II. — LE ClfLTE DES SAINTS
soil de quelqu'autre manière, dit saint Thomas (1). Est-ce que Dieu est jamais à bout de moyens : Dieu, pour qui il n'y a d'impossible que ce qu'il ne peut pas vouloir ?..
Enfin, car il faut épuiser cette matière, si l'on dit, qu'à la vérité, les saints nous connaissent, encore que nous ne sachions pas exactement par quels voies et moyens, mais que, abîmés dans la contemplation dos perfections de Diea, remplis de son amour, ils sont tout entiers à cette jouissance qui les absorbe : c'est une err "ir. Quoi donc! Les saints ne point nous aimer, parce qu'ils sont au comble du bonheur ! Mais ce serait l'égoïsme régnant au ciel; c'est-à-dire que le ciel cesserait d'être le ciel, si ce monstre pouvait y trouver place ! Les saints ne point nous aimer parce qu'ils aiment Dieu le plus parfaitement possible ! Quelle contrevérité, puisque plus on aime Dieu vraiment, plus on aime le prochain sincèrement en Dieu et pour Dieu ! Les saints, arrivés au port, ne point s'intéresser à nous, qui sommes en route vers le port ! Ah 1 tel n'était point, certes, le sentiment de saint Gyprien, disant des saints : qu'assurés désormais de leur salut, ils restent tendrement inquiets du nôtre : de sua sorte securi, de nostra salute solliciti (2) ; ni celui de saint Augustin, lorsque, dans le plus magistral de ses ouvrages, il nous représente les saints au ciel : heureux par la communication que Dieu leur fait de son propre bonheur, Creatoris sici participatione becUij éternels de son éternité, cujus œternitale firmi, forts de sa vérité, cujus veritale cerli, saints par sa grâce, cujus munere saneti... ce qui suit nous intéresse trop personnellement pour l'omettre : et pour nous autres, mortels malheureux, tout remplis d'un amour compatissant, jaloux de partager avec nous leur béatitude et leur
(1) 2. 2. q. 83, art, 4 et suppl. q. 72, art. 1. Et lib. 4 Sentent, distinct. 45, q. 8. Le saint Docleur dit : Cogitationes cordium solus Deus per se Ipsum no vit, sed tamen saneti cognoscere possunt quatenus eis revelatur vel per visionem, vel quocumque modo. — S. Augustin ne pouvait manquer d'avoir son sentiment sur cette question; il le tire par un a fortiori de deux passages des saintes Écritures : Dieu fait connaître au proph te Elisée ce qui se passe de plus secret au conseil da roi de Syrie. IV Reg. cap. 6... Le même prophète, quoique absent, voit son serviteur Giézi recevant, contre son ordre, des présents de Naaman. Ibid. c. 5. Si Elisée, dit S. Augustin, a péiiétré ce que son serviteur Giezi faisait au loin, à plus forte raison les saints qui sont dans le ciel ont-ils le don de connaître ceux qui prient sur la terre : quanto amplius tune omnes munere isto abundabunt. De civit. lib. 22, cap. 29,
(2) Lib. de mortalitate.
immortalité : ut immortelles beatique simics, nos morlales et miseros. miséricordes diligunt. Et la raison qu'il en donne est précisément celle que nous tirions nous-même tout à l'heure de l'article neuvième du Symbole : Credo sanctorum communionem : Je crois la communion des saints... Nous sommes de la même Cité, dit-il, de la Cité de Dieu : Cttm ipsis enim siimus una Civitas Dei : Cité dont une partie, la nôtre, est exilée et militante, une autre partie, la leur, est triomphante, et secourable : cujus pars, in nobis. peregrinatur, pars, in illis, opitulatur (1). Et maintenant que notre tâche est accomplie ; que le culte par nous rendu aux saints est démontré légitime, légitime le culte d'honneur, légitime le culte d'invocation : honorons les saints, heureux amis de Dieu et les habitués de sa Cour; invoquons les saints, à notre égard frères secourables. Honorons et invoquonsles tous, tous les saints Apôtres, tous les saints Martyrs, tous les saints Pontifes, tous les saints confesseurs, toutes les saintes vierges, tous les saints et saintes de Dieu. Est-ce donc à dire que nous ne devions pas honorer un saint plus qu'un autre, nous adresser à un saint plutôt qu'à un autre ? Ce n'est point là m^ pensée. Il y a des préférences permises, même très autorisées. Pour chacun, l'ange préféré c'est son iinge gardien. Pour chacun, le saint préféré c'est celui qui a donné son nom à sa paroisse ou à son église, et à meilleur titre encore celui qui lui a été donné comme patron au jour de son baptême. Et puis^ il y a tel saint, à qui Dieu a départi un plus grand pouvoir, pour nous secourir en tel genre d'épreuve, en tel genre de tentation, en tel genre de maladie, car au ciel mieux encore que sur la terre l'Esprit souffle où il veut, et distribue ses dons comme il lui plaît (2) : conséquemment c'est le saint que vous avez à invoquer de préférence à un autre, si vous vous trouvez en ce genre d'épreuve, en ce genre de tentation, en ce genre de maladie. Et ici pour le dire, bien en passant, c'est cette variété de dons accordés aux saints, en vue de nous en faire bénéficier, qui dans tous les temps a provoqué la piété des fidèles, et les porte aujourd'hui comme toujours à se rendre à tel sanctuaire, à s'agenouiller à tel autel; les pèlerinages,
(1) De Civit. Lib. 40, cap. 7 — Voir aussi S. Tlit)mas, 2. 2, q. 83, c.rt. 11.
(?) 1 Cor. cap. 12.
<3) Summa religionio est imitari quod colimus.