‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 93 sur 223 · XXVIT. — LES DEVOIRS MUTUELS DES PATRONS ET DES OUVRIERS · texte numérisé non relu

XXVIT. — LES DEVOIRS MUTUELS DES PATRONS ET DES OUVRIERS

choses, comme le voulait et le disait l'ancien paganisme, ils auraient droit déjà à quelque relâche : une machine ne peut fonctionner toujours. Seraient-ils des hommes^ des hommes seulement, et rien de plus, comme tendent à le faire croire certaines doctrines du temps présent, leur droit au repos serait encore plus ^solidement établi : l'homme n'a que des forces limitées ; à mesure qu'il les exerce il faut qu'il les renouvelle. Que dis-jc ! S'il n'est suivi d'un autre, plus long, plus réparateur, sans être moins périodique, lui-même le repos de la nuit ne suffit pas ; à cet égard la preuve est faite. Mais, par bonheur, nous avons mieux que l'ancien ou le nouveau paganisme : l'ouvrier n'est pas uniquement une chose, ni même simplement un homme, c'est un chrétien, un enfant de Dieu, ayant comme tel des devoirs religieux à accomplir, devoirs essentiels qu'il n'est pas libre d'omettre, une fin surnaturelle à atteindre, fin surnaturelle nécessaire, à laquelle il ne peut renoncer sans crime. Et comme le repos du dimanche est l'indispensable moyen de les accomplii-, ces devoirs essentiels, de l'atteindre, cette fin surnaturelle nécessaire, la cessation du travail, au jour du Seigneur y doit être la condition exp^^esse ou tacite de tout contrat passé entre patrons et ouvriers (1) . Ainsi s'exprime le grand Docteur qui sera notre guide jusqu'à la fin dans cet important sujet; et il conclut : Là où cette condition n'entrerait pas, le contrat serait malhonnête, c'est-à-dire injuste, cai* ni le patron a le droit d'exiger, ni l'ouvrier celui de promettre la violation des devoirs envers Dieu et envers eux-mêmes : Neque enimhonestum esset convenire secus, quia nec postulare cuiquant fas est, neque spondere neglectum officiorum quœ vel Deo vel sihimetipsi hominem obstringunt (2)... Enfin, et ici encore, comme précédemment, pour ne rien omettre, patrons, soyez justes envers vos ouvriers, et payez-leur le salaire, un salaire convenable . Faire autrement, c'est-à-dire spécule^- sur leurs besoins, exploiter leur misère, acheter leur travail au rabais, chose qui arrive chaque fois que, sans raisons absolument impérieuses d'en agir ainsi, on le paie au-dessous du minimum, et plus malhonnêtement encore, qu^Qd on ne le paie pas du tout, quelle

(1) Encyc. Rerum rwvuram.

(2) Ibid.

cruauté ! Quelle inhumanité ! Quelle violation criante de la justice ? Est-il besoin d'ajouter qu'un tel contrat, où il y a violence d'aune part, et défaut de liberté d'une autre, est nul de plein droit ?(1)

Mais ce salaire, pour être convenable, que faut-il qu'il soit?

Doit-il être proportionné au travail ? Sans aucun doute ; car dès là que l'ouvrage fait par un homme est un acte humain, c'està-dire le produit de l'intelligence de cet homme, encore plus que de la force de ses bras, et par conséquent plus noble que toute marchandise, de quelque ordre qu'elle soit, c'est bien la moindre des choses qu'il soit assimilé, quant à la rémunération, à tel objet échangeable que l'on se procure, moyennant le prix qu'il vaut, d'après l'estimation commune. Entre l'ouvrage, et le salaire qui est le paiement de l'ouvrage, il faut donc qu'il y ait équivalence, ce qui veut dire que, si le travail demande un plus grand effort d'intelligence ou déploiement d'activité, ou bien qu'il soit de plus longue durée que la durée ordinaire, ou bien de telle nature que la santé puisse en souffrir, on même comme il arrive dans les mines par exemple, la vie être compromise, c'est justice que le salaire s'élève en conséquence.

Mais doit-il être proportionné aux profits du maître ? En stricte justice, non. Le maître fait toutes les avances, de fonds, de location, de matière première, d'outillage, d'entretien de l'outillage ; l'ouvrier n'en fait aucune. De même qu'il fait toutes les avances, semblablement le maître court tous les risques, provenant ou de la concurrence, ou de la production excessive amenant la baisse dans les prix de vente, ou de tel événement grave, propre à jeter la perturbation dans la vie sociale d'un peuple, et l'y jetant en effet; l'ouvrier n'en court aucun, ou, s'il en court, c'est dans une proportion notablement moindre. C'est pourquoi^ comme compensation des avances faites, ou des risques possibles, tous les bénéfices reviennent au maître, et en stricte justice l'ouvrier n'a pas droit au partage. Mais là où la stricte justice s'arrête, l'équité naturelle apparaît avec ses fécondes industries. Patrons, si la fortune vous sourit, si votre commerce prospère, si le corps aux

(1) Quod si necessitate opifex coactus, aut mali pejoris metu permotus duriorem condilionem accipiat, quae, etiamsi nolit, accipienda sit, quod a domino vel a redemp- •tore operum imponitur, istud quidem eet subire vim, cul justitia réclamât. Engyc, Jîerum novarum .

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