‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 89 sur 223 · J DEUTER. C. XXV, Y · texte numérisé non relu

J DEUTER. C. XXV, Y

XXVr. — LES DEVOIRS DES MAITRES ET DES SERVITEURS 2jS

ter sans pain, ou d'en gagner un peu, les forcent à choisir le moindre ! Qu'ils sachent, ces maîtres sans entrailles, qu'exploUer la pauvreté, et spéculer sur l'indigence d'autrui, sont choses que réprouvent également les lois divines et humaines ! Qu'ils le sachent, à n'en pouvoir douter, car c'est un Apôtre qui le leur dit, et c'est un grand Pape qui le leur répète : Voici que le salaire que vous avez dérobé par fraude à vos ouvriers et gens de service crie contre vous, et que leur clameur est montée jusqu'aux oreilles du Dieu des armées : Ecce merces operarioric^n qiiœ fraudata est a vobis^ clamât ; et clamor eorum in aures Domini Sabaoth introivit (1). Devoirs de charité. Dans leur ordre, ils ne sont pas moins impérieux que les devoirs de justice. D'homme à homme, en effet, de maître à serviteur, y a-t-il d'autres différences que des différences accidentelles ? N'ont-ils pas, l'un et l'autre, le même Dieu pour père, la même Église pour mère, le même ciel pour héritage? Un jour la fille d'un de nos anciens rois se prit à l'oublier. Son erreur fut de courte durée. Se croyant, sans raison valable, offensée par une de ses suivantes : Souvenez-vous, lui dit-elle avec hauteur, que je suis la fille de votre roi. — Mais celle-ci, sans se déconcerter, de répliquer aussitôt : N'oubliez pas, Madame, que je suis la fille de votre Dieu (2)... Réponse vive, trop vive peut-être, en la forme, mais pour le fond réponse vraie ... Et par conséquent, ô maîtres, soyez doux, affables, indulgents envers vos serviteurs, parlez-leur avec bonté, traitez-les avec charité, secourez-les, assistez-les, aimez-les ; c'est l'affection que vous leur témoignerez qui les fera s'attacher à votre personne dans la mauvaise comme dans la bonne fortune. Autrefois, paraît- il, ils étaient nombreux les gens de cette sorte, ils grandissaient chez le maître, qui les avait comme adoptés, ils y vieillissaient, quelquefois plusieurs générations s'élevaient sous leurs yeux, les mêmes bras portaient les enfants et les enfants des enfants eux-mêmes. Le serviteur était vraiment, et selon tout le sens étymologique du mot, l'homme de la famille, famulus, domesticus (3). Il y en a encore, mais ils-

(1) Jac. c. V. V. 4. LÉON XIII. Encycl. Rerum novarum.

(2) RoHRBACHEK. lîist. del'Eglisc. Liv. 89.

(3) En confirmation de ce que nous venons de dire, nous mettons sous les yeux du lecteur, la relation suivante extraite de la Semaine religieuse d'ALBi, reproduite par i' Univers (année l^ii) « On fêtait, ces derniers jours, les noces d'or de service d'un&

sont devenus, di'-on, beaucoup plus rares. A quoi faut-ilTatlri-, Luer ? Bien sûr, et je suis loin d'en disconvenir, à ce désir de changement qui est le caractère distinctif de notre époque. On essaie tantôt d'une chose, et tantôt d'une autre : en dépit de mille déceptions, on aspire toujours à mieux. Mais cette raison n'est pas la seule. Peut-être même n'est-elle que secondaire. La principale est celle-ci : Le serviteur n'est plus autant aimé qu'au temps jadis. Trop facilement on ne voit en lui qu'un homme à gage, auquel on s'imagine ne devoir rien, absolument rien que le prix convenu. Erreur, cette manière de penser et de faire. Avez-vous un serviteur fidèle, disent les Écritures, qu'il ne vous soit pas moins cher que votre vie elle-même, et traitez-le comme un frère ; Si est tibi servies fidelis, sit tihi quasi anima tua ; quasi fratrem sic eum tracta (1). Donc, ô maître, je le dis encore une fois, on ne saurait trop insister sur ce point : au lieu de tenir votre serviteur à distance par la sévérité du commandement ; au lieu de lui faire sentir son infériorité et sa dépendance par les exigences d'un service que vous compliquez, on serait tenté de le croire, à plaisir : -soyez bon, indulgent, prompt à excuser, facile à pardonner, et, comptez-y, à moins que vous n'ayez affaire à une nature vraiment revêche, peut-être vicieuse, il vous rendra en soins, en dévouement, en attachement sincère et durable, ce que vous lui aurez

vieille domestique de maison ; tous les membres de la famille avaient été appelés, même de loin, pour cette circonstance. De bonne heure, maîtres, ouvriers et servileiirs étaient réunis au pied de l'autel, dans cet esprit de fraternité que l'Evangile seul p.iut donner. On put voir à la sainte Table l'heureuse domestique à côté de sa maîtresse, unies dans une même foi, une même espérance, un même amour. Quelques heures après, la vieille domestique était assise à la place d'honneur, à la table de famille. La maîtresse du foyer, les larmes dans les yeux, retraça en vers suaves la vie de Fhumble et dévouée servante. On rappela les anciens dont elle avait adouci les dermiers momcnis, on parla de ceux qui avaient gi'andi sur ses bras. Le plus jeune membre de la famille, au nom de tous, rappelant que les gouvernements donnent des ■décorations aux employés fidèles, plaça sur la poitrine de la cinquantenaire une médaille d'or. L'émotion était grande chez tous, la pauvre servante était silencieuse, interdite. Une joie plus grande lui était réservée; elle allait recevoir une récompense inattendue, et pour elle estimable au dessus de toute gloire humaine. On annonça, en efifet, que le Souverain Pontife Léon XIII, s'associant à la reconnaissance de Mlle Noémie Larroque pour les services rendus pendant cinquante ans à sa famille, par Mariette Ricard sa domestique, accordait à cette dernière, avec la plus grande affection, sa bénédiction apostolique.

(1) EccLi. c. XXXIII, V. 81.

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