XXIV. — DEVOIRS DES PARENTS. ÉDUCATION CORPORELLE DES ENFANTS
aimait d'une manière trop charnelle, trop humaine, trop égoïste. Son amour-propre de mère eût été extraordinairement flatté, si ses deux fils fussent sortis de leur humble condition pour monter jusqu'au faîte des honneurs dans le royaume du Christ. Hélas!' la plupart des mères en sont là. L'histoire romaine raconte qu'une mère ayant fait consulter l'Oracle pour savoir ce que deviendrait son fils, il lui fut répondu qu'il serait empereur, mais qu'il la ferait mourir : Cela m'est égal, s'écria-t-elle ; qu'il me tue, j'y consens, pourvu qu'il règne: occidat, diun imperet...
Ce commentaire d'un fait évangélique, que l'historien sacré raconte en quelques lignes, est-il trop long ? Je ne le -pense pas, parents qui m'écoutez, si vous en tirez cette salutaire leçon^ qu'ayant à établir vos enfants, vous devez le faire d'une manière conforme à votre condition, ou à leurs aptitudes. Croyez-moi, ne rêvez point pour eux les richesses, les honneurs, les dignités, la gloire. Si ces choses ont à venir, et qu'elles doivent tourner à leur plus grand bien, et mieux encore à la plus grande utilité de l'Église, ou de l'État, elles viendront: Dieu fera qu'elles viennent: Dieu fera que ce petit paysan de l'Auvergne soit deviné par des moines d'Aurillac, par eux recueilli, par eux éduquédans toutes les lettres divines et humaines, et devienne un;jour le grand pape Silvestrell (1) ; Dieu fera que ce petit pâtre des Pyrénées, qui s'en va chaque semaine quérir au moulin voisin la farine de son père (2), soit plus tard le pourvoyeur des pauvres de tout un royaume : faut-il le nommer ? faut-il nommer saint Vincent de Paul ? Mais jusquelà, attendez son heure ; 71' enjambez point sur sa providence (3) . S'il ne se manifeste pas d'une manière ou d'une autre, c'est qu'il veut que votre enfant reste dans le rang, soit villageois, se marie à une villageoise^ gagne sa vie et la vôtre, quand vous serez vieux, ou en exerçant un honnête métier ou en labourant le champ que vous tenez de vos ancêtres, et qu'il passera à ses suivants. Oh! qu'il est utile, croyons-nous, de dire ces choses, en un temps comme le nôtre, temps de déclassement presque général, d'émigration en masse des campagnes dans les villes, daus les villes
(1) ROHRBACHER . Hist. de VEclise. Liv. 61, <2) Abelly.
3) C'était le mot favori de St Vincent de Paul,
industrielles surtout, et cela au grand détriment des croyances^ des mœurs, de la société elle-même, qui ne pouvant satisfaire tant d'appétits désordonnés, se voit chaque jour à la veille de quelquecatastrophe, je veux dire, de quelque entreprise socialiste (1).
Il serait temps de finir, et nous finirions, en efi'et, s'il ne se trouvait une quatrième classe de parents, fautifs, eux aussi, quant à l'accomplissement du devoir qui leur incombe, de pourvoir les enfants. Il y a des parents qui n'aiment pas tous leurs enfants d'un amour égal. Ils ont deà préférences marquées pour tel ou tel, ou pour l'aîné, ou pour le plus jeune, ou pour quelqu' autre. C'est déjà une faute. L'enfant qui se voit injustement repoussé des ca- ^resses paternelles ou maternelles, ne se résigne pas facilement au sort qui lui est fait, et tôt ou tard, les parents paieront bien cher peut-être l'exclusion dont il aura été l'objet. Esaù était moins aimé que Jacob. Joseph était plus aimé que ses frères. On sait ce qui arriva : Esaù, le cœur ulcéré de dépit, s'enfuit de la. maison paternelle, emportant avec lui des projets de vengeance. Le père de Joseph expia par des larmes améres ses préférences trop marquées. Donc, ô pères, ô mères, si vous usez de partialité envers vos enfants, par cela même, et de ce premier chef, vous, êtes très imprudents, vous êtes fautifs. Mais si vous allez encore plus loin ; si votre amour excessif pour celui-ci, et cette antipathie, que rien n'excuse, pour celui-là, vous portent à avantager publiquement ou secrètement celui-ci, au détriment de celui-là : que votre conscience soit engagée au point de vue de la justice, je ne vais pas jusque-là, je n'en ai pas le droit : mais que de tristesses vous vous préparez pour l'avenir !
Finissons maintenant. Les devoirs très nombreux, très étendus, exprimés par cet unique mot : Education corporelle des enfants, nous les avons exposés aussi complètement que possible. A votre tour, parents, accomplissez-les du mieux que vous pourrez. Entourez de soins ces chers petits êtres que Dieu vous donne ; nourrissez-les, vêtissez-les, établissez-les selon vos moyens etleurs aptitudes. Sous ce dernier rapport, si le temps ne nous faisait tout à
(1) Dans les cinq dernières années, 55 départements agricoles ont perdu 399,000 âmes, tandis que 32 départements industriels en ont gagné 523,290 ( Univers, num. du.
1" juillet 1892).