XIII. — LE PREMIER JOUR SOUS LA LOI DE GRACE
arrivée pour recueillir les aumônes (1). — Dans la pensée de l'Apôtre, ces aumônes étaient destinées à l'Église-mère de Jérusalem, alors en détresse. — Ce n'est pas tout encore ; dés ces temps primitifs, le premier jour de la semaine manifestement ô.e\enu jour religieux, puisque c'est celui où les fidèles se réunissent pour célébrer l'Office divin, et faire des offrandes ou collectes qui, elles aussi, ont un caractère religieux, ce jour a un nom propre par lequel on le distingue mieux que par un numéro d'ordre : il s'appelle Dimanche, Dies cloyninica, autrement dit : Jour du Seigneur. C'est saint .Tean, le dernier survivant des Apôtres qui nous l'apprend : Et pendant que j'étais là — dans Tîle de Pathmos — il arriva que je fus ravi en esprit un jour de dimanche, et j'entendis derrière moi une voix forte et éclatante comme le son d'une trompette (2).
Mais avançons ; car voici que l'astre n'est déjà plus à son lever seulement, il monte à l'horizon. L'ère dite des temps apostoliques à peine close, j'entends saint Ignace, martyr, appeler le premier jour de la semaine de son vrai nom, du nom qu'il a reçu des Apôtres et qu'il gardera désormais dans toute la suite des âges, du nom de ditnanche, jour du Seigneur, et saluer en lui le premier, le plus magnifique des jours, un jour royal : Dominica dies, regina et princeps omniicm dierum (3). Plus tard, c'est saint Justin, le philosophe converti, disant dans une savante apologie, adressée par lui aux Pouvoirs publics, pour venger les Chrétiens, ses frères, des calomnies odieuses dont ils étaient l'objet: Dès l'aube du jour que vous appelez le jour du soleil, les chrétiens des villes et des campagnes quittent leurs travaux accoutumés, et se réunissent dans un môme lieu . Là, nous lisons, selon que le temps le comporte, les commentaires des Apôtres ou les éciits des
(1) 1. Cor. c. XVI, v.2.
(2) Apoc. c. I, V. 10. — Le Catéchisme Romain se fonde sur ces passages pour dire que ce furent les Apôtres qui consacrèrent au culte de Dieu le premier des sept jours de la semaine, et l'appelèrent Dimanche . Voici ses paroles, elles sont bonnes à citer contre quelques Auteurs à qui les textes scripturaii'es ne paraissent pas assez probants : Quam ob causam Apostoli ex his septem diebus eum qui primus est ad divinum cultum consecrare statuerunt, quem Dominicum diem dixere : nam et S. Joannes in Apocalypsi Dominici diei meminit, et Apostolus per unam sabbatorum, quae est dies dominicus, collectas fîeri jubet, ut intelligàmus jam tum in Ecclesia diem dominicum sanctum habitum esse.
(3) Epist. ad Magnes.
Prophètes. Quand le lecteur a fini, l'Ancien s'àdressant à rassemblée exhorte tous les assistants à mettre en pratique les choses qu'ils viennent d'entendre. Puis après, le pain et le vin sont offerts à Dieu. Le président continue dans un profond recueillement le cours des prières et des actions de grâces, auxquelles le peuple répond : Ainsi soit-il. Puis enfin, on fait à tous les assistants la distribution de ce qui a été consacré, et l'on envoie par les diacres leur part aux absents (1) .
Avançons toujours. Ce sont les païens eux-mêmes qui témoignent, sans le vouloir, en faveur du dimanche, et nous apprennent qu'en ces temps reculés, premier âge de rÉgiise, les chrétiens observaient le dimanche comme jour religieux, à ce point même que cette observance devenait leur trait caractéristique. C'est pourquoi, lorsque tel ou tel proconsul, ou préteur, faisait arrêter pour l'amener devant son tribunal quelque chrétien, nous l'entendons commencer ainsi son interrogatoire, ou plutôtle commencer et le clore tout à la fois, par cette unique question :/e ne te demande pas si tu e.< chrétien, mais seulement si tu as observé le dimanche (2)... tantilétait avéré qu'observer ledimanche et professer le christianisme étaient une seule et même chose. C'est pourquoi encore — nous mettons ici un nom propre — quand Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie, adressa à l'empereur Trajan son rapport sur les chrétiens de sa province : Tout ce que nous avons appris, écrivit-il, c'est qu'ils se réunissent, en un jour fixe, chantent des louanges alternées au Christ, comme à un Dieu, s'obligent par serment, non à un délit quelconque, mais à ne commettre aucun vol, aucun pillage, aucun adultère, à ne manquer jamais à leur parole, à ne jamais nier un dépôt confié. Après quoi ils se séparent, puis se réunissent de nouveau pour prendre un repas, en commun (3)... N'avoir que cela à dire des chrétiens, après enquête, n'était-ce pas faire leur panégyrique,
(1) BOHRBACHER, Lîv . 27. — Saint Justin n'emploie pas le mot dtmanc/ic, pour cette raison bien simple, que s'adressant à des païens il avait à se sei'vir de leur langage, autrement il n'eût pas été compris. Or, le premier jour de la semaine, chez les Romains, était consacré au soleil. Selon notre manière aujourd'hui d'appeler les autres jours, si ledimanche n'était le dimanche, nous dirions : soUU, solhdies, comme nous disons ; lundi, lunx dieu.
(2) Ap. Le Courtier.
(3) ROHRBAGHER, LiV. 27,