I. — LE CLLTE DE SUPRÊME ADORATION
tantôt adorateurs du Dieu de leurs pères, et tantôt adorateurs de Baal, couraient d'un autel à un autre, du vrai Dieu à l'idole, de l'idole au vrai Dieu (1). Gardons-nous de mériter pareil reproclie. Dieu veut notre cœur, tout notre cœur; notre esprit, tout notre esprit ; notre âme, toute notre âme ; nos forces, toutes nos forces (2). Si on ne lui donne tout, il n'acoej^te rien. Il est le Dieu jaloux : Dei(s zelotes (3).
Le culte que nous devons à Dieu doit être intérieur. Donc, loin de nous le pharisaïsme qui fait consister toute la religion dans les 1 pratiques du dehors. Pourvu qu'ils se fussent lavé les mains, et \ lotionn> le corps; pourvu qu'ils eussent offert la dîme de la j! menthe et du cumin, les adeptes de cette secte impie étaient [ content î, et pensaient bien avoir accompli toute justice (4). Ah! jî que le saint roi David exprimait des sentiments autrement justes, [ lorsque s'adressant au Seigneur, dans le quatrième de ses psaumes \ pénitentiaux : Seigneur, disait-il, si vous eussiez voulu des sacrifices de taureaux et do génisses, je vous en aurais offert; mais à , l'effusion du sang des animaux, à un autel chargé de victimes, vous préférez un cœur contrit et humilié, un cœur brisé de douleur de vous avoir déplu (5).
Le culte que nous devons à Dieu doit être extérieur. Nous l'avons dit assez, le culte extérieur n'est pas tout le culte ; mais il en est l'expression, le signe, le revêtement obligé. Donc, à ces esprits chagrins, qui, sous prétexte de ramener le culte dû à Dieu à ce qu'ils appellent sa pureté primitive, mais dans la réalité pour l'anéantir, le voudraient tout abstrait, tout renfermé dans le sanctuaire intime de l'âme, vous répondrez : qu'en religion, comme en tout le reste, la manifestation des sentiments intérieurs est dans la nature même des choses ; que d'ailleurs, parce que cela doit être, cela a toujours été : Dès le premier âge du monde, les patriarches dressent des autels au vrai Dieu, et par son ordre (6) ; David prend des vêtements plus décents pour entrer dans la mai- .
<i) m Reg. c. 18, V. 21, <2) ut Bupra.
(3) ExoL. c. 20, V. 5.
(4) M/TTH. c. 23, V, 23.
(5) PsAi . SO.
<0) Gen. passim.
son du Seigneur (1); Salomon se tient debout devant l'autel, et tout le peuple le voit lever les mains vers le ciel (2) ; Daniel ouvre sa fenêtre du côté qui regarde Jérusalem, et trois fois le jour il fléchit les genoux, et prie (3) ; saint Paul écrit aux fidèles d'Ephèse, et leur recommande de chanter des psaumes, des hjaïines des cantiques spirituels (4) ; lorsque nous prions, dit saint Augustin, nous nous tournons vers l'Orient, non pas que nous pensions que Dieu soit là plutôt que dans les autres lieux, mais parce que ses plus magnifiques ouvrages étant de ce côté, nous y trouvons plus^ ample matière à la louange : Cuni ad orationes stamus, converli- 7nur U7ide cœlum surgit, non tanquain ihisit Deus, sed ut admoneatur anùnus ad naturam. eœcellentiorein se converlere... i5). N'insistons pas davantage ; le culte extérieur est plus que suffisamment justifié.
Enfin, le culte que nous devons à Dieu doit être public. La conclusion est encore plus facile à déduire. 11- faut donc prendre part aux exercices publics du culte. Il faut donc venir à l'église, et glorifier le Seigneur dans la grande Assemblée : Apud te laus mea in Ecclesia magna (6). Chose digne de remarque : le même mot sert à exprimer la réunion des fidèles, et le lieu où elle se fait. C'est pourquoi, ne soyez jamais de ceux qui disent : Je ne vais pas à l'église, je prie Dieu chez moi... ce qui dans la pratique équivaut, ou à peu près, à l'absence de toute prière, et de tout culte. Si c'est, non rirréligion, mais le respect humain qui vou^ lait déserter le Lieu Saint, puisse la divine grâce renouveler en votre faveur le miracle de conversion que saint Augustin nouâ donne à lire au huitième Livre de ses Confessions .
Il y avait à Rome un rhéteur célèbre, du nom de Yictorin. Toute la jeunesse romaine, des sénateurs, des guerriers, des consulaires, se faisaient gloire d'assister à ses leçons. Sa. prodigieuse éloquancelui avait valu l'honneur insigne d'une statue de m arbreau milieu du Forum. Une chose lui manquait pourtant : il n'était
(1) II Reg. c. 12, V. 20.
(2) III Reg. c. 8, V. 21 .
(3) Dan. c. 6, v. 10.
(4) Eph. c. 5, V. 19
(5) Serni. Dom. in monte, lib. 2, c. 5* (G) PSAL. 21.