XXIV. — DEVOIRS DES PARENTS. ÉDUCATION CORPORELLE DES ENFANTS ^A
fait défaut, nous vous dirions : Alors même qu'un jour, à s'en tenir aux prévisions humaines, vos enfants devront être très riches, très opulents, faites pourtant qu'ils ne soient point désœuvrés. Gagner sa vie est le devoir commun, non moins des riches que des pauvres, des rois que des sujets (l).D'ailleurs, qui sait les secrets de l'avenir? Giiarlemagne avait fait apprendre à ses fils et à ses filles, un état manuel, soit pour qu'ils évitassent l'oisiveté, la mère de tous les vices, soit afin qu'ils eussent un moyen de se suffire à eux-mêmes, dans le besoin, car les têtes couronnées, pas plus que les autres, peut-être même encore moins que les autres, ne sont à l'abri des coups de la fortune... Si ces pensées sont justes, et elles le sont, je laisse à vos réflexions de leur donner le développement qu'elles ne peuvent avoir ici...
(1) L'histoire de Louis XI nous rapporte une anecdote curieuse, mais, instructive r Un jour, de grand matin, étant descendu aux cuisines du château, le roi n'y trouva qu'un enfant qui tournait la broche. — Combien gagnes-tu? — L'enfant qui n'avait jamais vu le roi, répondit: Autant que le roi — Et le roi, que gagne-t-il? — Sa vie, et moi la mienne. (Rohrbacher. Hist. de CEgl. livre 83) Bonne leçon dans la bouche d'uu eufaiit ; tout le monde doit Irav^ler ei gagner sa vie...
QUATRIEME COMMANDEMENT
SIXIÈME PRONE Devoirs des parents: L'éducation spirituelle des enfanta
Honora patrem tuum et mairem tiiam.
Honorez votre père et votre mère.
Parentum propria officia sunt atque
munera, ut sanctissimis disciplinis ac
moribus imbuant, iisque optima dent
Vivendi prœcepta, ut ad religionem ia-
structi et parati, Deum sancteinviolatequ©
venerentur.
Çatecht Rom.
C'est une belle et très juste pensée d'un saint Docteur, que celui qui éduque des âmes d'enfants, fait une œuvre infiniment plus excellente que le peintre qui retrace sur une toile la ressemblance d'un personnage, ou que le sculpteur qui taille une statue dans un bloc de marbre : Omni certe piçtoi^e, omni certe statuario cœterisque hujusmodi omnibus eœcellentiorem hune duco, qui juvenum animas fingere non ignorât (1). Or, parents, cette œuvre, si bonne qu'il n'en est point de meilleu^^e, c'est la vôtre, plus que de qui que ce soit. Cette mission, d'éduquer l'ame de vos enfants, c'est à vous, antérieurement à tout autre, que Dieu la confie. Et pour la mener à bonne fin, comme vous en avez le devoir, l'Église vous crie par ses organes autorisés (2) : Instruisez
(1) s. Jean CHRYSosTt Brev. Rom. in fest. S. Joseph Calasanctii. Die 27. Aua Lee t. 9,
(2) S. LiGUORi. Lib. 3. n. 339 et omnes theologi.
VOS enfants. Corrigez vos enfants. Donnez le bon exemple à vos «nfants. C'est ce que nous nous proposons de développer dans rinstruction d'aujourd'hui. Dieu nous aide de sa grâce...
Et d'abord, pères et mères, instruisez vos enfants. Mais que leur apprendrez-vous, ou leur ferez-vous apprendre ? Déjà en son temps, saint Jean Chrysostome se plaignait avec son éloquence accoutumée de la manière dont les parents comprenaient leur devoir à cet égard. Pour peu, dit-il, que vous prêtiez l'oreille aux exhortations qu'ils font à leurs fils, en vue de les exciter à l'étude^ vous n'entendrez point sortir de leur bouche d'autres raisons que celles-ci : Un tel était obscur et d'humble extraction ; mais il a étudié, et la science qu'il a acquise l'a élevé aux plus hautes charges ; il a amassé une fortune immense, épousé une femme très riche, bâti une maison splendide, il est redouté et honoré de tous... Quant aux gloires du Ciel, nul n'en fait mention, et si quelqu'un ose en parler, on reconduit comme un homme qui n'est bon qu'à tout gâter (1). Ainsi s'exprimait le saint Docteur. S'il eût vécu au milieu de nous, aurait-il tenu un autre langage ? Serait-il très téméraire de penser qu'il aurait même ajouté à celui-ci ? C'est pourquoi, parents, faites mieux qu'on ne faisait alors, et que ne font encore aujourd'hui tant de vos semblables. Votre mission est bien plus haute que celle à laquelle on prétend vous réduire. Elle tient du sacerdoce. Que dis-je, elle est, dans son genre, un sacerdoce. N'avons-nous pas enseigné ailleurs, et assez longuement pour nous croire dispensé de nous y arrêter ici : que telle est la fin du mariage, surtout depuis qu'il a été élevé par son au teur lui-même à la dignité de sacrement : que de cette source, maintenant et pour toujours purifiée et sanctifiée, il sorte un peuple nouveau, digne, et à meilleur titre encore que l'ancien, de s'appeler le peuple de Dieu : Ut populus ad veri Dei et Salvatoris nostri Chisti culticm et religionem procrearetur atque educaretur, sacramenti dignitas matrimonio tradita est (2) ?
A l'œuvre donc, parents ; que les enfants, nés devons, ne soient pas seulement des hommes, mais des chrétiens ; qu'ils le connaissent, le vrai Dieu, c'est le mot du beau texte que je viens de
(1) Apologie de la vie monastique. Livre 3.
(2) Calech. Rom. voir prônes sur les Sacrements, 52* prône.
HXY. — DEVOIRS DES PARENTS. l'ÉDUCATION SPIRITUELLE DES ENFANTS 247
■citer, c'est-à-dire le Dieu du Credo catliolique, il n'en est point d'autre qui porte légitimement le notn inco7nmn,nicable (1), le Dieu qui est père, qui est tout-puissant, qui a tout créé, qui voit tout, qui entend tout, qui gouverne tout, qui rendra à chacun selon ses œuvres... Et avec ce Dieu, unique vrai Dieu, Celui qu'il a envoyé, son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur, vrai Dieu et vrai homme, l'Homme-Dieu, qui a fondé une Église dont il faut être membre, pour être sauvé, fait des lois qu'il faut observer, institué des sacrements qu'il faut recevoir, édicté un code complet de devoirs religieux auxquels il n'est permis à personne de se soustraire... Voilà, pères et mères, ce que vos enfants doivent savoir; à vous d'abord de le leur apprendre, dès la première éclosion de leur intelligence ; à vous de former^ tout aussitôt qu'ils sont susceptibles de formation, leur esprit, leur conscience, leur volonté, leur •cœur; et quand, sans cesser pour cela d'être vôtre, cette tâche passera à quelqu'autre, à quelqu'autre choisi par vous, car c'est votre droit de choisir, droit inaliénable, droit que vous tenez de la nature elle-même (2) : qu'il continue et achève, ce suppléant, cet autre vous-même, l'œuvre que vous avez commencée, et que la seule exigence des choses vous force de suspendre. Quel malheur pour votre enfant, et par contre-coup pour vous-mêmes, s'il vous revenait de l'école professionnelle, ou de toute autre, de quelque nom qu'elle s'appelle, augmenté, je le veux bien, de la science humaine qui fait le commerçant, l'industriel, le lettré, le philosophe; mais appauvri de cette autre science, incomparablement plus estimable, qui fait le chrétien, l'enfant de Dieu et de l'Église, l'aspirant au bonheur éternel, le futur habitant du royaume des Cieux ! N'était-ce pas en vue de prévenir ce danger, plus ou moins menaçant, selon les circonstances, les temps et les lieux, mais en tout état de choses, toujours redoutable, que notre grand Pape, dans une de ses mémorables Encycliques, s'adressant spécialement aux parents, leur enjoignait, au nom de cette haute autorité, qui est la sienne, de s'opposer de toutes leurs forces, à ce que leurs enfants fréquentassent des écoles, où ils sej^aient exposés, ce sont ses expiesions propres, à boire le funeste
(1) Sap. c. XIV. V. 21.
(2) Encyclique Rerum novarum.
%iS LE DÉCALOGUE
poison de Cimpiété't Et il ajoutait: Quand il s'agit delà bonne éducation de la jeunesse, le mal qu'on se donne, le travail qu'on entreprend, ne sont jamais tellement grands qu'on ne puisse s'en imposer de plus grands encore : Cum de fingenda proie adolescent iaagîtur, nulla opéra potest nec labor suscipl tantus, quin etiain sint suscipienda majora (1).
Nous passons au second devoir. Parents, corrigez vos enfants. Le devoir est dur, il coûte cher, à la sensibilité maternelle surtout, mais c'est le devoir. Vous ne pouvez y manquer, sans engager gravement votre responsabilité, et compromettre peut-être l'avenir de vos enfants. Écoutez les Écritures, il n'est guère de sujet de morale sur lequel elles soient plus explicites et plus abondantes : Avez-vous des fils, courbez-les de bonne heure soi s le joug de l'obéissance ; avez-vous des filles, conservez leur corps chaste, et gardez-vous de leur montrer un visage trop souriant (2). — Celui qui hait son fils lui épargne la réprimande ; celui qui l'aime ne se lasse point de le corriger, afin qu'il en reçoive de la joie quand il aura grandi, et qu'il n'aille point de porte en porte mendier son pain (3). — Voulez-vous trembler un jour devant votre fils, prodiguez-lui les caresses ; voulez-vous qu'il vous abreuve de chagrins, jouez familièrement avec lui (4). — Comme le coursier indompté s'emporte et se précipite ; ainsi l'enfant livré à sa volonté (5). — Faites plier sa tête et comprimez ses flancs, dès le jeune âge, de peur qu'il ne s'endurcisse, et que refusant de vous écouter, il ne perce votre âme d'une douleur sans consolation (6)... Et il y a vingt autres passages de cette force, et de cette richesse d'images.
Mais autant il importe aux parents de n'ignorer pas que la correction est à faire ; autant il est utile, nécessaire même, qu'ils sachent quand, et comment elle doit être faite.
Quand... Plusieurs des textes que je viens de citer le disent :
(1) Ency. Sapientix christianx. Voir tout le paragraphe ; Locus admonet hortari numinatim patres familias. Ad fînem.
(2) EccLi. c. VII, V. 25. 26.
(3) Prov. c. XIII, V. 14 et Eccu. c. xxx, v. 1.
(4) Ibid. V. 9.
(5) Ibid. V. 8.
^6) Ibid. V. 12.
XXV. — DEVOIRS DES PARENTS. l'ÉDUCATION SPIRITUELLE DES ENFANTS 249
de bonne heure. Les enfants ressemblent à ces jeunes arbrisseaux que Ton peut encore redresser, lorsqu'ils commencent à prendre une mauvaise direction, mais qui, le moment opportun passé, devenus des arbres difformes et rabougris, résistent à toute culture. Les divins Oracles, d'ailleurs, ne sont pas plus muets sur ce point de détail, que sur l'ensemble, et vous les entendez dire : que si l'on ne corrige l'enfant, dès le premier âge, les vices de son adolescence entreront jusque dans la moelle de ses os, en d'autres termes, au plus profond de son être, et dormiront avec lui dans la poussière du tombeau : Ossa ejus wiplehuntur vitiis adolesce?itiœ ejits, et cum eo in pulvere dormicnt (1).
Comment... Sur cette autre particularité du sujet, que de choses seraient à dire ! Heureusement pour vous et pour moi, le Catéchisme romain les a dites, et bien dites ; il les ramène toutes à' ces deux points : Eviter dans la correction le trop de sévérité, ou en parole, ou par action: Cum necessaria sit castigatio. ne quid acerhius in liberos, aitt loquantur, aut slatiiajit parentes ; et non moins que la sévérité immodérée, l'indulgence excessive Ne quid liberis per i7idulgentiani dissolute remittant
Évitez la sévérité immodérée : elle perd tout ; l'enfant, impitoyablement châlié, ou accablé de reproches qui présagent descoups à brève échéance, s'irrite, s'aigrit, se cabre sous le fouet: ou se raidit contre la menace ; encore un peu, et il maudira l'auteur de ses jours, et n'aspirera plus qu'au moment de se soustraire à un joug devenu insupportable. C'est pourquoi saint Paul dit en toute justice et raison : Parents, ne soyez point provocateurs ; n'excitez point vos enfants à la colère ou à la haine, mais élevezles dans la discipline, et dans la crainte du Seigneur : Patres, nolite ad iracundiam provocare filios vestros, sed eduçate illos 171 disciplina et correctione Domini (2).
Évitez l'indulgence excessive : autant le trop de sévérité perd tout ; autant le trop de douceur ne sauve rien. Que gagnez-vous, pères et mères, idolâtres de vos enfants, avec vos faiblesses extrêmes, vos complaisances hors de saison, vos remontrances au ton suppliant, vos concessions de jour en jour plus accentuées ?
(1) Job. c. XX. y. 11.
(2) Eph, c. VI, V. 4.
"250 LE DK ALOGUE
<}ue gagna le grand-prêtre Héli? Cette histoire vient juste à point. Aussi bien, le Catéchisme romain recommande aux pasteurs de s'en servir, comme exemple, pour montrer aux parents ce à quoi ils s'exposent par leur trop grande mollesse dans l'éducation des enfants : Quamohrem a clissoluta inclulgentia deterreat parochus exemplo Heli summi sacerclolis. C'était un homme estimable, cet Héli, de mœurs irréprochables, l'Écrivain sacré lui rend ■ce témoignage ; mais parce que, quoiqu'il ne sût que trop à quels excès et désordres scandaleux se livraient Ophni et Phinéès, ses fils, il ne les corrigea points alors qu'il eût dû le faire, en qualité ■de père, de grand-prêtre, et de juge en Israël, la mort des deux coupables, et la sienne propre, furent si tragiques, qu'au seul récit qui s'en faisait dans le peuple, le cœur se serrait d'épour/aute, et, selon le mot des Écritures, les oreilles en tintaient (1).
Pour conclure donc, pères et mères, entre ces deux extrêmes, si opposés, châtier trop durement, reprendre trop mollement, tenez le milieu. La vérité est là. Soyez bons sans cesser d'être fermes et fermes sans cesser d'être bons, tout comme Dieu, suaviter et fortiter. Tout comme Dieu aussi, qui ne fait rien par secousse, allez graduellement. Réfléchissez d'abord ; s'il n'est rassis, l'esprit est difficilement juste ; puis avertissez, puis menacez, ne punissez qu'en dernier lieu, rarement même, s'il se peut, comme on use 1 de remèdes, et ici encore, en graduant la peine, en n'arrivant au châtiment corporel, qui est la peine suprême, qu'après avoir épuisé tous les autres (2). En un mot, que vos enfants remarquent ; qu'ils soient forcés de remarquer en vous autant de modération que de fermeté ; qu'ils restent convaincus que vous n'agissez que par conscience et par devoir. Ce n'est qu'à ce prix, mais à ce prix sûrement, que vous pourrez attendre de vos réprimandes et corrections de bons et salutaires effets.
Mais il reste un troisième devoir à accomplir. Pères et mères, donnez le bon exemple à vos enfants. C'est un sage qui a dit, et rien n'est plus vrai, surtout quand il s'agit d'apprendre à devenir ■ vertueux : Le précepte est long, le chemin le plus court est celui de l'exemple: Longum iter per prœcepia, brève per exempta (3).
(-1) Lib. I. Reg. cap. m et iv.
(2) s. LiGUORi, en Clément Marc. 1. n. '01,
(3) Senéque.
XXV. — DEVOIRS DES PARENTS. l'kDUCATION SPIRITUELLE DES ENFANTS 251
C'est un autre sage, et pour nous catholiques, le plus digne d'être écouté, qui a dit: Si la jeunesse trouve au foyer domestique une vie correcte, bien disciplinée, vraie école pratique de toutes les vertus chrétiennes, le salut de la société sera, en grande partie, garanti pour l'avenir : Si adolescens œtas disciplina??! vitœ p?^oha?n, virtutu??i chinstia7iaric?n ta?iquai7i palœstra??i do??ii reperevit, rnag?iuni prœsidiitin habitui^a salus est civitatum (1). Honneur à notre grand Pape, Léon XIII; il ne tiendra pas à lui que les familles, et les nations, qui sont aussi des familles, ne deviennent meilleures ! Donc, et pour le redire encore une fois, sans que j'aie à entrer davantage dans des considérations générales, que les limites de cette Instruction, déjà longue, ne permettent plus, pères •et mères, donnez le bon exemple à vos enfants. Donnez-le-leur, en tout temps, plus tôt que plus tard, à la première heure, même dès qu'ils ont des yeux qui voient, des oreilles qui entendent, car les habitudes contractées dans l'enfance sont, le plus habituellement du moins, celles qui gouvernent toute la vie ; et c'est des parents qu'elles dépendent. Donnez-le-leur en toutes choses, sans aucune exception, et que, comme le recommandait saint Jérôme à une dame Romaine et à son mari, pour la bonne éducation de leur fille, il n'y ait rien en vous, père, rien en vous, mère, qui les incite au péché, rien de votre part qui leur en fournisse ou la matière, ou l'occasion, ou le prétexte : Nihil in te, et in pâtre suo videat, qicod si fecerit peccet (2). Enfin, s'il vous faut le leur donner sur tout et toujours, donnez-le avec encore plus de soin en celles-là des choses qui sont comme le fond même delà vie chrétienne. Par exemple, vos enfants doivent prier, et vous devez le leur dire : faites mieux, pères et mères, priez vous-mêmes, et qu'ils le voient; faites mieux encore, vous et eux priez ensemble. Quel spectacle digne de Dieu et des anges, si chaque matin, avantde commencer le travail, chaque soir, avant de prendre le repos, tous les membres de la famille, pieusement agenouillés, priaient en commun le même Père, qui est dans les cieux! Et la sanctification du dimanche, la confession -annuelle, la communion pascale, obligations plus importantes encore: sur tous ces points, pères et mères, donnez le bon exemple;
(1) Encyclique : Sapientiae chrîstîanse.
<2j Epis, 7 ad Lael. de instit. filiae.
comment voulez-vous que vos enfants s'acquittent de devoirs dont vous vous affranchissez vous-mêmes ? Et quand, en effet, ils cessent de les accomplir; quand, après avoir, aux jours trop vite passés du premier âge, fait entrevoir les plus belles espérances^ on les voit, nouveaux prodigues, tout quitter, tout abandonner, plus de dimanche, plus de confession, plus de communion, aucune pratique religieuse, à peine un reste de respect : à qui la faute ? A vous, parents, qui paralysez nos leçons par vos actes, qui arrachez ce que nous plantons, qui renversez ce que nous édifions, qui défaites fil par fil la trame que nous ourdissons... Ah ! comprenez mieux désormais les intérêts de vos enfants, et avec les leurs, les vôtres. Allégez, loin de l'accroître de tous les désordres dont vous seriez le principe, votre responsabilité directe, déjà si lourde. Au lieu de les- perdre, ces autres vous-mêmes, os de vos os, chair de votre chair, et de vous perdre avec eux, sauvezvous bien plutôt, et sauvez-les avec vous, en étant, chacun de vous pour chacun d'eux, ce qu'était sainte Monique à l'égard d'Augustin, un ange tutélaire, par la bonté de ses exemples, non moins que par la sagesse de ses leçons.
Pères et mères : arrivés au terme de votre carrière, puissiezvous avoir les lèvres assez pures, et le cœur assez sûr de lui même, pour pouvoir dire à Celui de qui toute paternité découle, au Père des pères : Père, Père, de tous ceux que vous nous avez donnés, aucun ne s'est perdu par notre faute : Pater, qitos dedisti mihi, non perdidi ex eis quemqua'iu (1).