XV. — (£UVRE PRESCRITE, LE DIMANCHE
(le corps, absent d'esprit; vous n'accomplissez pas le précepte, encore que vous paraissiez l'accomplir : vous perdez la messe. — Une attention sincère et pieuse, qui dirige les yeux et les oreilles vers l'Autel, les yeux pour voir ce qui s'y fait, les oreilles pour entendre ce qui s'y dit, et avec les yeux et les oreilles l'esprit qui pénètre le sens de ce qui s'y fait et s'y dit. En matière de précepte, je le sais, il ne faut pas aller au delà des limites que les grands- Théologiens n'ont pas osé franchir. Je sais que, en la rigueur des choses, une tenue correcte, accompagnée de l'intention générale d'honorer Dieu, suffit. Mais si je n'ai pas le droit d'exiger lemieux, il m'est bien permis de le conseiller (1). C'est pourquoi : Assistants au saint Sacrifice de la messe, faites-le, ce mieux, non commandé, mais désirable. Ou bien, lisez votre messe, on se déshabitue trop du Livre de Messe; ou bien, méditez sur l'infinie bonté de Dieu, et plus particulièrement sur la sainte Passion du Sauveur, d'où la messe tire toute son efficacité ; ou bien, visant plus haut, cherchez à atteindre jusqu'aux fins pour lesquelles le saint Sacrifice a été institué. Ces fins, nous les avons déjà sommairement indiquées. — Le sacrifice de la messe est un sacrifice d'adoration : assistez-y en cette vue, de rendre à Dieu les hommages que vous lui devez, et dans la mesure où vous les lui. devez, — Le sacrifice de la messe est un sacrifice d'expiation : assistez-y en cette vue, de satisfaire à la justice divine, toujours prête à nous châtier, comme nous ne le méritons que trop par nos innombrables péchés . — Le sacrifice de la messe est un sacrifice eucharistique, ou d'action de grâces : assistez-y en cette vue, de rendre grâces, parce que, redevables comme nous le sommes à l'infinie munificence de Dieu, c'est le meilleur moyen, disons mieux^ c'est le seul moyen de nous acquitter envers qui nous comble de ses bienfaits. — Enfin, le sacrifice de la messe est un sacrifice d'impétration : assistez-y en cette vue, d'obtenir plus sûrement les secours et grâces dont vous avez besoin, tant pour le corps que pour l'âme, tant pour vous personnellement que pour les vôtres, tant pour vos vivants que pour vos morts, tant
(1) Non facile arguendi sunt fidèles do culpa gravi ob defectum attentionis sufficientis in missa, sed potius amaiiter adhortandi sunt ut pic ad diyina mystena animum- Intendant. Gury. n. 343.
pour le temps que pour réternité... Plus sûreinent, avons-nous dit, parce que, pendant la sainte messe, c'est Jésus Christ luimême qui prie pour nous, qui s'interpose pour nous, qui prend notre cause en main et la rend sienne, qui fait parler en notre faveur, comme autant de bouches éloquentes, les plaies de sa sainte Humanité, et appuie nos supplications de tout le poids de sa puissante médiation...
0 mon Dieu, avant de terminer cette Instruction, je vous prie bien instamment de la bénir. Si mes paroles pouvaient faire, qu'à l'avenir un seul de ces chers Fidèles assistât au saint Sacrifice de la messe, avec plus de vraie foi, de sincère piété, et qu'ainsi il vous en revint plus de gloire, et à lui plus de grâces, je me trouverais récompensé bien au delà de mes mérites, pour les avoir prononcées, ces paroles, puisque c'est vous. Seigneur, qui me les avez mises à la bouche...
TROISIÈME COMMANDEMENT
CINQUIÈME PRONE Œuvre recommandée, le dimancho.
Mémento ut dlem sabbati sanctifiées.
Souvenez-vous de sanctifier le jour du Seigneur.
Attente prœterea diligenterque sacra concio a fidclibus audienda est : nihil enim minus ferendum est, neque tam prufecto indignum, quam Christi verba coalttiiinere aut negtigcnler audire.
Catech. R07n.
En l'année de grâce dix-huit cent quatre-vingt-onzième, un de nos Congrès catholiques, abordant la question, nous le dirons prochainement, toute pleine d'actualité, du dimanche, émettait le vœu que la messe paroissiale, trop délaissée, fût remise en honneur (Ij. Humble prôniste, n'ai-je pas pour premier devoir d'unir ma faible voix à cette grande voix, et de m'employer, selon mon pouvoir, à la réalisation d'un vœu si légitime. C'est ce que je me propose de faire, avec l'aide de Dieu...
Encore que, au sentiment de tous les Théologiens de marque du temps présent, on sîitisfasse au troisième Commandement, en tant qu'il est préceptif, quelque messe qu'on entende, en quelque
(1) Les vœux du Congrès de Valence... Assistance à la messe. Le Congrès exprima le vœu : qu'on se préoccupe spécialement de ramener le peuple à la messe, le dimanche, et surtout à la messe pai^oissiale. {U Univers, lundi 5 oclobre 1891.)
loG LE DÉGALOGUE
église qu'on l'entende, même dans un oratoire, pourvu qu'il soit non privé, mais public : il est hors de doute cependant, que pour de nombreuses ftt solides raisons, l'assistance à la grand'messe, dite messe chantée, messe solennelle, messe du prÔne, et plus communément encore messe de paroisse, est fort recommandable, et très légitimement recommandée. Nous allons le voir.
Première raison de l'assistance à la messe paroissiale : Le désir de l'Église. Ne parlons pas ici, nous l'avons fait ailleurs (1), de l'origine des paroisses, bien que pourtant ce soit une grande époque, celle où, sortie victorieuse des persécutions, et déjà répandue partout, l'Église fut définitivement partagée en patriarcats, les patriarcats en métropoles, les métropoles en diocèses, les diocèses en iDaroisses: toutes ces subdivisions ayant leurs préposés, chaque patriarcat son patriarche, chaque métropole son primat, chaque diocèse son évêque, chaque paroisse son prêtre, appelons ce dernier par le nom qu'il porte depuis de longs siècles, son curé, chargé, le titre l'indique, de veiller sur cette petite fraction de la grande famille chrétienne. Ne parlons pas non plus des lois en vigueur, touchant la matière qui nous occupe, aux premiers âges et aux âges suivants. Personne ne le révoque en doute : elles étaient prescriptives ; l'enumération serait longue des conciles provinciaux, des rituels diocésains, des ordonnances et règlements qui enjoignaient aux fidèles, bien qu'avec des nuances diverses, c'està-dire plus ou moins explicitement, d'assister à la messe paroissiale. Ajoutons pourtant, puisque nous avons le devoir de rester dans la vérité, que, de l'aveu de tous aujourd'hui, cette législation est tombée en désuétude, abrogée par une coutume contraire, coutume universelle, ayant force de loi, et de loi générale, à tel point que si, hormis tel ou tel cas particulier dont nous aurons à parier plus tard, un évêque dans son diocèse, un curé dans sa paroisse, un confesseur au saint Tribunal, imposaient, celui-là à ses diocésains, celui-ci à ses paroissiens, cet autre à ses pénitents, l'assistance à la messe paroissiale, ils outrepasseraient leurs droits. Ni confesseur, ni curé, ni même évêque, n'a qualité pour aller à rencontre d'une coutume reçue partout (2). C'est pourquoi; nous disions tout
(1) Prônes sur le Symbole des Apôtres^ 36* prône. ^2) S. LiçyORi. lib. 3^ n. 420.