‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 88 sur 223 · JOANN, C. XVII V · texte numérisé non relu

JOANN, C. XVII V

QUATRIÈME COMMANDEMENT

SEPTIÈME PRONE Les devoirs des maîtres et des serviteurs.

Honora patrem tuitm et matrem tuam.

Honorez votre père et votre mère.

Honorandi autem sunt non modo ii ex

quibus nati sumus, verum etiam alii qui

patres appellaulur,

Catech. fwm.

Le Catéchisme Romain voit juste et dit bien. Au sens chrétien, les mots^ère, mère, ont une extension plus grande que celle qui leur est attribuée d'ordinaire. Ils désignent non seulement ceux ■de qui nous tenons l'existence, mais encore, d'une man^'ère générale, tous les supérieurs, à quelque titre qu'ils le soient légitimement; comme les mots fils, enfant, expriment tous les inférieurs, tous les subordonnés, non seulement dans la famille, mais au dehors . De là une série de devoirs mutuels nouveaux : Devoirs mutuels des maîtres et des serviteurs ; devoirs mutuels des patrons et des ouvriers ; devoirs mutuels des pasteurs et des fidèles ; devoirs mutuels du pouvoir et des sujets. Ce sont autant d'Instructions à faire. Nous ne faillirons pas à cette obligation» Aujourd'hui les devoirs mutuels des maîtres et des serviteurs. Dieu nous aide de sa grâce...

Pour procéder méthodiquement, et tirer surtout de cette Instruc-

Soi LE DÊCALOGUE

lion le plus d'utilité pratique possible, nous ramènerons à trois chefs principaux les devoirs des maîtres envers leurs serviteurs : devoirs de justice, devoirs de charité, devoirs de piété.

Devoirs de justice. Nous ne nous y arrêterons pas longtemps. Le maître doit nouriir son serviteur et lui payer le sa- 1 lire convenu. Tout ouvrier, dit Notre-Seigneur, est digne de récompense : Dignus est operarius tnercede sua (1). Et au livre du Deutéronome : Vous ne lierez point la bouche au bœuf qui foule le grain dans l'aire ; ni à plus forte raison vous ne lierez point la sienne à l'homme, votre seml)lable, dont le travail de chaque jour ajoute à votre substance : Non ligahis os bovis ierentis in area fruges ^î^«s(2). Adéfaut de l'Évangile, et de la loi ancienne écrite, la loi naturelle parlerait assez haut. Entre ces deux hommes, dont l'un est maître et l'autre serviteur, n'y a-t-il pas, même au cas où rien de verbal n'aurait été exprimé, comme un pacte, une convention tacite, un quasi-contrat, en vertu duquel ils s'obligent l'un et l'autre, l'un à donner son temps, ses sueurs, toutes les forces de son corps, toutes les industries de son esprit ; l'autre à reconnaître par une rémunération convenable, proportionnée, le prix des services qu'il reçoit? Mais, hélas! encore que ces choses soient élémentaires, et de la plus rigoureuse équité, que de fois il y est contrevenu dans la pratique! Est-il donc si rare de trouver, jusqu'au sein du Christianisme, des maîtres qui tendent à faire de la domesticité une sorte de servage ? Et ceux qui nourrissent grossièrement, ou même insuffisamment leurs serviteurs ! Et ceux qui imaginent je ne sais quels prétextes pour leur différer le paiements Et ceux qui pour un dommage, même involontairement causé, leur font subir des retenues ! Et ceux qui pour la moindre faute, ou môme sans qu'il y ait faute, les renvoient impitoyablement avant l'échéance du terme, et les condamnent ainsi au chômage ! Et ceux qui, alors que leurs serviteurs ont les plus valables motif s de conscience de les quitter sans attendre l'époque convenue, refusent de tenir compte du temps qu'ils ont passé à leur service ! Et ceux, plus coupables encore, qui profitant de leur détresse, les gagent au plus bas prix possible, et de ces deux maux, ou de res-

(l) Luc. cap. X.

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