XX. — LE SABBATISME OU GRAND REPOS
trouverons comblés de toutes sortes de biens, et totalement délivrés du péché : Illa vita i7i qua omnibics bonis ciim Christo vU ventes fruemicr, peccato radicitus extirpato. Plus brièvement et plus clairement, il faut démontrer que le Ciel est un vrai sabbat, sabbatismuSy c'est-à-dire un vrai repos, et qu'être au Ciel, c'est vraiment sabbatiser, au sens exact de ce mot. c'est-à-dire être vraiment au repos. Est-il rien de plus facile à faire que cette démonstration ? Que dis-je ! mais elle est déjà facile ; il n'est pas une page des Écritures, et des interprêtes des Écritures, où cette vérité ne soit, ou explicitement ; ou équivalemment exprimée : qu'être au Ciel, c'est être au repos. Ecoutez, et soyez juges...
Au Ciel, plus d'indigence, ni aucune des privation qu'elle traîne à sa suite : C'est ici le lieu du rassasiement dans l'abondance : Inebriabuntur ab ubertate domus tuœ (1).
Au Ciel, plus d'infirmités, plus de larmes, ni plaintes, ni cris de douleur, ni mort : C'est ici le lieu de l'impassibilité absolue : Neque mors, neqiieluctus, nequeclamor, neque dolor erit ultra , quia prima abierunt (2).
Au Ciel, plus d'ignorance de la vérité, aucun nuage qui la couvre, aucune fausse lueur qui la déguise, aucune erreur qui la combatte, aucun doute qui l'affaiblisse : C'est ici le lieu de la science parfaite et totale ; ignore-t-on encore quelque chose, quand on sait Celui qui sait toutes choses : Quid nesciunt, qui scientem, omnia sciunt (3).
Au Ciel, nulle crainte désormais, nulle appréhension, comme ici-bas où nous souffrons des maux, avant même qu'ils ne viennent, non moins, trop souvent, que lorsqu'ils sont venus. Les heureux habitants du céleste séjour ne doutent pas plus de l'interminable durée de leur félicité, que de la parole de Dieu qui la leur assure : C'est ici le lieu de la sécurité, au sein de l'opulence, dans un repos plein de douceur : Sedebit populus meus in pulchritudine pacis et in tabernaciclis fiduciœ, et in requie oputenta (4).
Au ciel, plus de compétitions, comme à présent, plus de divi-
(1) PSAL. X.XXV.
(2) Apoc. c. xxr, V. 4.
(3) S. Grégoire.
(4) Isa. c. xxxii, v. 8.
sions d'homme à homme, de parti à parti ; tout le monde s'estime^ tout le monde s'aime; chacun est heureux du bonheur de tous, et tous le sont du bonheur de chacun. C'est pour tous le même royaume, la même famille, la même maison. Dans ce royaume jamais de discorde, nulla seditio ; dans cette famille, jamais de querelle^ neque lis ; dans cette maison il n'y a que des frères; aucun ami n'en sort, aucun ennemi n'y entre : Unde amicus non eœit, quo inimicus noti intrat (1) : C'est ici le lieu de l'éternelle paix.
Au Ciel, enfin, on ne pèche plus, parce qu'on ne le veut plus, et on ne le veut plus, parce qu'on ne peut plus le vouloir: C'est ici le lieu de l'impeccabilité. Est-ce donc à dire que le libre arbitre soit éteint? Non, certes, répond saint Augustin : Non ideo liberiun arbitrium non habebunt, quia peccata eos delectare non poterunt. Il sera d'autant plus libre, qu'en échange de l'attrait de pécher, il en a reçu un autre qui annule le premier, l'invincible attrait de ne plus pécher : Magis qicippe erit liberuni, a delectatione peccandi icsque ad delectationem non peccandi liberatum (2).
Mais il ne suffit pas que le Ciel ne nous apparaisse que dans sa partie négative, comme exclusion de tous les maux ; il faut encore que nous sachions, et le Catéchisme Romain, tout plein dela pensée de saint Paul qu'un troisième sabbat est réservé au peuple de Dieu, se charge de nous le dire : Qu'au Ciel nous verrons Dieu, et que par l'effet de cette vision, nous serons remplis de toutes sortes de biens : Omnia enini bona in visione Dei men& sanctoriun adipisciliir.
Au Ciel donc, nous verrons Dieu .
Nous verrons Dieu, non selon le mode actuel de vision, par reflet, comme dans la glace d'un miroir, ou derrière un transpaparent; car il n'y a que deux manières de connaître les objets : si ce n'est pas en eux-mêmes, ce ne peut être qu'au moyen de leur représentation : Velex eorum substantia, vel ex eoruni similitudi'tie (3); mais clairement, intuitivement, sans intermédiaire^
(1) s. AUG. in psal. XLix et lxxiv.
(2) S. AUG. De civit. lib. 22.
(3) Catech. Rom.