‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 80 sur 223 · XXII. — LES DEVOIRS DES ENFANTS. l'aSSISTANCE · texte numérisé non relu

XXII. — LES DEVOIRS DES ENFANTS. l'aSSISTANCE

manibiis eoruin (1). Quelles paroles ! et comme elles sont suggestives ! Il est donc vrai, ainsi que le remarque très à propos, et l'exprime si magnifiquement saint .Jean Ghrysostome : Que ce qu'est la sève dans les plantes et dans les arbres, raniour l'est dans les hommes : Quodest in herhis aut in arboribus hitmor, hoc est in hominibiis amor. Il continue : En effet, le suc nourricier donne naissance et accrcûssement à toute végétation, et l'amour aussi dans l'homme fait naître et grandir. La sève monte bien des racines jusqu'aux extrémités de la plante, mais- quand elle a parcouru toutes les veines de ce corps, elle ne redescend pas à la racine, elle monte toujours et ne s'arrête qu'après avoir trouvé moyen de se reproduire. De même l'amour, des parents monte jusqu'aux enfants, mais des enfants il ne redescend pas jusqu'aux parents. Voilà pourquoi les enfants n'auront jamais pour les parents rnmourque ceux-ci ont eu pour eux : Ideo parentes quidem diligunt, sednon sic dlliguntur a filiis ; parce que, conclut-il, de même que la sève monte et ne redescend pas, mais arrivée au sommet tend à se reproduire : ainsi Thomme songe bien moins à ceux qui iui ont donné la vie, qu'à ceux qui la tiennent de lui, et absorbent désormais toutes ses affections : Sic et homo non ad parentes, sed ad procreandos filios transmittit affectum (2) . .. Fallait-il abréger un aussi beau texte ? Nous ne le pensons pas, du moment surtout qu'il nous sert à souhait pour dire ce que nous avons à dire sur le sujet plus restreint qui nous occupe ici. Et pour nous renfermer rigoureusement dans les limites de ce sujet : Il est donc vrai que l'humanité n'est guère meilleure à une époque qu'à une autre, puisque, comme elles se passaientau temps où l'Auteur sacré écri- Yait, il y a près de trois mille ans, les choses se passent encore aujourd'hui de la même manière : c'est-à-dire qu'il se trouve des enfants malhonnêtes et ingrats ; des enfants qui voudraient extorquer par prières ou par menaces un héritage qui tarde trop à venir; des enfants qui pour fournir à leurs parents vieux et infirmes une pension alimentaire, et le pouvant faire, attendent pourtant que la sentence du juge les y force ; des enfants qw^\\\ qui, à la vérité, moins inhumains, mais trop égoïstes pour rien sacrifier

(4) ErcLT. cap. xxxiii, v. 20 et seqq.

4 2y lu Mattu. cap. XIX. In cateiia uuiea.

de leurs aises personnelles, éloignent d'eux les auteurs de leurs jours, ou les relèguent dans un arrière -appartement, et leur diraient volontiers, ou en propres termes ou équivalemment, ce que nous lisons dans un des prophètes : La maison est petite, il nous la faut tout entière, faites-nous de la place : Aiigustus est locus, fac spatium ut inhabitem (1).

Et ce n'est pas tout. Si trop souvent le devoir d'assistance des parents est omis, plus souvent encore il est incomplètement observé.

La loi de piété filiale veut que l'assistance soit plus que temporelle et ne se borne pas uniquement à fournir le logement, le vêtement, la nourriture. Est-ce que l'âme n'est pas plus que la nourriture, dit Notre-Seigneur : Nonne anima plus est quatn esca (2) ?... Enfants, c'est votre devoir de prier pour vos pères et pour vos mères, de vous intéresser à leur salut éternel, de faire revivre en eux la foi qu'ils n'ont peut-être perdue que pour avoir amassé, par un travail trop absorbant, les richesses dont vous jouissez, enfin, et pour tout dire d'un seul mot, de les ramener à Dieu, s'ils en sont éloignés. Et ne croyez pas que ce soit là une tâche impossible. Difficile, oui, quelquefois ; impossible, jamais. Il y a dans le langage de l'enfant, dans son regard, dans ses larmes, dans les aimables prévenances dont il entoure ses parents, une force, une puissance de persuasion que n'ont point les livres, ni même les meilleurs discours. Enfants, le faites-vous ? Ce devoir d'assistance spirituelle, le remplissez-vous ? Ces efforts qui, bien dirigés, feraient de vous des apôtres de vie éternelle, auprès de ceux qui ont été pour vous des instruments de vie temporelle, les tentez-vous ?

La loi de piété filiale veut que l'apostolat dont je viens de parler, surtout s'il a été infructueusement exercé pendant la vie, redouble de zèle à l'heure de la mort. Enfants, ce n'est pas moi seulement, mais notre commun maître, le Catéchisme romain qui vous le crie : C'est principalement lorsque vos pères ou vos mères sont dangereusement malades que le devoir de l'assistance spirituelle vous oblige davantage : El honoris quidem officia parenti-

(1) Isa. c. xlix, v. 20.

(2) Matth. c. VI, v. 25

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