‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 76 sur 223 · XX. — LES DEVOIRS DES ENFANTS. L'aMOUR, LE RESPECT · texte numérisé non relu

XX. — LES DEVOIRS DES ENFANTS. L'aMOUR, LE RESPECT

allé, le prophète mit devant eux des coupes pleines de vin, et leur dit : Buvez. Et ils répondirent : Nous ne boirons pas, parce que Jonadab, notre père, fils de Réchab, nous a fait ce commandement : Vous ne boirez point de vin, ni vous ni vos enfants. Or, depuis le jour de la défense, jusqu'à celui où, pour les tenter, Jérémie leur proposait de l'enfreindre, trois cents ans et plus s'étaient écoulés... O déférence ! 0 respect des enfants pour les parents ! Une défense qui, après trois cents ans, est encore debout, toute vivante, comme si elle ne datait que d'hier !... Enfants, je vous laisse cette page sous les yeux ; elle vous rappelleru l'Instruction que je viens défaire, et du même coup elle préparera la suivante...

(1) JÉRÉMIE. cap. xxxvtotum.

QUATRIÈME COMMANDEMENT

SECOND PRONE Les devoirs des enfants. L'obéissance.

Honora patrem tuum et matrem tuam.

Honorez votre père et votre mère.

Hulc autem honori hîec omnia conjuncta sunt, amoi", observantia, obedientia, cultus.

Catech. Rom.

Vous honorerez votre père et votre mère ; c'est-à-dire vous les aimerez, vous les respecterez : tels sont les deux premiers sens du quatrième Commandement ; nous l'avons vu dans la dernière Instruction. Il y en a un autre : Vous honorerez votre père et votre mère ; c'est-à-dire vous leur obéirez. Ce troisième sens n'est pas moins légitime que les précédents ; vous le verrez dans l'Instruction d'aujourd'hui. Dieu nous aide de sa grâce.

Que les enfants obéissent à leurs parents, et que cette obéissance soit la suite obligée de l'honneur qui leur est dû, à ce point' qu'un refus d'obéissance équivaudrait à un refus d'honneur, il' n'est rien que la raison, môme toute seule, ne conçoive aussi aisément. Que sont en effet les parents ? Ne le savons-nous pas déjà ? Est-il besoin de le redire encore et d'en rassasier vos oreilles: Les images de Dieu, les représentants de Dieu, des créateurs d'hommes conjointement avec Dieu, des dieux visibles, des dieux' terrestres ? Et partant, qui ne voit clairement, qu'autant ils ont

droit à l'amour et au respect ; à l'amour, à raison de l'existence qu'ils nous ont donnée, et qui est le premier de tous les biens; au respect, à raison de leur excellence, excellence qu'ils tirent du choix que Dieu a fait d'eux pour les associer à son action créatrice : autant l'obéissance leur est due, à raison de la supériorité exceptionnelle qui résulte de ces avantages, et les fait être les chefs naturels de leurs enfants (1) ? Le mot de saint Augustin est donc juste : Les parents doivent être écoutés do la même manière que Dieu lui-même : Audiendus est pater qiiomodo Deus (2). Le Docteur angélique, saint Thomas, est plus long, et arrive à la même conclusion : Quoique à inégale mesure, dit-il, le même titre convient à Dieu et aux parents, le titre de principe (3). Le premier principe de l'être humain c'est Dieu, les parents sont le second. A Dieu il appartient de commander en premier, aux parents il appartient de commander en second. C'est pourquoi, après Dieu, il n'est personne à qui un homme soit aussi redevable qu'à ses parents : Et ideo post Deum est homo maxime dehitor parentibus (4).

Mais ce n'est pas seulement la loi naturelle qui impose l'obéissance aux parents et la fait dériver de l'honneur qui leur est dû; c'est aussi, et avec non moins d'autorité, puisqu'elle émane de la même source, la loi divine écrite. La loi divine écrite, c'est bien le nom qui lui convient, car vous la lisez en maints endroits des Livres sacrés. Vous la lisez au livre du Deutéronome: Si un homme a un fils insolent et rebelle, qui n'écoute pas les ordres de son père ou de sa mère, et qui ayant été corrigé déjà refuse de leur obéir, ils le prendront et le conduiront aux Anciens de la ville, à la porte du jugement, et ils leur diront: Voici notre fils qui est insolent et rebelle, il dédaigne d'écouter nos avertissements, il passe sa vie en toutes sortes de débauches. Alors le peuple le lapidera, et il mourra afin que tout Israël le sache et soit saisi de

(1) Clément Marc. n. 694 et suiv.

(2) In PSAL. LXX.

(3) Carnalis pater parti culariter participât rationem principii, quœ universaliter invenitur in Deo. 2. 2. q. 102. art. 1.

(4) Deus summum obtinet locum, qui et excellentissimus est, et est nobis essendi et gubernationis primum principium. Secundario vero nostri esse et gubernationis principia sunt parentes, a quibus nati et nutriti sumus. Et ideo post Deum etc. Ibid. q» 401. art. 1.

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crainte (1). Vous la lisez au Livre des Proverbes, et hu Livre de* l'Ecclésiastique; au Livre des Proverbes: Écoute, mon fils, les instructions de ton père, et n'abandonne point la loi de ta mère. Ces instructions et ton obéissance seront un ornement pour ta tête et comme un collier autour de ton cou (2) ; au Livre de l'Ecclésiastique : Celui qui craint le Seigneur honorera son père et sa mère, et il servira comme étant ses maîtres ceux qui lui ont donné le jour (3). Enfin vous la lisez aux Épîtres de Saint Paul ; à l'Église de Colosse il écrit: Enfants, obéissez en toutes choses à vos parents, car cela est agréable au Seigneur (4), comme si Dieu solidarisait sa cause avec celle des parents; aux fidèles d'Éphèse il dit: Enfants, obéissez à vos parents dans le Seigneur, car cela est juste (5), eu égard, telle est sans aucun doute la pensée de l'Apôtre, à l'honneur qui leur est dû.

La loi naturelle a parlé: la loi divine écrite a parlé. A nous en tenir aux termes dont nous nous sommes servi pour en fixer le cadre, le sujet semble donc épuisé : et il le serait en effet s'il ne se présentait une foule de questions, accessoires, si l'on veut, très importantes néanmoins, se rattachant à la question principale : question de mode, question de temps, question de choses.

Question de mode : Comment faut-il obéir ?

Question de temps: Jusqu'à quand faut-il obéir?

Question de choses : Si les parents commandent mal, c'est-à-dire sous une forme où l'homme n'apparaît que trop, et Dieu disparaîj. presque entièrement, faut-il obéir? Si les parents commandent non plus mal seulement, au sens que je viens de dire, mais le mal' c'est-à-dire des choses mauvaises, qu'elles le soient de leur nature ou simplement parce qu'elles sont défendues faut-il obéir? Si ces parents commandent des choses, bonnes, à la vérité mais étrangères à leur autorité, c'est-à-dire hors de leur compétence, faut-il obéir ?

Reprenons l'une après l'autre ces questions, la plupart très pratiques, toutes fort intéressantes, sur lesquelles tous les Théolo-

(1) Deux. c. xxi, v. 18 etsuiv, (2)Prov. c. I, V. 8.

(3) EccLi. c. m, V. 8.

(4) Col. c. m, v. 20.

(5) Eph. c. VI, V. 1.

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giens et les Moralistes ne pouvaient manquer, et en fait, n'ont pas manqué de s'exercer.

Gomment faut-il obéir ? Un homme avait deux fils, lisons-nous au vingt-et-unième chapitre de l'Évangéliste saint Mathieu; et s'adressant au premier: Mon fils, allez aujourd'hui travailler à ma vigne. Je ne veux pas y aller, répondit celui-ci. Mais après, étant touché de repentir, il y alla. Il s'adressa ensuite à l'autre, et lui dit la même chose. Celui-ci répondit : Père, j'y vais; et il n'y alla point (1). Laissons à cette parabole, car c'en est une, et de haute portée, son vrai sens projDhétique, pour n'y prendre que ce qui, par accommodation, peut servir à notre sujet. Enfants, n'imitez point le second de ces enfants, et faites mieux que le premier. ■N'imitez point le second: c'était un hypocrite d'obéissance, ses belles paroles non suivies d'effet ne servirent qu'à rendre sa conduite plus coupable. Faites mieux que le premier : obéissant, il le fut, à la vérité; mais quelle obéissance? lente, tardive, non exempte, il est permis de le croire, de quelques murmures. Que la vôtre soit prompte et joyeuse. Même de nos jours, grâce à Dieu, il y en a encore de ces enfants, d'une docilité exemplaire; c'est merveille vraiment de les voir aller au devant de ce qui peut être agréable à leurs parents. Mais qui n'en a rencontré d'autres, d'un autre genre, ingouvernables, murmurateurs, ne cédant qu'aux menaces et à la violence? Qui n'a vu des pères, des mères, obligés de faire concession sur concession pour être obéis, réduits même au rôle de suppliants, et n'obtenant un service de leurs enfants que comme on obtient une grâce, à force de prières? Lorsque l'ordre est interverti à ce point que les enfants commandent et les parents obéissent, la famille n'est plus rien qu'un simulacre.

Jusqu'à quand faut-il obéir ? La réponse est moins facile que la précédente. Pour la faire exacte, besoin est de recourir à quelque distinction. Il y a âge et âge. Il en est un surtout auquel un Ancien attribuait toutes les propriétés du feu, pétillant comme le feu, toujours en mouvement comme le feu, capable de franchir toutes les limites comme le feu. C'est le premier. C'est l'âge où Ton pense sans réfléchir, où l'on réfléchit sans mûrir ses réflexions, où Timagination prétend régler seule les destinées de l'avenir. Que d'er-

<1) Matth. c. XXI, V. 28 et suiy.

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