XVIII. — LE DIMANCUE ET L'ÉTAT PRÉSENT DES ESPRITS
sanctification du dimanche, ce n'est plus le vrai dimanche, c'es' un dimanche laïque, c'est un lundi changé de jour... Parlez tant que vous voudrez de l'hygiène, de la famille et de la morale : si vous ne parlez aussi de Dieu, vous n'aurez pas prise sur les ])as>iuns humaines. L'ouvrier avide croira toujours que c'est trop d'un jour perdu pour le gain; l'ouvrier paresseux ou sensuel trouvera toujours que ce n'est pas assez d'un jour par semaine pour le plaisir ou pour la paresse. L'homme n'est pas comme l'animal, auquel il suffit de réparer ses forces dans l'inertie : esprit, il a besoin que l'on parle à son esprit ; âme intelligente ^. libre, il a besoin que l'on parle à son âme, pour la relever, la consoler, la fortifier. Ce qu'il lui faut, ce qu'il nous faut à tous, ce que nous réclamons pour tous, ce n'est pas ce dimanche vide et terne qui, n'étant plus le jour de Dieu, serait le jour de la fainéantise ou de l'ennui, sinon du cabaret: c'est le dimanche chrétien dans sa lumière et dans sa joie: c'est ce jour où tous les membres de la famille peuvent se trouver ensemble réunis non pas seulement autour du foyer, mais encore au pied du même autel : ce jour béni où les. âmes s'élèvent ensemble de la terre vers le ciel, où elles se retrempent dans l'espérance d'un monde meilleur, où elles peuvent, avec tremblement et avec amour tout à la fois, s'approcher des sources mystérieuses et sacrées de la vie divine... » (1).
Restons sur ces paroles ; il serait difficile de penser plus juste et de mieux dire
(1) Extrait du Bulletin catholique : Repos du Dimanche.
TROISIÈME COMMANDEMENT
HUITIÈME PRONE Le Sabbatisme ou grand Repos.
Mémento ut diem sahhati sanctifiées.
Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat.
Cœleste vero sabbatum est (ut ait D.
Cyrillus eum locum Apostoli tractans ) Relinquicur ergo sabbatismus populo Dei illa vita in qua omnibus bonis cum Christo viventes fruemur, peccato radicitus extirpato : omnia enim bona in visione Dei mens sanctorum adipiscitur. Quare fidèles hortandi erunt his verbis et a postore incitandi : Feslinemus ingredi in illam requiem.
Catech. Rom.
Quel beau texte je viens de citer! Mais pour en faire, ainsi que je me le propose, le sujet de la huitième et dernière Instruction sur le troisième Commandement, il est nécessaire de le traduire intégralement, et le mieux possible :
« Il y a donc un sabbat céleste, comme le remarque saint « Cyrille dans l'interprétation qu'il donne de ces paroles-de l'Apô- € tre : Un autre sabbat est réservé au peuple de Dieu... sabbat « qui consiste dans cette autre vie, où, réunits à Jésus-Christ, nous « serons comblés de toutes sortes de biens, et à jamais délivrés « du péché. Lors donc qu'en effet les élus jouiront de la vue de « Dieu, ils seront dans l'abondance de toutes choses. C'est pour- M. quoi, il faudra que les fidèles soient exhortés, et pour le faire
« plus sûrement, que les pasteurs se servent de ces paroles de « l'Apôtre : Efforçons-nous d'entrer dans ce repos... » Expliquons maintenant ; et que Dieu nous aide de sa grâce...
Nous l'avons dit précédemment : le sabbat judaïque n'avait pas été institué pour durer toujours, parce que, figure d'un autre sabbat, bien plus excellent, il devait disparaître devant cet autre, comme l'ombre devant la lumière : aussi, cessa-t-il d'être obligatoire, du moment où fut promulguée la loi évangélique. Mais il y a plus ; ce nouveau sabbat substitué à l'ancien, appelons-le de son vrai nom, le dimanche, le dimanche lui-même ne sera pas éternel. Un jour ou l'autre, il prendra fin. Gomme, dans toute la suite des temps il y aura un siècle, et dans ce siècle un an, et dans cet an un mois, et dans ce mois une semaine, qui seront, le dernier siècle, le dernier an, le dernier mois, la dernière semaine : semblablement, il y aura un dimanche qui sera le dernier dimanche... Est-ce que pour cela tout sera terminé? Non certes, répond saint Paul, dans son admirable Epître aux Hébreux : de même qu'au premier sabbat aura succédé le second plus excellent que le premier : aux deux précédents, et meilleur que ces deux précédents, succédera un troisième, le troisième et dernier sabbat,^ celui que l'Apôtre désigne par un mot que, de tous les Écrivains sacrés, il est le seul à employer, lesabbatisme, c'est-à-dire le grand sabbat, le grand repos, sabbatisrmis, le sabbat dont le second n'aura été que la figure, comme le premier l'aura été du second, le sabbat tenu en réserve pour être donné, quand il en sera temps, aux vrais enfants de Dieu : itaque relinquitur sabbatis7nus populo Dei (2).
Mais nous ne sommes encore qu'aux préliminaires du sujet. Ce n'est pas assez de dire qu'après le sabbat judaïque, et lesabbat de la loi évangélique, il y en aura un autre ; il le faut connaître, cet autre ; il faut démontrer que le commentaire fait par le Catéchisme Romain, des paroles de saint Paul, est juste, c'està-dire que ce troisième sabbat, plus excellent mille fois que les précédents, ne sera rien moins que la vie éternelle bienheureuse, cette vie nouvelle dans laquelle, réunis à Jésus-Christ, nous nous
(1) Deux. c. v, v. 15.
(2) Heb. c. IV, V. 9,