‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 61 sur 223 · XVII. — OEUVRES CONSEILLÉES, LE DIMANCHE · texte numérisé non relu

XVII. — OEUVRES CONSEILLÉES, LE DIMANCHE

et très légitimes, de le chasser. Encore un peu, et nous en dirons quelque chose.

Allez-vous fréquenter les réunions mondaines, bals, spectacles, maisons de jeu et autres? Si vous êtes un vrai fidèle, non, certes, surtout si ces choses sont dangereuses pour la vertu, et le plus habituellement elles le sont. Ce serait donc vous exposer à commettre le péché; et commettre le péclié, c'est faire la plus servile de toutes les œuvres, au sens où nous l'avons expliqué dans une précédente instruction. Vous n'avez pas oublié non plus la parole de saint Augustin sur le même sujet, elle fait trop tableau pour ne s'être pas gravée dans votre esprit : que mieux vaudrait pour un homme faire un travail utile dans son champ, le dimanche, que de se rendre à telle réunion tumultueuse qui finira par des coups; semblablement, que mieux vaudrait pour une femme ou pour une fille, filer la quenouille, toute la journée, quoique en violation du précepte, que d'aller prendre part à des danses licencieuses... Mais la question n'est point résolue : elle se présente de nouveau ; qu'allez-vous faire ? ou plutôt que convient-il que vous fassiez ? Car j'ai à me tenir dans le vrai, sans en franchir les limites ; je ne veux ni ne dois fausser renseignement en imposant un devoir à accomplir, là où il n'y a qu'un conseil à donner, et une exhortation à faire.

Si donc vous voulez suivre ce conseil, et vous rendre à cette exhortation, voici ce que vous ferez ; Vous assisterez à l'Office du soir, et sous ce nom il faut comprendre les Vêpres et les Compiles. Vous y assisterez, parce qu'il est la suite de l'Office du matin, et sert comme d'action de grâces à la messe paroissiale elle-même. Vous y assisterez, parce que, institué depuis de longs siècles, vénérable par son antiquité, non moins que par son origine, l'Église vous y invite, et que, celui qui ne répond pas à son appel ne passera jamais à ses yeux pour grand chrétien. Vous y assisterez, parce que, à défaut d'un précepte, je veux le dire encore une fois, qui n'existe pas, qu'on ne lit nulle part, que l'Église n'a jamais fait, ni ne songe à faire, il y a cependant une obligation d'honorer Dieu, et par l'honneur que nous avons à lui rendre, de nous sanctifier nous-mêmes. Or, cette obligation de vaquer aux choses de Dieu, et à notre sanctification, qui est la fin du précepte : qui ne voit que parmi les moyens à employer pour Tac-

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complir, il n'en est guère de meilleur que l'Office du soir ? Si Dieu doit être particulièrement honoré par la foi, l'espérance et la charité, comme nous l'avons dit, dans une précédente Instruction, sur l'autorité de saint Augustin et du Catéchisme Romain (1) : où trouver des élans de foi plus vive, d'espérance plus confiante, d'amour plus enflammé, qu'aux Vêpres, telles que la Liturgie les a disposées, et nous les offre chaque dimanche ? Les formulaires de prières, et autres livres, qui pourtant ont vos préférences, sont-ils autre chose qu'un très pâle reflet des Psaumes de David, écrits primitivement dans une des plus belles langues que les hommes aient jamais parlées, de nos pieuses hymnes, la plupart composées par des Saints, du sublime Magnificat, des répons, des antiennes, de la Collecte elle-même, vrai petit chef-d'œuvre liturgique, transportée sous un nouveau nom de l'Office du matin dans celui du soir... Et si des Vêpres proprement dites, vous passez aux Complies — ce mot porte sa signification avec lui — voilà bien d'autres merveilles, je veux dire d'autres psaumes, d'autres hymnes, d'autres antiennes, d'autres prières surtout: Que le Seigneur tout puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse... Que le Seigneur tout puissant et miséricordieux nous donne le pardon, l'absolution et la rémission de nos péchés... Que le Seigneur, créateur de toutes choses, veille sur nous et nous garde... Qu'il nous garde des songes fâcheux et des fantômes nocturnes.., Qu'il nous garde comme la prunelle de l'œil, et nous tienne à l'ombre de ses ailes... Qu'il nous garde endormis, pour que, veillants avec le Christ, nous reposions en paix... Qu'il nous bénisse donc, le Seigneur tout puissant et miséricordieux, Père, Fils et Saint-Esprit, qu'il nous bénisse et nous garde... Et je n'ai fait qu'tfflmrer le sommet des choses ; je n'ai dit que la dixième partie de ce qu'il eût fallu dire. Inférieur, sans aucun doute, à la messe paroissiale, qu'il est beau encore l'Office du soir, quoique au second rang !

Vous y assisterez donc... Mais je veux aller jusqu'au bout de ma pensée : Vous y assisterez, et vous y prendrez une part active. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi ? Dieu serait-il contraint, et pour toujours, délaisser à des chantres gagés le soin de chanter

(1) Seconde Imîruction.

XVI l. — ŒUVRES CONSEILLKES, LE DIMANCHE IG^

ses louanges ? Ouvriers, vous chantez dans vos ateliers ; femmes du monde, vous chantez dans vos salons ; jeunes filles, vous chantez pour rompre la monotonie de votre travail ; enfants des écoles, vous chantez vos leçons, à commencer par l'alphabet luimême, pour qu'elles entrent dans vos intelligences, non moins par les oreilles que par les yeux : que ne chantez-vous, et pour généraliser ; que tous les fidèles ne chantent-ils dans l'église, avec l'Église, et comme l'Église ?... Le chant religieux est de tous les temps ; que dis-je, il a la priorité sur tous les autres chants. On chantait v.d paradis terrestre ; les paroles que la Sainte Écriture met sur les lèvres d'Adam, au moment où la première femme lui est présentée : Voici l'os de mes os, la chair de "ma chair ; l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à son épouse (1). , . il est permis de croire qu'il les chanta. On chantait sous la loi de nature ; j'ouvre les saints Livres au oie chapitre de la Genèse, j'y entends Laban se plaindre à Jacob de sa fuite précipitée, et lui dire : Autrement, je vous eusse fait reconduire au son des instruments, et avec des chants joyeux (2). On chantait sous la loi écrite: Debbora, la prophétesse, chante (3). Judith, la libératrice de son peuple, chante (4). David fait plus et mieux que de composer ses psaumes, il les chante (5). Au retour de la captivité de Babylone, les prêtres chantèrent au Seigneur l'hymne de la reconnaissance, et tout le peuple répondit, chantant à grande voix (6). On chantait aux 'temps évangéliques : le jour où Jésus Christ entra triomphalement dans la ville sainte, qui, à quelques jours de là, allait devenir la ville déicide, l'Hosanna ne fut pas seulement dit, mais chanté (7)o Également chantée. l'Action de grâces, par laquelle Notre Seigneur acheva la sainte Gène, avant de se rendre au Jardin des Olives, avec les Onze, car à ce moment déjà Judas avait déserté (8). On chantait aux temps apostoliques, c'est saint Paul lui-même qui en témoigne ; dans sa Lettre aux :

(1)Gen. c. 11.

(2)Gen. c. XXXI, V. 27.

(3) JU0IC. c. V.

(4) Judith, c. xvi.

(5) PsAL. passim.

(6) ESDR. lib. m, c. V.

<7) Matth. c. XXI, V. 9.

<8) Matth. c. xxxvi, v. 30 ,

Golossiens, il leur dit : Instruisez-vous, et exhortez-vous, les un? les autres, par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantant de cœur, avec édification, les louanges de Dieu (1). Nul doute que ces recommandations, venant d'un tel maître, fussent observées à la lettre . On chantait aux siècles suivants : Saint Gyprien àCarthage, saint Ambroise à Milan, nous le lisons dans leurs ouvrages, avaient établi le chant alterné des psaumes (2). Au dire de saint Jérôme : la voix du peuple chantant l'Amen de la fin des Collectes, aux messes solennelles, résonnait à la manière d'un roulement de tonnerre : Ad siTnilitudinem cœlestis tonitrui amen rehoat (3). Combien le chant des hymnes et des psaumes qu'on chantait dans votre Église, ô mon Dieu, me touchait vivement ! Combien j'avais le cœur réjoui en entendant retentir vos louanges dans la bouche des fidèles 1 C'est saint Augustin qui tient la plume ; il continue : Car à mesure que ces toutes divines paroles frappaient mes oreilles, les vérités qu'elles expriment s'insinuaient dans mon cœur, et l'ardeur des sentiments de piété qu'elles y excitaient, faisait couler de mes yeux une grande abondance de larmes, mais de larmes délicieuses qui furent alors le plus grand bonheur de ma vie (4)... On a donc toujours et partout chanté ; toujours et partout, car au Ciel on chante aussi, on y chante un cantique éternel, mais qui ne vieillit pas, canlicicm novum, : A l'Agneau qui a été tué ; à l'Agneau qui est digne de recevoir puissance, divinité, sagesse, force, honneur, gloire et bénédiction^ aux siècles des siècles (5).

Mais alors, si partout et toujours on a chanté, et qu'au ciel on chante encore : Pourquoi ne chante-t-on plus aujourd'hui sur la terre ? Pourquoi dans l'Assemblée des fidèles, des voix isolées, qui sont loin d'égaler le roulement du tonnerre ? Les paroles seraient-elles moins divines qu'au temps de saint Augustin ? Ce sont les mêmes. Le chant qui sert à les exprimer aurait-il moins d'attraits ? Il a reçu des siècles, j'oserais presque dire, d'une ins--

(1) GoLOSS. c. m, V. 16.

(2) Ap. GOSCHLER. t. 15, p. 403.

(3) Ibid. p. 404.

(4) Confess. bb. 9, c, 6.

(5) Apog. c. y, V. 9 et seqq.

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