‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 90 sur 223 · XXVI. — LES DEVOIRS DES MAITRES ET DES SERVITEURS · texte numérisé non relu

XXVI. — LES DEVOIRS DES MAITRES ET DES SERVITEURS

donné en afTection. Je voudrais savoir qui a dit cette parole si juste : Que chez les supérieurs l'indulgence et l'affabilité sont des vertus qui leur coûtent peu, et leur rapportent beaucoup...

Mais il est temps de nous élever à un ordre supérieur de choses.

Devoirs de piété. Les devoirs de charité et de justice ne sont pas les seuls qu'il faille accomplir. Maître, vous avez charge d'ames. Oui, dès là que tels de vos semblables dépendent de vous et relèvent de votre autorité, cette obligation nécessairement vous incombe, de vous employer, selon tout votre pouvoir, à leur sanctification. Nécessairement, disons-nous, que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas, parce que c'est la nature elle-même des choses qui l'exige : jamais, dans aucun cas, Dieu ne peut communiquer son autorité ou une partie de son autorité à quelqu'un, ni au prêtre dans l'Église, ni au prince dans l'État, ni au père dans la famille, ni au maître sur les gens de sa maison, pour une autre fin que celle pour laquelle il en use lui-même. Donc, ô maître, vous avez vraiment charge d'Ames, c'est-à-dire, comme l'explique admirablement Bourdaloue : Autant ce domestique vous est redevable de son travail, autant vous lui êtes redevable de votre zèle pour son salut; autant il vous doit une espèce de service, autant vous lui en devez un autre; autant il est chargé de certains emplois chez vous, autant vous êtes responsable de ses actions; autant il est votre serviteur pour ce qui regarde le corps, autant vous êtes le sien pour ce qui regarde l'âme. Ainsi la servitude est mutuelle, et la dépendance réciproque entre lui et vous (1).

Par conséquent, et pour en venir aux applications pratiques:

Maîtres, instruisez, ou faites instruire vos serviteurs des vérités de la foi, s'ils les ignorent, et la plupart du temps ils les ignorent. Ils sont ces humbles, ces petits, ces affamés du pain de la doctrine, auxquels jusqu'à présent peut-être personne n'en a donné la moindre miette.

Maîtres, laissez à vos serviteurs le temps de prier, d'assister aux Offices de l'Église, d'accomplir le devoir pascal, ou tout autre devoir religieux essentiel. Qui sait si ce n'est pas la présence de ce pieux domestique qui attire sur votre maison les bénédictions

(1) Dominicales, t. 2.

du ciel ! Au chapitre trentième de la Genèse, nous entèndôln's Laban dire à Jacob : Depuis que vous êtes chez 7noi, il est visible que Dieu me bénit (1).

Maîtres, veillez sur vos serviteurs: sachez bien au juste queHes sont leurs habitudes, leurs conversations, leurs fréquentations. Sachez ce que valent leurs moeurs. Pourquoi cet enfant n'est-rl plus ce qu'il était encore hier ? Qu'est devenue cette physionomie jusque-là si pure, si candide, si transparente ? Cet œil est éteint ! Ces lèvres ne savent plus sourire ! Mère trop peu avisée, en quelles mains avez-vous mis ce cher petit ^^tre^ espoir de votre maison ! C'est un moraliste païen, tout païen qu'il fût, qui veut : Qu'on emploie tous ses soins à bien choisir les servantes chargées de la première éducation; car, s'il est nécessaire de façonner les membres des enfants tout aussitôt après leur naissance, pour ne leur laisser contracter aucun défaut nature], on ne peut former trop tôt non plus leur caractère et leurs mœurs.

Maîtres, ne gardez pas plus chez vous des serviteurs blasphémateurs et impies, que des serviteurs libertins et vicieux. Voulezvous un beau modèle à suivre : Dans le besoin où je me trouvais d'avoir auprès de moi des gens qui me servissent, je prenais ceux que je savais les plus fidèles au Seigneur, ceux qiii marchaient dans la voie de ses commandements, et menaient une vie irréprochable : Ambulans in via immaculata, hic mihi ministrabat (2). Et encore : Je ne voulais point dans ma maison, de ces superbes, ni aucun de ces hommes dont les lèvres ne s'ouvrent que pour insulter au Dieu que j'adore : Non habitabit in medio domus meœ, qui facit superbiam, qui loquitur -tniqua (3). Vous avez entendu, maîtres chrétiens, c'est un roi qui vient de parler, un roi qui se voyan^ obligé d'avoir beaucoup d'officiers, avait soin de n'en prendre que de vertueux.

Enfin, ô maîtres, pour ne rien omettre : à l'instruction, à la correction, joignez le bon exemple. Les serviteurs ressemblent aux | enfants, ils sont naturellement observateurs et imitateurs. C'est pourquoi ne dites en leur présence rien de ce qui ne doit pas être dit ; ne faites sous leurs yeux rien de ce qui ne doit pas être fait- Ci) Gen. c. XXX, V. 27.

(2) Ps\L c. V. 6.

{3)PSAL. c. V. 7.

Page 1