‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 6 sur 223 · II. — LE CULTE DES SAINTS 2S · texte numérisé non relu

II. — LE CULTE DES SAINTS 2S

Palais. C'est justement ce qui se fait ici : nous prions les saints, amis de Dieu, nous les intéressons à notre cause, en cette qualité qui est la leur, d'amis de Dieu, d'habitués de sa cour (1). Que leur demandons-nous? Qu'ils accordent? Non. Qu'ils obtiennent? Oui, et rien de plus ; c'est le seul rôle qui leur convienne, et qui soit dans nos intentions. Quant à Dieu, il reste ce qu'il est, toujours souverain, toujours maître de ses dons, et l'unique source d'où découlent les saints désirs, les sages conseils, les œuvres méritoires : Deus aquosancta desicleria, recta concilia, etjusta sunt opéra (2) .

Si l'on dit, qu'ayant auprès de Dieu, comme nous l'avons en leffet, un médiateur universel, toujours vivant, toujours priant (3)^ e fils de Dieu lui-même, Jésus Christ : reconnaître d'autres suppliants, c'est faire injure à ce médiateur unique, et tenir ses mérites pour insuffisants : c'est une erreur. Nous ne mettons point les saints, et Jésus Christ le saint des saints, sur la même ligne, il s'en faut. Ce qu'est Jésus Christ, il l'est par nature et de son propre

fnd; ce que sont les saints, ils le sont par grâce, et par la communication qui leur en est faite. Jésus Christ est le médiateur de rédemption, et comme tel^ nous le disons bien haut, nous le crierions sur les toits, il est unique, il ne peut être qu'unique. Les saints, s'il est permis de les appeler de ce nom, sont des médiateurs d'intercession, subordonnés au premier, dépendant du premier, n'ayant d'accès auprès de Dieu qu'en vertu des mérites du premier. Jésus Christ, médiateur de rédemption, était nécessaire, il n'est point de salut en quelqu'autre (4), et en rigueur il suffisait, dit saint Bernard, siifficere poterat Christus, ayant versé une assez grande abondance de son sang pour racheter mille mondes, d ême plus coupables que le nôtre, et obtenu, en vue de nous en faire bénéficier, mille fois plus de grâces qu'il ne nous en fallait pour arriver au ciel : Siquidem et nunc omnis sufficientia ex eo est (5\

(1) Voir S. Tlomas. 2. 2. q. 83, ait. 4. Utrum Deus debcat solus orari?

(2) Orat. de pace.

(3) Heb. c. 7, V. 25.

(4) ACT. c. 4, V. 12.

(5) Dans notre explication de VAve Maria, nous faisons usage des mêmes arguments, tirés du même Père, saint Bernard, pour établir en toute exactitude de doctrine la médiation de la Sainte Vierge^ La Prière, p. 390.

Est-ce donc â dire pour cela que les seconds, les médiateurs d'intercession, soient inutiles ? Le Gentenier de l'Évangile, certes, ne le pensait pas, le jour où, pour avoir accès auprès de Jésus et lui présenter sa requête, il s'adressait aux amis de Jésus. Or, quand nous prions les saints, faisons-nous autre chose que cet homme, dont la foi fut louée par le Sauveur lui-même (1) ?

Si l'on dit que les saints ne nous voient pas, ne nous entendent pas, ne nous connaissent pas ; qu'habitant, nous un monde, eux un autre, il n'y a entre eux et nous aucun lien de communication : c'est une erreur. Autrement, comment expliquer ces paroles de l'Ange à Tobie : Lorsque tu priais avec larnïes, que tu ensevelissais les morts, que tu quittais ton repas pour les cacher dans ta maison pendant le jour, afin de leur donner la sépulture, à la faveur des ténèbres, j'offrais tes prières au Seigneur (2) ? Que veut -dire Jésus Christ lui-même, quand il assure, ainsi que nous pouvons le lire au saint Évangile : qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt dix neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence (3) ? Enfin, quel peut bien être le sens de ce neuvième article du symbole : Credo sanctoriun comTnunionem : Je (^rois la communion des saints ? Ou 11 -n ces paroles ne signifient rien, ou bien elles expriment cette croyance qui nous est chère, enseignée qu'elle a été dans tous les temps, et reçue par tous les fidèles : que l'Église qui triomphe dans le ciel, l'Église qui milite sur la terre, sans exclure, certes, l'Église qui souffre au purgatoire, ne forment qu'une seule Église universelle, soas une tête unique, Jésus Christ, et qu'entre tous les membres de ce grand corps il y a union, sympathie, échange de bons offices (4K Ah ! n'en doutons pas, chrétiens, sans qu'ils aient besoin de nous voir, de nous entendre, mais selon un mode de connaissance*?Lpproprié à leur état, les saints nous connaissent, ils n'ignorent rien de ce qu' nous touche légitimement, soit que Dieu le leur révèle par les Ang;'S qui sont ses ministres, soit qu'ils le voient directement dans l'essence divine, dans le Verbe, in Verbo,

(1) T.UC. c. 7, V. 6 et seq.

(2) ToB. c. 12, V. 12.

(3) Luj. c. 15, V. 7.

<4) Voir le prône ^0' du Symbole des Apôtres.

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