XXIII. — LA SANCTION DES DEVOIRS
vertueux, ils l'ont été, ils le sont, ils le seront toujours; mais encore qu'il les afflige, et semble ne plus se ressouvenir de ses promesses, Dieu ne les soutient-ils pas au milieu des épreuves, comme il a soutenu, en leur temps, Job, David, saint Paul, ce dernier, jusqu'à le faire s'écriei- : Je surabonde de joie dans mes tribulations elles-mêmes (1) ? Il y a plus ; Dieu offre des compensations, propose des échanges; en lieu et place des biens présents, temporels, périssables, qu'il n'accorde pas, ou qu'il retire, il s'engage à en fournir d'autres, incomparablement meilleurs, spirituels, célestes, éternels : Deus in scripluris promittens bonaprœsentia, carnalia et temporalia,si ea non prœstety datpro eis longe majora, scilicet spiritualia, cœlestia, et, œterna, dit un grand commentateur des Écritures. Nous servirons-nous, pour être plus clair encore, de la comparaison qu'il emploie? Est-elle trop vulgaire t 0 enfant, si t'ayant promis un écu, je te donne un cheval qui vaille cent écus, n'ai-je pas surabondamment rempli ma promesse r' Sicut si tihi %>ro7nitta'in unum aitreum^ et pro eo non aureuniySedeqttum dem, ahunde promissis satisfeci (2)?. . .
Et maintenant, si le temps ne m'interdisait presque d'ajouter quoi que ce soit à cette instruction déjà longue ; combien j'aurais à dire sur la sanction de châtiment ! Quel contraste ! Que de textes à citer ! Que de faits à rappeler ! Des textes : Au livre de l'Exode : Celui qui aura maudit son père ou sa mère, qu'il soit puni de mort (3). Au livre du Deutéronome: L'enfant qui n'honore pas son père et sa mère, qu'il soit maudit; et tout le peuple répondra : oui, maudit (4), Au livre des Proverbes: L'œil de celui qui insulte son père, ou qui méprise sa mère, que les corbeaux du torrent le lui arrachentj et que les petits de l'aigle le dévorent (5)... Des faits : l'histoire sainte en est pleine l C'est Cham, maudit par Noé son père, dans la personne de Chanaan son fils, pour l'injure qu'il en a reçue (6) . C'est Absalon, révolté contre David, qui périt de la manière que vous savez, pendu à un arbre, et dont le corps,
(1) II Cor. c. VII, v, 4.
(2) CoRNEL A Laf. in cap. vi, v. 3. ad Eph«
(3) ExuD. c. xxt. V.
(4) Deux. c. xxvii, v. 16.
(5) Pr.o^ . c. XXX, V.
(6) GrEî^. c. IX, V. 23.
après qu'on l'a détaché de ce gibet, est enfoui au fond d'un ravin, sous un monceau de pierres (1)... Des faits : c'est entre cent autres, celui que saint Augustin rapporte au livre vingt-deuxième de la Cité de Dieu : Dix enfants (sept fils et trois filles) s'étant attiré la malédiction de leur mère, pour une grave injure qu'ils lui avaient faite, furent tous frappés d'un horrible tremblement de membres, horribili quatiebantur om7ies tre^nore "memhrorum, et restèrent en ce lamentable état, qui ne les quittait pas même pendant le sommeil,, etiamper somnum, errant à l'aventure dans le monde entier, iotopene vacantes in orbe romano, jusqu'au jour où étant venus s'agenouiller devant les glorieux restes de saint Etienne, Dieu les rétablit dans leur santé première : ce fait est connu de nous tous, ajoute le grand historien : ununi est apitd nos factum (2)... Des faits : il en est un plus saisissant que tous les autres: c'est comme si l'on voyait ^'accomplir à la lettre, et dans toute sa rigueur, cette parole de l'Évangile : La mesure dont vous vous serez servi pour autrui, c'est celle-là même dont on se servira pour vous ; autrement dit, dans le cas particulier qui nous occupe en ce moment : un tel a été malheureux fils, il sera malheureux père ; comme il a fait, on lui fera : c'est la loi du talion... Aristote raconte donc, au cinquième livre de sa Morale ^3) : Qu'un père, venant d'être traîné par son fils du haut en bas d'un escalier, et ce fils dénaturé se disposant à le jeter dehors : Arrête, mon fils, arrête, s'écria le vieillard ; à la vérité, j'en ai agi avec mon propre père, comme tu en agis envers moi, mais je ne l'ai traîné que jusque-là ; je ne l'ai pas jeté dans la rue...
Détournons les yeux de ces horreurs, Venez bien plutôt, vertueuse jeune fille, dont un de nos livres sacrés porte le nom. Voici toute son histoire en quelques mots seulement (4). Veuve de bonne heure, et sans ressources, Ruth s'était attachée à Noémi, sa belle-mère, veuve, elle aussi, et dans une extrême pauvreté. L'entendez-vous lui dire : Votre famille sera ma famille, ^^otre Dieu sera mon Dieu, là où vous irez, j'irai, là où sera votre tombeau, j'y mettrai le mien ? La voj^ez-vous, à la saison des orges, pour
(1) Il Reg. c. XVIII, V. 17.
(2)£)e Civil. Lib. xxii, c. 8.
(3) D'après l'indication de Seg>NERI. t. 2. p. 158,
(4) Ruth. ci et les suivants.