‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 66 sur 223 · XVIII. — LE DIMANCHE ET L'ÉTAT PRÉSENT DES ESPRITS · texte numérisé non relu

XVIII. — LE DIMANCHE ET L'ÉTAT PRÉSENT DES ESPRITS

philanthrope, qui n'est que philanthrope, l'économiste, qui n'est qu'économiste, l'homme d'Élat qui n'est qu'homme d'État : le moraliste chrétien, le prôniste surtout ne considère encore sa tâche que comme ébauchée. Que les publicistes écrivent sur le repos dominical d'intéressantes revues mensuelles ou hebdomadaires ; que les Conférenciers en traitent dans les Assemblées populaires, et les Orateurs dans les Parlement:-; qu'à la suite de' discours chaleureux, les Congressistes prennent des résolutions et émettent des vœux en cette matièrp ; que plusieurs Conseils généraux (1), plusieurs grandes Administrations, plusieurs grands Services publics, plusieurs grandes Industries, plusieurs grandes Compagnies de transport, des Associations coopératives, des Syndicats professionnels, des Chambres de commerce, des hommes de tout rang, de toute condition, capitalistes, ingénieurs, architectes, avocats, notaires, agriculteurs, entrepreneurs ou maîtres d'œuvre, comme on les appelait autrefois, soient entrés dans cette voie ; que l'État lui-même, après discussions approfondies dans les deux Chambres,' ait limité les heures de travail pour les enfants, et les femmes dans les manufactures; et qu'à l'ouvrier adulte, en possession dès maintenant de la totalité de ses forces, il ait statué qu'on laisserait un jour plein de repos chaque semaine (2) : est-il besoin de le dire, en soi tout cela est bon; nous applaudissons à ces eftorts, nous saluons les résultats obtenus... Ajoutons pourtant que tout cela ne suffit pas. Nous avons plus et mieux à faire. Dès l'origine des choses, et au cours des siècles, Dieu a parlé ; Dieu s'est choisi un jour. Depuis dix-neuf cents ans l'Église parle. Sous une forme ou sous une autre, elle rappelle le précepte : Les dimanches tu garderas, en servant Dieu dévotement. Hier encore son organe le plus autorisé s'adressait au monde -entier, et plus particulièrement aux classes ouvrières. Qui, mieux que notre grand Pape Léon XIII, fait la part des droits et des devoirs ? Qui plaide avec plus de compétence la sainte cause du

(4) En particulier, les Conseils généraux de la Vienne, de la Vendée et de l'Âveyron.

(2) La plupart des Etats nous avaient précédés dans cette voie de liberté -' L'Allemagne, loi du 47 juillet 1878. L'Autriche, loi du 8 mars 1885. L'Angleterre, loi du 27 mai 1878. La Suisse, loi du 23 mars 1877. Antérieures, et plus larges, les lois édictées en Suède, en Danemarcic, en Norwège, surtout aux Etats-Unis. Le mot Dimanche est nommé, et écrit en toutes lettres.

repos dominical, en tant que le repos dominical se rapporte au bien-être de l'homme, et lui profite? Mais, attention, et voyez la suite : cet homme, cet ouvrier, ce laboureur, ce tisseur, ce forgeron, ce travailleur enfin, c'est un enfant de Dieu, il a une âme immortelle, il ne lui est pas loisible de déchoir du haut rang où il a été placé, de répudier les dons qu'il a reçus : conséquemment, il a un service obligé envers Celui de qui il les tient. « C'est pourquoi, dit notre Pontife, qu'on se garde bien d'entendre par repos du septième jour une plus large part faite à une stérile oisiveté, et encore moins, comme plusieurs le souhaitent, ce chômage fauteur des vices et dissipateur des salaires, mais bien un repos sanctifié par la religion. De cette sorte, allié avec la religion, le repos tire l'homme des labeurs et des soucis de la vie quotidienne, pour l'élever aux grandes pensées du ciel, et l'inviter à rendre à son Dieu le tribut d'adoration qu'il lui doit » (1).

A la bonne heure; l'Œuvre dominicale est complète, cette fois. Ce n'est pas assez que le dimanche soit le jour de l'homme, s'il n'est aussi le jour de Dieu ; il faut le sanctifier par la prière, par les exercices de piété, surtout par l'assistance au saint Sacrifice de la messe qui est excellemment l'acte de religion. Tout mouvement qui ne va pas jusque-là, est un mouvement qui s'arrête trop tôt. Tout effort qui ne tend pas au précepte divin, et à la fin du précepte, qui est de rendre gloire à Dieu ; et pour l'homme de se sanctifier, est un effort imparfait, inutile peut-être . Et s'il allait être plus qu'inutile... « J'admire beaucoup, disait, il n'y a que peu de jours, un de ceux de nos Conférenciers populaires qui ont le mieux saisi ce côté de la question, j'admire beaucoup les hommes dévoués qwi, au nom de la famille, de l'hygiène et de la morale, consacrent leur temps et leurs efforts à propager l'idée du repos du dimanche. Mais je crains qu'il ne leur manque, pour réussir, le levier indispensable, le levier de l'idée religieuse. Je crains qu'en évitant de prononcer le nom auguste de Dieu, ils n'aient stérilisé d'avance leurs efforts. .Je crains surtout que si la religion ne complète leur œuvre et ne la vivifie, ils ne nous préparent une contrefaçon du dimanche plutôt qu'un dimanche véritable. Oui, disons-le bien haut, le repos du dimanche sang la

(1) LÉON XIII. Encyclique Rerum novarum.

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