XX. — LES DEVOIRS DES ENFANTS. l'aMOUR, LE RESPECT
insensibles ! Saint Ambroise est admirable, quand, interpellant un enfant, il lui crie : Enfant, que ne dois-tu pas à la mère qui t'a donné le jour ? Que de dangers elle a courus pendant les neuf mois qu'elle t'a porté dans son sein ! Et ce n'était encore que le commencement. Délivrée des douleurs de l'enfantement, elle ne tarda guère à en connaître d'autres. Que de soins ! que d'empressements ! que d'alarmes ! que de nuits passées sans sommeil!... Et ce père, lui aussi, comme il arrose la terre de ses sueurs ! comme il s'expose à toutes les rigueurs des saisons ! comme il s'use et se consume ! Pour qui ? Pour toi, enfant, pour te procurer du bien-être, pour se dépouiller bientôt en ta faveur, et te faire vivre de sa substance (1)... Impossible de mieux dire ; ou bien, si saint Ambroise pouvait être* éoalé, il le serait par le Catéchisme Romain, lorsque, après avoir énuméré, à son tour, les motifs pour lesquels les enfants doivent aimer leurs parents, il ajoute : Et pour tous ces bienfaits, les parents n'ont rien de plusdoux, rien qui les délecte autant, que de se savoir aimés par leurs enfants : Nihil mis accidere potest jiicundius, quam ut fiîiis chaînas se esse sentiant.
Légitime le second sens: Honorez votre père et votre mère; c'est-à-dire, respectez -les. Ici, non plus, les longs raisonnementsne sont pas nécessaires. Si l'origine que nous tirons des parents doit nous les faire aimer, à raison du bienfait de l'existence^ qui est le premier des biens, cet le même origine doit nous les faire respecter, à raison de l'excellence qu'elle leur crée, et par cette excellence, de la supériorité qu'ils ont sur nous. Il ne faut qu'un peu de réflexion pour s'en convaincre. Être père, être mère, c'està-dire former un corps, auquel Dieu, en vertu d'une loi posée par lui et désormais irrévocable, conjoint, en unité de substance, une âme qu'il fait tout exprès pour l'animer, une ^Vne immortelle, une âme destinée à le louer, à le bénir, à le glonîier dans le présent et aux siècles des siècles, se peut-il imaginer un plus grand honneur (2)? C'est-à-dire que les parents sont le:? imoges de Dieu,
(1) s. Amb. lib. 8 m Lucam. n. 75. C'est à la pensée générale du St Docteur, plutôt qu'au mot à mot que rîous nous sommes aitacoé.
(2) Licet enim parentes proprie tantum dent corpus fllio, anima vero creetur a solo Dec; tamen, quia corpus tailler a parentibus organisatum taiem poscit animam, jdeoque Deus eam créât, et creawJo infunait corpoii : hiuc parentes corporis, cen-
les représentants de Dieu, les associés de Dieu, des créateurs d'hommes conjointement avec Dieu, des dieux terrestres, des dieux visibles, ainsi que les appelaient les Anciens (1). Conséquemment, ils ont droit au respect. Allons plus loin : une sorte de culte leur est dû. Il en est des parents comme des Dieux, disait un philosophe païen, tout païen qu'il fût: quelque chose que l'on fasse pour les honorer, on reste toujours en deçà de l'honneur qu'on leur doit rendre : Dits, et parentihus nemo potest reddere œquivalens (2). Tertullien tire la même conclusion. A son sens, manquer de respect aux parents, c'est une irréligion, et il la place, cette irréligion, sur la même ligne que l'impiété envers Dieu : Beoimpiiim, patri irreligiosum (3). Encore un instant de réflexion : au fond, ne serait-ce pas là la raison pour laquelle, quoique ne faisant partie que de la seconde Table, mais étant le premier de cette seconde Table, le commandement qui règle les devoirs des enfants envers les parents, vient immédiatement à la suite de ceux qui règlent les devoirs des hommes envers Dieu ? Il est d'autant plus permis de le croire, que nous trouvons, non plus cette fois chez un ancien Père, mais dans un texte dicté par l'Esprit-Saint lui-même, le respect dû à Dieu et le respect dû aux parents indivisiblement unis l'un à l'autre : Celui qui craint le Seigneur, honore son père et sa mère ; et il servira, comme le serviteur sert ses maîtres, ceux qui lui ont donné le jour: Qui timet Bominum honorât patrem et matrem; et quasi dominis serviet his qui se genuerunt (4)... Voilà bien les deux Majestés, Tune céleste, l'autre terrestre ; et chacun a son culte.
Tels sont donc les deux premiers sens de ces paroles : Honorez votre père et votre mère ; c'est-à-dire : aimez-les ; respectez-les. Et par conséquent, vous voyez dès aujourd'hui — vous le verrez mieux
sentur quoque esse parentes animse, saltem médiate, puta mediante corpore ; vocantur, enim parentes totius compositi, puta hujus hominis qui conflatur ex anima et corpore. ConNEL. K Lap. in cap. vu. Eccli.
(1) Philo, apud eumdem in cap. viii.
(2) Aristote. Ibid.
(3) Cont. Marcion. 1. 1. c. 23.
(4) EcGLi. c. m, V. 8. Prœceptum de honorandis parenlibus a Dec legislatore po- Bïtum est in confinio duarum Tabularum Decalogi, puta in initie secundae Tabulas illico post praecepta de colendo Deo, tradita in prima Tabula, ut significaretur proxime post Deum colendos esse parentes, quasi deos ûostros terrestres. Ita Philo, ap. CoRNEL. A Lap. in Eccli. cap. ]ii.