons tenir le vœu pour chose sainte ; qu'autant nous sommes libres de ne point faire de vœux, autant, si nous en faisons, nous sommes obligés, sauf dispense, de les accomplir ; enfin que les utilités des vœux, soit individuelles, soit générales, sont d'une telle évidence^ que ce sçrait une grande témérité de ne pas le reconnaître...

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