‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 91 sur 223 · XXVI. — LE? DEVOIRS DES MAITRE? ET DE? SERVITEURS · texte numérisé non relu

XXVI. — LE? DEVOIRS DES MAITRE? ET DE? SERVITEURS

';Su"l oui, quel malheur pour eux, et pour vous quelle lourde res- 4)onsabililé, si par de perfides insinuntions, ou par des actes de violence, vous vous en fnisiez des instruments de criminelle passion ! N'eût-il pas mieux valu mille fois pour cette humble villageoise qu'elle fût restée sous le toit pnternel, pauvre mais vertueuse, que d'entrer chez vous pour en sortir déshonorée?... Perdre ceuxlà même qu'on a mission de sauver, n'est-ce pas la plus criante des iniquités ?

Toutes ces choses expliquées, et, je l'espère, bien comprises, il nous reste à parler des devoirs des serviteurs enVers leurs maîtres. Mais pourrons-nous faire beaucoup plus que de les énumérer ?. . .

Que les serviteurs respectent leurs maîtres; ceux-ci, en effet, ne sont-ils pas les représentants de Dieu, de Dieu qui les revêt d'une partie de son autorité, et veut qu'entre les hommes, encore qu'ils soient tous égaux par nature, il y ait néanmoins, pour des raisons d'ordre général, certains liens de subordination et de dépendance : Quœ autem sunt, a Deo ordinata sunt (!) ?

Que les serviteurs obéissent à leurs maîtres; la raison est la même : c'est Dieu qui commande en leur personne. Saint Paul le dit expressément : Serviteurs, obéissez à vos maîtres charnels : Servi, obedite do^ninis camalibus ;'que cette obéissance soit simple, respectueuse, accompagnée de crainte de Dieu : cv.m timoré • et tremore, in simplicitate cordis vestri, sicut Christo ; il continue : Ne les servez pas seulement lorsqu'ils ont l'œil sur vous, comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux hommes ; non, mais vous considérant comme les serviteurs de Jésus-Christ, faites de bon cœur la volonté de Dieu : non ad oculos servientes, quasi hominibus plaçantes, sed ut servi Christi, facientes voluntatem Dei ex anima (2) .

Que les serviteurs soient fidèles. C'est le strict devoir. Ils servent à titre onéreux. La première condition du contrat, c'est qu'en /^ retour du salaire convenu et librement accepté, ils ne gâtent rien \~ i de ce qui appartient au maître, ils no prodiguent rien, ils ne déro- I | bent rien, ils ne retiennent rien pour quelque motif que ce soit, ■/■ -ou de compensation, ou de nécessité, ou de coutume. Qu'ils aspi-/

(1) I Cor. c. vit, v. 21.

(2) Eph. c. VI, V. 5. 6.

rent à une amélioration dans leur état ; autrement dit, pour employer le langage usité, qu'ils demandent à gagner davantage : à cet égard leur liberté reste entière ; et s'il est chrétien, ou simplement équitable, le maître se fera un devoir de reconnaître par une plus large rémunération, des services dont il a pu déjà apprécier ie prix. Mais jusqu'à nouvelles conventions, les premières font loi, et le serviteur, quelques mérites quïl ait, ou croie avoir, car on est mauvais juge dans sa propre cause, ne peut les enfreindre sans violer les règles de la plus rigoureuse justice.

Un dernier mot : O serviteurs, acceptez sans murmure la condition où la divine providence vous a placés. Sans doute, à la considérer à un point de vue simplement humain, elle est infime, elle est pénible même : il est dur de rester, peut-être toute une vie, sous la dépendance d'autrui; mais si vous regardez plus haut, les aspects changent, et vous entendez saint Paul vous dire : Que, même au cas où vous pourriez devenir libres, mieux vaudrait l)eut-ôtre rester dans votre condition : Etsi potes fleri liber, 'niagisutere (1). Pourquoi ? parce que les responsabilités étant moindres, et moins nombreuses aussi les occasions de pécher, le salut de votre âme est plus facile, plus sûr mille fois. En toutes choses il faut voir la fin. Il y aura un jour où tel maître regrettera d'avoir été maître, tel serviteur se réjouira d'avoir été serviteur. La figure de ce monde passe, dit saint Paul : Prœterit figura hujus mundi (2), c'est-à-dire, dans la pensée de l'apôtre : que, de même qu'en une représentation de théâtre l'important n'est pas d'avoir ou ce rôle ou cet autre, puisque, la pièce finie, chacun redevient ce qu'il était antérieurement, mais de bien remplir celui qu'on a, pour prétendre à la rémunération convenue : ainsi, dans le monde,, que ceux-ci soient plus élevés, ceux-là moins, ceux-ci princes, ceuxlà sujets, ceux-ci maîtres, ceux-là serviteurs, c'est la chose secondaire; celle qui importe vraiment, c'est que chacun fasse son devoir, tout son devoir, là où la divine providence l'a placé, en vue de la récompense à recevoir de Celui qui étant la justice même^

(1) 1 Cor. c. VII, v. 21.

(2) I Cor. c. vu. v. 31. Est enim inundus instar scœnae in qua pçragitur fabula vilae hujus. Cornel a Lap. in h. l.

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