‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 78 sur 223 · XXI. — LES DEVOIRS DES ENFANTS. L'OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

XXI. — LES DEVOIRS DES ENFANTS. L'OBÉISSANCE

Et si le proconsul vous commande une chose, et l'empereur une autre, à qui obéirez-vous, au proconsul ou à l'empereur ? Et si Tempereur vous enjoint une chose que Dieu défend, à quoi vous déciderez-vous? Paie l'impôt, et adore l'Idole, vous crie l'empereur. — Je paierai l'impôt, mais n'adorerai point l'idole. — Je te jetterai en prison. — Pardon, Sire : si pour vous obéir, je désobéis à Dieu, il me jettera en enfer ; mon choix est fait ; Da veniam : tu carcerem, ille gehennam minahcr (i). Ainsi, ou équivalemment, doivent dire, selon les circonstances, les enfants aux parents, les épouses aux maris, les serviteurs aux maîtres, en général les inférieurs aux supérieurs, chaque fois que ceux-ci se mettent en opposition à la loi de Dieu, parce que, si haute qu'elle soit, toute autorité vient de Dieu, et doit rester dépendante de son principe.

Et ce n'est pas tout encore. Il y a des choses, non mauvaises ni illicites, mais bonnes de leur nature, même très bonnes, qui pourtant sont étrangères à l'autorité des parents, et hors de leur compétence. Enfants, obéissez à vos pères et mères, on ne vous le dira jamais assez, en tout ce qui tient à votre formation, à votre éducation, à la garde de vos mœurs, à raccomj)lissement de vos devoirs de religion ; tout cela est de leur ressort. Mais s'il s'agit d'autres choses, par exemple, de choisir telle ou telle profession, d'embrasser telle ou telle carrière, de vous marier ou de ne vous marier pas, de rester séculier ou de vous consacrer à Dieu dans l'Église ou dans le cloître ; c'est-à-dire, s'il s'agit de ce qui porte avec soi engagement d'état ; et plus clairement encore, s'il s'agit, non de vos services, mais de vos personnes : là commencent vos droits, et finissent les leurs ; non qu'ils ne puissent, et même qu'ils ne doivent vous conseiller, vous diriger, vous faire profiter de leur expérience: mais pour le dernier mot, c'est à vous de le pro noncer ; votre personne est s^a' jw?"î.s ; il n'appartient qu'à Dieu et à vous d'en disposer. Oh ! que ces choses, ce nous semble,sont bonnes à dire, non certes, pour que les enfants s'affranchissent de leurs devoirs, et affectent l'indépendance, dans ce cas elles seraient mauvaises; mais pour que les parents se tiennent dans leurs limites, surtout quand il s'agit de certaines vocations, autrefois

(1) Ap. Thom. 2. 2. q. 104, art. 5 — pour le texte entier S. August. Sertno 62-. JDe verbis Domini.

"214 LE DÉCÀLOGCE

trop rcchevchées, aujourd'hui trop redoutées! Parents, et enfants, écoutez ce trait de saint Ambroise ; c'est au premier livre des Vierges; le saint Docteur y décrit le combat d'une jeune Chrétienne, non pas contre les persécuteurs de la foi, mais contre la chair et le sang, contre ses proches. Elle se trouvait sollicitée d'une part à s'engager dans une alliance dont on lui vantait les avantages ; et de l'autre inspirée de prendre au pied des autels le voile sacré. Que faites-vous, disaii cette généreuse fille à toute une parenté qui la pressait, et pourquoi tant de soins à me chercher un parti dans le monde ; je suis pourvue : Quid in exqicirendis nuptiis sollicitât is anîjnwin; jam provisas habeo ? Vous m'offrez un époux, et j'en ai choisi un autre ; donnez m'en un aussi riche, aussi puissant et aussi grand que le mien, je verrai alors quelle réponse j'aurai à faire; mais vous ne me présentez rien de semblable ; car celui dont vous me parlez est un homme, celui dont j'ai fait choix est un Dieu: et vouloir me l'enlever ou m'enlever à lui, ce n'est pas établir ma fortune, c'est envier mon bonheur : Non providetis inihi, sed invidetis. Paroles, reprend saint Ambroise, qui touchèrent tous les assistants ; chacun versait des larmes en voyant une vertu si ferme <^t si rare dans une jeune personne ; ce n'est pas tout encore, et quelqu'un s'étant hasardé à lui dire que si son père eût vécu, il n'eût jamais consenti à la résolution qu'elle avait formée : Ah ! repli qua-t-elle, c'est pour cela peut-être que le Seigneur l'a retiré ; c'est afin qu'il ne servi! pas d'obstacle aux ordres du ciel et aux desseins de la providence

sur moi (1)

Un mot très court pour finir. Vous connaissez, vous, enfants, Yosdevoirs, vous, parents, vos droits. Puissiez-vous, vous, enfants, accomplir vos devoirs, selon toute leur étendue ; vous, parents, exercer vos droits, mais en respectant les réserves que Dieu y a mises...,

(1) s. Ambr. De virgmibus. Bourdaloue. Dominicales. 1. 1, p. 23.

QUATRIÈME COMMANDEMENT

TROISIÈME PRONE Les devoirs des enfants . L'assistance.

Honora patrem tuum et matrem tuam.

Honorez votre père et votre mère.

Huic enim honori hsec omnia conjuncta sunt, amor, observantia, obedientia, cultus.

Catech. Rom.,

Nous l'avons vu précédemment : Les trcîis premiers sens du.' quatrième Commandement sont légitimes.

Le premier est légitime : Honorez votre père et votre mère ;■; c'est-à-dire, aimez-les.

Le second est légitime : Honorez votre père et votre mère ; c'està-dire, respectez-les.

Le troisième est légitime : Honorez votre père et votre mère ;; c'est-à-dire, obéissez-leur.

Or, le quatrième sens n'est pas moins légitime que les trois autres : Honorez votre père et votre mère ; c'est-à-dire, assistezles... Et je le dis à bon escient ; je le dis sur Fautorité de saint { Jérôme, des anciens Pères le plus versé dans l'interprétation des Écritures. Voici ses paroles : Honorez votre père et votre mère : Cet honneur dont parle ici l'Écriture, consiste moins en des saints -et respects, qu'en des secours et présents : Ronora patrem tuum' -^t matrem : Honor in Scripticris non tantum in salutationibu^l

et of ficus deferp.ndis, quant-um in eleernosynis ac mwnerum ohlatione sentitur (1).

Je m'autorise de ce témoignage, et m'adressant aux enfants^ je leur dis : Assistez vos pères et vos mères. C'est le sujet de cette Instruction. Dieu nous aide de sa grâce...

Que les enfants aient donc le devoir d'assister leurs parents, dans le besoin, la reconnaissance qu'ils leur doivent suffit toute seule à l'établir, sans qu'il soit nécessaire de rappeler tel et tel textes des Écritures, pourtant très formels, et sans que nous ayons, non plus, à nous préoccuper des lois humaines, elles aussi, trèsexplicites en cette matière. Saint Ambroise a traité ce sujet avec son éloquence habituelle : Enfant, s'écrie-t-il, nourris ton père, nourris ta mère ; pasce patretn tuwm, pasce matrem tuayn. Tu leur dois tout ce que tu as, puisque tu leur dois tout ce que tu es : Illi debes quod Jiabes, eut dehes quodes. Pour ne parler que de ta mère : quand tu l'auras nourrie, ne t'imagine pas être quitte envers elle, ni pour tous les maux qu'elle a soufferts à cause de toi, ni pour tous les biens qu'elle t'a procurés : Si paveris matrem, adliuc non reddidisti dolores, non reddidisticruciatus, non reddidisti ohsequia.VoMY toi elle a jeûné, pour toi elle a mangé, pour toi elle a pris telle nourriture qu'elle n'aimait pas, pour toi elle s'est privée de tel autre aliment qui lui plaisait, pour toi elle a veillé, pour toi elle a pleuré : et tu souffrirais qu'elle manquât du nécessaire : et tu illam egere patereris ! Quelle sentence redoutable t'attend au tribunal du Souverain Juge, si tu laisses à l'Église toute seule le soin de nourrir ceux à l'entretien desquels tu dois pourvoir toi même : Quantum judicium, si pascat Ecclesia quos tu nolis pascere (2). Il serait vraiment difficile de mieux dire.

Que le devoir qui incombe aux enfants d'assister leurs parents, dicté par la reconnaissance — ou plutôt, pour employer le mot juste, par la piété filiale : car, selon la judicieuse remarque de saint Thomas, la reconnaissance change de nom^ en changeant d'objet ; elle s'appelle piété filiale quand elle se rapporte aux parents, religion quand elle tend vers Dieu, et dans l'un comme

(1) Brev. Rom. Hebd III Quadrag. feria quarta. Lect. 2. <2) S. Amb. lib. VIII, in-L,uc. n, 75.

Page 1