‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 77 sur 223 · XXI. — LES DEVOIRS DES ENFANTS. l'oBÉISSANCS · texte numérisé non relu

XXI. — LES DEVOIRS DES ENFANTS. l'oBÉISSANCS

reurs vont être commises, si on n'y prend garde ! Pendant la durée totale de cet âge, qui est le vôtre, enfants, adolescents, adolescentes, jeunes gens même, obéissez ; obéissez, au sens absolu du mot, et en toute rigueur de précepte; soyez dociles et souples aux mains de vos guides naturels, comme la cire sous les doigts qui la travaillent. Vos parents, ils ont l'autorité, la plus haute qui puisse être dans l'ordre naturel, ils ont la responsabilité de vos actes et de toute votre conduite, ils ont la prudence que vous n'avez pas, et cette science qui n'est écrite nulle part, mais qui vaut mieux que celles qu'on apprend dans les livres, la science de la vie, l'expérience... Mais puisqu'il y a un premier âge, la logique des mots veut qu'il y en ait un second. C'est l'âge mûr. Lors donc que vous y serez arrivés, à ce second âge, à l'âge mûr ; lorsque vos facultés développées, et l'expérience acquise vous auront légitimement mis aux mains de votre conseil, surtout lorsque vous aurez quitté la maison paternelle, comme Fessaim sa ruche, pour devenir vousmêmes chefs de maison, non, vous ne serez plus tenus d'obéir; l'autorité des parents est sacrée; elle n'est pas éternelle; cette parole: Que Vénfant est toujours mineur devant la nature quand bien même il est majeur devant l'Etat^ et que Vautorité paternelle est essentiellement perpétuelle, ne doit pas être prise au pied delà lettre, elle a plus de célébrité que d'exactitude. Mais, attention, ô enfants, car je vous appellerai de ce nom, tant que vous aurez votre père ou votre mère, la loi d'obéissance cessant, la loi de respect ne cesse pas ; celle-ci, la loi de respect et d'amour est éternelle; quelqu'âge que vous ayez, ne vous en départez jamais (1). Joseph avait quarante ans, et était l'Intendant de toute l'Egypte, quand Jacob, son père, qui le croyait mort, ayant su qu'il vivait, partit du pays de Ghanaan pour le venir voir. Averti de son arrivée — lisez cette page, il n'en «st point de plus touchante dans le Livre Sacré — Joseph fait mettre les chevaux à son char, va au devant du vieillard, met pied à terre aussitôt qu'il l'aperçoit, se jette à son cou, et l'embrasse en pleurant : Juncto Joseph curru sua, ascendit obviam patri suo ad eumdem locum : vidensque eum irruit super collum ejus^ et inter am-

(1) Patris potentia non est perpétua, sicut perpetuum ejus jus afl prolis amorem et reveientiam. Clément Marc, n, 696.

plexus flevit (1)... Les questions de mode et de -temps sont résolues; maintenant les questions de choses.

Si les parents commandent mal, c'est-à-dire sous une forme où riiomme n'apparaît que trop, et Dieu disparaît presque entièrement, faut-il obéir? Hélas ! il n'est que trop vrai, il y a des parents qui ne savent pas commander ; tout ordre leur semble insuffisant, mal venu, s'ils ne le donnent, la colère dans les yeux, les injures sur les lèvres, et la verge déjà levée. Gomment reconnaître dans les hommes qui manquent à ce point de mesure, de dignité, de justice même, des images de Dieu, des représentants de Dieu, des dieux visibles, des dieux terrestres? Enfants, il n'importe: alors môme que vos parents ne savent pas commander, vous, sachez encore obéir. Il ne faut pas que la forme emporte le fond. Qu'il crie, qu'il tempête, qu'il passe les bornes de la raison, un père est toujours père, et si, comme on le suppose, ce qu'il ordonne est légitime, ses droits lui restent. Ajoutons avec saint Thomas, que dans ce cas, comme en tous ceux où la nature répugne à obéir, l'obéissance étant plus pénible, devient par là même plus méritoire, parce que la volonté ne trouve d'impulsion qu'en elle-même pour accomplir un ordre si mal présenté : Jn adversis autem vel clifftcilibus obedientia est major : quia voluntas propria in Jiihil aliud tendit, quam in prœceptum {^],

Si les parents commandent mal, non plus quant à la forme seulement, mais pour le fond, c'est-à-dire s'ils commandent le mal, par exemple, de blasphémer, de voler, de mentir^ de se venger, et autres choses de ce genre, ou mauvaises de leur nature, ou défendues par une loi positive, ou de Dieu ou de l'Église, faut-il obéir? Non, certes : c'était le mot des Apôtres devant le Sanhédrin ; ce sera le mot de toutes les consciences droites: Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes (3) . Dieu est le premier père, le premier maître, le général en chef ; son droit est supérieur à tout autre droit. Supposé, dit saint Augustin — cette comparaison du grand Docteur est admirable de simplicité et de clarté — que le subordonné du proconsul vous ordonne quelque chose, lui obéirez-vous, si ce qu'il vous ordonne est contre le proconsul ?

(1) Gen. c. xlvi. V. 20.

(2)2. 2. q. 104. art. 2.

(3) ACT. c. V.

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