‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 46 sur 223 · XII. — LE SEPTIÈME JOUR SOUS LA LOI DE NATURE J^S · texte numérisé non relu

XII. — LE SEPTIÈME JOUR SOUS LA LOI DE NATURE J^S

que nous venons de dire? Une loi qui avait eu Dieu pour auteur, et Moïse pour promulgateur ; qui aura, dans la suite des temps, des prophètes comme Isaïe et Jérémie pour prédicateurs, un saint homme comme Néhémie, pour vengeur : une telle loi pouvait-elle ne pas durer? Elle dura donc, la loi sabbatique, autant qu'elle devait durer. Que dis-je, un temps vint où elle fut observée plus que jamais, j'ajoute même, plus qu'il ne le fallait. L'homme se portant trop facilement aux extrêmes, ne vit-on pas, au temps des Machabées, plusieurs milliers d'Israélites, encore plus zélateurs de la loi que vaillants soldats, bien qu'en la circonstance ce zèle ne fût pas selon la vraie science, aimer mieux se faire tuer jusqu'au dernier, que de se défendre en combattant, un jour de Sabbat (1)... Et quand, la plénitude des temps étant venue, c'est le mot de saint Paul, le Fils de Dieu se fait homme, parcourt les bourgades et les villes de Judée, instruisant, guérissant, semant les bienfaits sous ses pas : que lisons-nous dans l'Évangile? Les pharisiens, docteurs de morale outrée, observateurs du Sabbat, en apparence du moins, jusqu'à la déraison, imputaient à crime, au Sauveur Jésus-Christ, les miracles qu'il faisait, les jours de Sabbat! (2)...

Mais arrêtons-nous ici. Nous venons de prononcer un nom c[ui nous impose cette halte: Jésus-Christ. . . Jésus-Christ, maître du Sabbat (3), comme de tout le reste, Jésus-Christ venu, le Sabbat devait disparaître pour faire ]Dlace à une loi meilleure. . . Dès aujourd'hui, nous saluons le Dimanche, à son aurore. lï^ncore un peu, et nous le verrons en son plein midi

<1) 1. Mach. c. 2.

(2) Luc. c. 14.

<3) Matth. c. 12, V. 8.

TROISIÈME COMMANDEMENT

Le premier jour sous la loi de grâce, ou le dimanche»

Mémento ut diem sabbati sanctifices.

Souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat.

Placuit autem Ecclesias Dei, ut diei sabbati cultus et celebrilas in dominicum traûslerretur diem.

Catech. Rom.

La loi sabbatique devait durer autant de temps que durerait l'alliance de Dieu avec le peuple qu'il s'était choisi. Elle subsista en effet pendant toute cette période, avec des alternatives de ferveur et de relâchement de la part de ceux pour qui elle avait été portée. Voilà ce que nous avons dit d'abord dans notre dernière Instruction. Puis le dimanche commençant à poindre, nous l'avons salué à son aurore; nous réservant de le suivre jusqu'à son épanouissement complet. Le moment de le faire est arrivé. Dieu nous aide de sa grâce...

C'est une judicieuse remarque du Catéchisme romain, qui luimême d'ailleurs l'a empruntée au Docteur angélique, saint Thomas (1) : que dans le troisième précepte du Décalogue, il y a deux parties très distinctes : ce qui est le principal et comme l'essence du précepte, et ce qui en est l'accessoire seulement. Rendre à Dieu

(1) s. Thom. 2. 2. q. 122. art. 4. — Voir aussi S. Liguori lib. 3. n. 263 et seqq.

un culte extérieur et public; et à cet effet, pour l'homme la rigoureuse obligation de distraire une certaine portion de son temps, parce que, comme nous l'avons dit nous-même précédemment, on ne fait bien une chose qu'à la condition d'y mettre le temps : cela fait partie de l'essence du précepte, lequel, pour exprimer toute la pensée du grand théologien, tenant de la nature même des choses d'être ce qu'il est, n'est point, ni ne peut être sujet à changement. La nature des choses ne change pas. Mais, que cette portion de temps à distraire de la masse générale, pour l'employer au service de Dieu, soit de telle ou de telle durée : par exemple, que ce soit, ou la moitié d'un jour, ou plus d'un jour, ou seulement un jour plein, que ce soit tel jour ou tel autre, celui-ci ou celui-là . voilà l'accessoire, voilà qui est de pure cérémonie, c'est la partie changeante du précepte. D'où il suit, cette conséquence est à retenir, que Jésus-Christ, maître du Sabbat, comme il l'est de toutes choses, ainsi qu'il nous l'apprend dans l'Évangile (1), pouvait, ou directement et immédiatement par lui-même, ou médiatement par ses Apôtres agissant en son nom et d'après ses instructions, modifier l'ancien Sabbat judaïque, et du dernier jour de la semaine transporter au premier le culte public à rendre à Dieu.

C'est ce qui eut lieu, en effet. Presque au lendemain de la Résurrection du Sauveur, l'ancien Sabbat, non encore rigoureusement aboli — car Dieu ne fait rien par secousse — mais penchant visiblement vers le déclin (2), le premier jour de la semaine apparaît déjà comme jour religieux. Lisez les Actes des Apôtres : Le premier jour de la semaine, les disciples s'étant assemblés pour rompre le pain Eucharistique, Paul, qui devait partir le lendemain, leur fit un discours qu'il prolongea jusqu'à minuit (3). Même indication dans la première Épître de saint Paul aux Corinthiens : Le premier jour de la semaine, que chacun mette en réserve ce qu'il pourra donner, l'amassant peu à peu selon sa bonne volonté, afin qu'on n'attende pas à mon

(1) Matth. c. 42, V. 8.

(2) Dieu n'agit pas à la manière des hommes, qui portent des décrets, pour qu'ils obligent à partir de tel jour, ou de telle heure. La loi ancienne ne mourut que peu à peu. et ne devint mortifère, c'est-à-dire matière à péché, pour ceux qui s'entêtaient à 1 observer, que quand elle fut bien morte : Dieu voulant, selon le mot de Saint Augus- ,tin, lui faire des funérailles honorables.

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