XVI. — ŒUVRE RECOMMANDÉE, LE DIMANCUE ilj
OU dimanche des chrétiens ; aujourd'hui comme alors, c'est l'assemblée, dans un même lieu, de tous les fidèles de la ville et de la campagne, sous la présidence d'un Ancien, ainsi appelait-on le prêtre aux preiiiiers âges de l'Église ; aujourd'hui, comme alors, c'est kl même prière s'échappant de cœurs qui battent à l'unisson et passant par des lèvres qui disent toutes la même chose, comme au temps où les hommes parlaient la même langue : erat ontem terra lahii unius et sermoniun eoriimàem (1).., Est-ce donc là un avantage à négliger ? Qui ne sait de quelle singulière efficncilô est douée la prière collective ? Prier tous ensemble, ditTertullien, c'est faire à Dieu une sorte de violence, et il ajoute : Cette violence d'ailleurs lui est très agréable : Hœc vis grafa Deo (2). Saint Jean Ghrysostorae va plus loin : Prier tous ensemble, c'est faire monter jusqu'à Dieu un cri si puissant, et en même temps si persuasif, qu'il éprouverait comme une honte à ne le vouloir pas entendre. Quasipuclore cominovetiir, ciun multUiidinem ad prccatione7n concordem atque confipirantein cernit (3). Et saint Thomas ne recule point devant cette affirmation, quelque hardie qu'elle paraisse: Il est impossible que les prières communes ne soient pas exaucées, lorsque, fondues ensemble, elles s'élèvent vers le Ciel comme une prière unique : Impossibile est preces miUtorum no/i exaudiri, si ex multis orationibus fiât quasi una (4). N'en disons pas davantage. Un jour peut-être auroâs-nous l'occasion de traiter ce sujet à part.
Enfin, c'est à la messe paroissiale que se fait le prône; le prône, c'est-à-dire à prendre ce niot dans le sens large : la prière collective, dont je viens de parler, les publications de bans de mariage, les annonces de fêtes, les jeûnes à observer, la notiâca tion officielle des encycliques pontificales, et des ordonnances épiscopales ; le prône, c'est-à-dire, à prendre ce mot dans le se? s restreint : l'Instruction que 'e Curé adresse à l'assistance, aprrs lavoir mûrie, et appropriée aux besoins de ses auditeurs, ct c'est à son propre troupeau qu'il parle, et non à un troupeau^
(1)Grn. c. XI, V. 1. '
(2) Apologet. c. 39.
(3) In Epist, II ad Cor. Hom. 2,
(4) In Matth. cap. xviii.
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quelconque : C'est pourquoi, disait un des prédicateurs les plus autorisés du dix-septième siècle, Massillon, la voix du Pasteur a une vertu particulière pour ses brebis, il parle avec l'autorité et avec la tendresse d'un père, les vérités les plus simples dans sa bouche tirent de la grâce de son ministère une bénédiction que nous ne saurions donner aux nôtres : nous sommes des étrangers, il est le Pasteur : nous entrons dans ses travaux, mais c'est à lui que la vigne appartient (1). .. Ces sages paroles, quoique vieilles de deux siècles, auraient-elles donc perdu de leur actualité ? Qui oserait prétendre, aujourd'hui surtout, qu'il est indifférent d'aller, ou de ne pas aller entendre le prône du Pasteur ?. .. Je sais bien qu'en droit strict on ne peut imposer cette obligation. Un précepte qui n'est écrit nulle part n'est pas un précepte (2). De ce que, de droit naturel, et divin, les pasteurs soient tenus de paître leur troupeau, et que de droit ecclésiastique cette nourriture spirituelle doive lui être fournie chaque dimanche, et chaque jour de fête, la conclusion qu'on tirerait de ces prémisses, qu'il y a pour chaque fidèle un devoir correspondant, serait une conclusion forcée (3) . Mais je sais aussi que quiconque, manquant de l'instruction religieuse suffisante, néglige de l'acquérir, quoiqu'il le puisse facilement faire, en assistant régulièrement aux Instructions paroissiales, ne peut être regardé comme exempt dépêché mortel (4). Or, c'est aujourd'hui le cas du plus grand nombre. A notre époque, plus qu'en aucune autre peut-être, le mal, le grand ;mal, la plaie vive des âmes, c'est l'ignorance en matière de religion. Mo permet trez-vous de placer ici toute une belle page, sortie de la plume d'un des plus vaillants évêques de ce temps ? Réduite à sa plus simple expression, elle tiendrait dans ces six mots : On ne sait pas le Catéchisme... Mais je vais la citer entière :
« Il y a trente ans environ, je me trouvais à bord d'un navire, « et parmi les passagers était un consul belge, envoyéà l'étran- ,«• ger par son gouvernement, que l'on sait être favorable au Ca-|
(1) Carême, mercredi de la 3" semaine, JDu véritable culte,
(2) S. LiGUORl. lib. 3, n. 308.
(3) Clément Marc. n. 657.
<4)Ibid. "
"XVl. — OEUVRE RECOM\T'ND)':r;, LE DIMAN'CUE ICI
« tliolicisme. Il m'honorait de sa confiance, et souvent nous cau- «■ sions ensemble pendant les longues heures de la traversée. Un « jour, au cours de la conversation, je fus amené à lui demander « s'il allait à la messe — Quelquefois, me dit-il — Quelquefois, « répliquai-je, et pourquoi pas tous les dimanches ? — Expliquez- « moi votre pensée, me dit-il.
« Alors je lui expliquai que la messe n'est pas autre que le « renouvellement non sanglant du sacrifice du Calvaire, et qu'en c( vertu des pouvoirs et de l'ordre donnés aux apôtres et aux « prêtres par Jésus Christ, nous consacrons le pain et le vin ; « qu'à l'autel le Christ est tout, prêtre et victime, et que par sa « vertu, les paroles du prêtre font ce qu'elles disent, et qu'ainsi <( le pain et le vin sont transsubstanciés, et deviennent la chair, <( le sang, l'âme et la divinité de Jésus Christ, en un mot la perce sonne du Christ glorieusement ressuscité. De sorte, ajoutai-je, « que notre divin Sauveur, à la messe, est sur l'autel, depuis la « consécration du pain et du vin, jusqu'à la communion du prêtre. « Si donc vous avez la foi, monsieur le consul, vous devez aller « à la messe tous les dimanches ; et si vous n'avez pas la foi, je « me demande pourquoi vous y allez quelquefois.
(f Alors, mon compagnon de voyage, toujours aimable et poli, « me répondit, comme un homme qui sort d'un rêve : Ce que <v vous venez de me rappeler, j'avoue l'avoir oublié ; mais je l'ai « su. J'ai fait ma première communion, et même j'ai communié « plus d'une fois après. Les plaisirs, les distractions, les affaires « le monde où j'ai vécu m'ont éloigné des choses de la religion ; « l'indifTérence a fait le reste. Vous le voyez, ajouta-t-il, je suis- « bien ignorant de ma religion . Eh bien ! croyez-le, sur cinquante « hommes de la société, il y en a quarante-cinq qui n'en savent '< pas plus que moi. Faites souvent le catéchisme à vos compa- « gnons de route, sur terre et sur mer; car comme moi ils l'ont « oublié (1) )).
Quelle page intéressante! mais quelle révélation ! quarante-cinq hommes sur cinquante, dans les classes lettrées, qui ignorent leséléments de la religion 1 Combien y en a-t-il donc, dans les classes
(4) Etude de Mgr Fava, évêque de Grenoble, sur le Catéchisme, à roccasion de la publication d'un nouveau catéchisme dioccsiin. (Univers, 7 août Ibi 2.)
populaires ? Ils sont légion ! Et l'Église n a-t-elle pas cent fois raison de recommander à ses enfants la messe paroissiale, qui, le plus souvent, sinon toujours, est la messe du prône ?
Mais il faut finir. Troisième et dernière raison de l'assistance à la messe paroissiale : Le bon exemple à donner. Comme les précédentes, cette raison est très appréciable (1). Quiconque assiste habituellement à la messe paroissiale, et ne s'en départ jamais que pour des raisons graves, non seulement il s'édifie, mais il édifie. Sa ponctualité sur ce point ne peut manquer d'exercer une heureuse influence, surtout s'il occupe une position qui le mette en vue, ou comme maître de maison, ou comme chef d'atelier, ou comme haut fonctionnaire dans l'État... Pour moi, je ne lis jamais l'Évangile que l'Église nous donne à méditer, le vingtième dimanche après la Pentecôte, sans qu'il se fasse dans mon esprit une idée très nette de la puissance du bon exemple. Après Notre Seigneur, le personnage principal qui y figure, c'est un officier, non un officier quelconque, mais un officier supérieur, regulus. Eh bien; du moment que cet officier supérieur, dont le fils mourant a été guéri par une parole de Jésus, à l'heure même où Jésus Ta prononcée : du moment, dis-je, qiiil croit, toute sa maison, et par ce mot il est permis d'entendre non seulement sa famille proprement dite, mais encore sa maison militaire elle-même, c'est-à-dire les officiers subalternes qui étaient sous son commandement, toute sa maison croit avec lui : Credidit ipse, et domus ejics toia (2).
Résumons, et concluons : soit plus grand respect pour la liberté de ses enfants ; soit concession par elle jugée nécessaire, ou du moins plus utile que le maintien de l'ancienne discipline, TÉglise ne prescrit plus ]'ossislance à la messe paroissiale. Toute messe est bonne pour accomplir le précepte. Il n'y a de péché grave que dans les deux cas suivants, ou d'ignorance, ou de scandale : d'ignorance, si le prône du pasteur est l'unique moyen à employer pour la vpiincre ; de scandale, par exemple, si l'on désertait la messe paroissiale en haine du curé, ou par méi)ris de la paroisse
(1) Elle est en effet appréciée par le théologien Clément Marc, qui, faisant de l'assistance à la messe paroissiale, non une œuvre prescrite, mais utile et fort l'ecoramandalile. dit : Talis assistentia bono exemple est. n. 677.
(2, JOANN. c. 4, Y. 46-53.