‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 48 sur 223 · XIII. — LE PREMIER JOUR SOUS LA LOI DE GRACE · texte numérisé non relu

XIII. — LE PREMIER JOUR SOUS LA LOI DE GRACE

<et rendre hommage au dimanche, jour fixe, où ils se réunissaient et apprenaient à pratiquer de si admirables vertus !

Cependant l'astre monte et grandit. Nous sommes au quatrième siècle. Un grand événement vient de se produire. Mais avant de le mettre en tout son jour, ne convient-il pas d'en faire précéder le récit par une belle page de saint Augustin ? Écrivant au comte Boniface son ami, et l'entretenant des devoirs que ceux que Dieu a investis d'une partie de sa puissance ont à remplir : Où étaientils, s'écrie le grand Évêque, les empereurs qui crussent au Christ, et soutinssent de leur autorité les lois de son Église ? Où étaientils, alors que s'accomplissait au pied delà lettre la prophétie du deuxième psaume : Pourquoi les nations ont-elles frémi de colère, et delà part des peuples pourquoi tous ces complots ? Les rois de la terre se sont levés, et les princes ont fait alliance entr'eux contre le Seigneur et son Christ... Et, ajoute-t-il^ il n'était pas encore venu, le temps où ce qui est écrit plus bas dans le même psaume serait entendu : Et maintenant, rois, comprenez, instruisez-vous, vous qui jugez la terre : loin de vous opposer à ses des- Sîms, servez le Seigneur désormais avec crainte et amour : Nond im autetn agehatur, qiiod paiclopost in eodem psalmo dicitur : Et nitnc, reges, intelligite, erudMnini qui judicatis terram. SeV' vite Dotnino in timoré (1).

C'était vrai. A l'époque où nous en sommes restés tout-àl'heure, ce temps n'était pas encore venu. Mais il allait venir. ]1 vint enfin. Constantin, le premier empereur chrétien, était sur le trône. Il avait vu le signe (2), entendu la voix et compris que Dieu ne donne aux rois la victoire sur leurs ennemis qu'à cette fin, queles Majestés de la terre attirent les peuples qui les servent, à un service plus élevé que le leur, au service de la Majesté du ciel. . . Et le voilà qui légifère en faveur de cette Église que dix et plus de ses prédécesseurs s'étaient eflbrcésde noyer dans le sang 'd3 ses enfants ! Le voilà qui porte un édit rendant obligatoire l'observation du dimanche sur toute l'étendue de l'empire romain ; Il veut que les tribunaux vaquent, que les travaux ordinaires -soient suspendus, excepté ceux de l'agriculture, lorsqu'il y a

(1) Epi ST. 50.

(2) L'apparition d'une croix, dans le ciel, avec or^s mots Hès lisibles qui accompa- j ^;jjiient ; In hoc signo vinces. Rohrbacher. L;v. W.

danger de peMre les fruits qu'on en attend ; que ses soldats aient toute liberté de se rendre à l'assemblée des fidèles, et d'offrir à Dieu leurs prières : pour ceux qui sont dans les campements, il compose lui-même une prière à leur usage ; les mains et les yeux levés vers le ciel, ils diront : Nous vous reconnaissons, vous, le seul Dieu, nous vous rendons hommage comme à notre roi, nous vous appelons à notre secours. C'est par vous que noiis avons remporté la victoire. Nous vous remercions des bienfaits passés, nous en espérons d'autres pour l'avenir. Nous vous supplions de nous conserver longtemps sauf et vainqueur notre empereur Constantin (1).

Ainsi décréta le premier empereur chrétien, le 7 mars 321. Il aura des imitateurs. Même zèle chez Yalentinien, Théodose le Grand, Arcadius, Léon et Anthémius. Même zèle chez les premiers rois Francs, pour ne parler que des nôtres. Gontran, Ghildebert, Pépin le Bref, et leurs suivants. Gharlemagne parlera comme Constantin, saint Louis comme Charlemagne, Louis XIV comme saint Louis (2) ; pendant que d'autre part, et papes, et conciles, et évêques, et prêtres, pasteurs, prônistes, catéchistes, feront entendre leur voix encore plus autorisée que celle des empereurs et des rois.

Et tous ces honneurs vous étaient dus, ô saint dimanche ! Ni l'Eglise, ni les princes, n'ont excédé dans la louange !... Mais pourquoi ? pourquoi distingué, le dimanche des autres jours, comme jour religieux, consacré désormais au culte de Dieu par les Apôtres eux-mêmes ? pourquoi appelé par le martyr saint Ignace, dont il me i^lait de redire les paroles : le premier, le plus solennel des jours, un jour royal... et par le premier empereur chrétien, dans ce même édit du 7 mars 321 : un jour de salut, un jour de vraie vie et cCimm.ortalité, un jour de lumière, mais d'une lumière bien plus parfaite que celle qui fut tirée du néant.

(1) ROHRBACHER. Liv. 31.

(2) Leurs lois sont authentiques, et ont. chacune, leur date fl.ans l'histoire. — Ces princes comprirent, en leur temps, ce que les princes de tous les temps ne devraient jamais perdre de vue. C'est des rois et des empereurs, et en général, de tous ceux qui sont investis du pouvoir, que le Catéch. Rom. dit : Monendi vero ethortandi sunt principes et magistratus, ut in iis mar'me quae ad hune cultum Dei retinendum atque augendum pertinent, Ecclesiœ p 'absides auctoritate sua juvent, jubeaitque popuium sacerdotum prseceptis obtempcrare.

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