XIX. — LC SABBATISxME OU GRAND REPOS
cœur de mettre en relief, être au ciel, c'est vraiment sabbatiseVf c'est excellemment être au repos (1).
C'est pourquoi : Entrez, sans tarder^ dans ce repos, conclut saint Paul, s'adressant aux Hébreux convertis : Festine7nus ingrediin illmn requiem (2). Oui, hâtez-vous d'y entrer, leur criet-il. Ne faites pas comme vos pères. Leur histoire vous est connue, elle est écrite au treizième chapitre des Nombres, et tout au longdès psaumes soixante dix-septième et quatre-vingt-quatorzième de David. Comblés des bienfaits de Dieu, tirés par la force de son bras, de la maison de servitude, sûrs d'être mis en posses' sion de la terre qu'il leur avait promise, et n'ayant plus que quelques étapes à faire pour y entrer : ils murmurent contre Celui-là même dont ils avaient tant de fois éprouvé la munificence, ils doutent de la véracité de ses paroles, ils le mettent comme au défi de faire en leur faveur un dernier miracle, un miracle moindre que ceux qu'il avait faits antérieurement et par milliers, et ils délibèrent d'enlever à Moïse la suprême magistrature, pour se choisir un chef qui les reconduise en Egypte : Race méchante, et exaspérante, s'écrie le Seigneur, ils n'entreront pas dans mon repos, non, je le jure dans ma juste colère, ils n'y entreront pas, ils n'entreront pas dans la terre que je leur destinais : Jwravi in ira 7nea, si introibunt in requiem meam (3).. . et ils n'y entrèrent pas, et à l'exception de deux d'entr'eux, ils moururent tous dans le désert. .. C'est pourquoi, et je vous le dis de nouveau, ne faites point comme vos pères. Soyez plus sages, plus soucieux de vos vrais intérêts. Venus du Judaïsme dans l'Église de Jésus- Christ, ses disciples par la foi que vous lui avez donnée, sanctifiés par sa grâce, faits participants de tous ses droits, et comme ses ayants-cause, ne dédaignezpas l'héritage qu'il vous réserve, et que vos pères ne connurent pas. Efforcez-vous, plutôt, d'entrer en cette terre des vivants, lieu d'éternel repos, dont la terre promise, bien que coulant le lait et le miel, n'était pourtant qu'une imparfaite image \ Festinemiis ingredi in illam requiem.
(1) CORNEL. à Lap. On lira ayec intérêt et profit tout son commentaire du ch. 4 de St. Paul aux Hébreux.
(2) Loco jam citato.
(3) PSAL. xciv.
La conclusion de saint Paul ne peut manquer d'être la nôtre ; elle le peut d'autant moins que le Catéchisme Romain nous fait un devoir de la donner comme suite nécessaire de tout ce qui précède : Quare fidèles hortandi erunt his verbis et a paslore inciiandi : Festinemus ingredi in illmn requiem : C'est pourquoi il faudra que les fidèles soient exhortés, et qu'à cet effet les pasteurs se servent des paroles de l'Apôtre : Efforcez-vous d'entrer dans ce repos... Je l'accomplis, chrétiens, ce devoir du ministère pastoral. Vous aussi, sabhatisez, sabbatisez, mais au sens de saint Paul, ou plutôt au sens du Saint Esprit parlant par la bouche de saint Paul ; c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas, est-il besoin de le répéter, du sabbat de l'ancienne loi, il a cessé avec elle, ni même du sabbat de la loi nouvelle, le dimanche : tout ce qu'il fallait dire à ce sujet, et qu'il convenait que vous sussiez, a été dit dans les sept Instructions précédentes. Non, c'est du Sabbatisme qu'il s'agit, ou grand sabbat, le sabbat éternel ; du grand repos, après toutes les agitations d'ici bas, le repos éternel ; du grand dimanche, dont notre dimanche de vingt-quatre heures, si saint qu'il soit, n'est que la figure et l'ombre, le dimanche éternel: delà Cité par excellence, la cité ferme, qui a un fondement, fundamenta habens (1), parce que, mieux que toute autre, ou X>lutôt, seule parmi toutes les autres, elle a Dieu pour architecte et constructeur, cujUs artifex et conditor Deus (2).
Orientons-nous de ce côté, vers ce sabbat éternel, ce repos éternel, ce dimanche éternel, cette cité, seule cité durable, vraie cité de Dieu.
Hâtons-nous, pressons le pas, festinemus ingredi; parce qu'il n'y a de repos que là seulement, et que pour parvenir à ce repos, il ne se faut donner aucun repos : Surgite, et ite, quia non habetis hic requiem (3).
Hâtons-nous, pressons le pas, festinemus ingredi; car, remarque saint Augustin, cette route veut des hommes qui marchent : Yia ista ambulantes quœrit; il y a trois genres de voyageurs qui lui sont à dégoût: Tria sunt gênera hominum quœ odit, ceux '^
(1) Heb, C. XI, V. 10.
<2) Ibid.
(3) MiCHÉE. c. II, V. 10.