XIV. — ŒUVRES DÉrENDUES, LE DIMANCOE
mêler les couleurs, en vue de peindre un taljleau, même de broder, même de fabriquer des chapelets, des scapulaires, des images, des fleurs artificielles, surtout si on les confectionne avec l'intention de les vendre : toutes ces choses tombent sous là défense : Vous ne ferez rien de servile, dit le Seigneur : Omne opus servile non faciès in eo (1) .
Mais pourquoi une telle défense, et qui porte si loin ? La culture de la terre qui fut la première vocation de l'homme, les di" verses professions qui vinrent ensuite et naquirent du besoin, ces travaux des champs, ces arts mécaniques, tous ces métiers, en tout autre temps si permis, si autorisés, même si honorables, quoi qu'en ait pensé l'antiquité païenne (2}, même si nécessaires, puisqu'ils tournent à l'avantage de la société en même temps qu'au bien-être des particuliers eux-mêmes : pourquoi, le jour du dimanche une fois venu, sont-ils suspendus, interdits d'un minuit au minuit suivant, car le jour du Seigneur n'est pas de moindre durée que le jour civil, il compte vingt-quatre heures ? Le moindre enfant de nos catéchismes donnerait peut-être une réponse à 2)eu près satisfaisante ; mais le prinoe des théologiens, saint Thomas, nous le dira avec infiniment plus d'autorité : Les œuvres corporelles, dites servîtes, sont contraires à l'observance du dimanche, en tant qu'elles font obstacle à l'application de l'homme aux choses de Dieu : Illa opéra, quœ dicuntur servilia, conlrariantur observantiœ sabbaii, in quantum impediunt applicationeni hominis ad divina (3). Le Catéchisme Romain, qui a visiblement puisé à cette source, exprime la même pensée, mais plus longuement. S'adressant à son peuple, le Législateur avait dit : Tu ne feras aucune œuvre servile en ce jour; ni toi, ni ton fils,, ni ta
(1) LEVIT. C. XXIII.
(2) Chez les anciennes sociétés païennes, le travail manuel, l'exercice des métiers était la part des esclaves. On est stupéfait quand on entend parler sur ce sujet ceux-là mêmes qui étalent réputés les plus sages. Jamais, dit Gicéron, l'ouvrier ne s'élèvera jusqu'à la connaissance de la vraie sagesse... tant il l'en juge incapable. A cette question : Doit-il être compté parmi les citoyens ? Platon répond : Non ; un bon gouvernement ne le fera jamais. Anstote parlant du travail des champs écrit ces mots : Ceux qui s'y livrent ont une existence dégradée... Qui a ramené l'esprit humain à des idées plus saines? Le Fils de Dieu, J. C. par ses paroles-el par ses exemples. Comme on a plaisir à entendre Bossuet s'écrier : Que ceux qui vivent d'un art mécanique se consolent, J. G. est da leur corps. — 20' sem. 8° Elév.
j(3) S. Thom. 2. 2. q. cxxii, art. 4.
fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ta bête de somme, ni l'étranger qui est chez toi. . . Écoutez maintenant le Commentaire : Ces paroles nous montrent clairement que nous devons éviter toutes les œuvres qui empêcheraient de rendre à Dieu le culte qui lui est dû : Quibus verhis ad id primum instituimur, ut quœcumque divinutn cultum impedire possunt, omnino vitemus ; c'est pourquoi, ajoute-t-il, les œuvres serviles nous sont défendues en ce jour, non, certes, parce qu'elles sont mauvaises de leur nature, non quidetn ea re, quod sua natura, aut turpe^ aut malum sit, mais parce qu'elles éloignent notre esprit du service divin, qui est l'objet premier de ce précepte, sed quoniam mentem noslrani a divino cultu, qui finis prœcepti est, abstrahit {!).. . N'insistons pas davantage, la chose est entendue ; l'incompatibilité du travail manuel, avec l'accomplissement de nos devoirs envers Dieu, devoirs qui sont d'un ordre infiniment plus élevé, tel est le dernier mot du précepte, en tant que précepte prohibitif.
Toutefois, hâtons-nous d'ajouter, qu'autant l'Église est respectueuse des droits de Dieu, autant elle se montre indulgente pour ses enfants, et qu'en cette qualité de mère pleine de sollicitude, elle accepte toutes les raisons légitimes, propres à alléger le fardeau. Que dis-je, elle les accepte... elle les a codifiées, nous les retrouvons, sous une forme ou sous une autre, dans son Corps de droit, dans ses décrétâtes, dans les canons de ses Conciles généraux ou provinciaux, dans les décisions authentiques de ses souverains Pontifes. Ah ! c'est bien vraiment sous la loi de grâce que nous vivons ! Notre condition, à nous, enfants de l'Évangile, est meilleure mille fois que celle de l'ancien peuple ! Là où le Juif était comme enchaîné, nous nous mouvons librement (2). Vous l'allez voir.
(Première raison excusante, reconnue légitime par l'Église : la coutume dûment établie. Qu'on permette tout ce qui est consacré par l'usage, disait un ancien Concile du sixième siècle : Quod ante fieri licuity liceat (3). C'est en vertu de cette règle où l'esprit
(1) Catech. Rom.
<2) Observare diem sabbati non ad litteram jubemur. S. august. Epis. 55 ad Januarium.
(3) Concile d'Arles en 588.