XXVII. —LES DEVOIRS MUTUELS DES PATRONS ET DES OUVRIERS
cent bras de ces braves gens, de ces ouvriers sobres et honnêtes, fait affluer la richesse dans votre maison, soyez bienfaisants, généreux, charitables ; ce que vous n'êtes pas tenus de donner par obligation de justice, donnez-le spontanément et par surérogation (1); que vos ouvriers, dont le travail consciencieux et assidu vous procure tant d'avantages, puissent non seulement se nourrir, se vêtir, se loger, eux et leurs familles, mais encore faire quel-, ques économies pour pourvoir à leur existence, aux jours de chômage forcé, de maladie et de vieillesse. C'est une saine et autorisée Théologie qui nous dit que ce n'est pas assez d'observer le précepte de la charité, mais que dans l'accomplissement de ce devoir il y a un ordre à garder, en telle sorte que ceux qui nous son*; plus prochains passent avant ceux qui le sont moins. Or, après • votre femme, vos enfants et vos proches par le sang, qui vous est plus prochain que ces bons ouvriers, dont vous êtes comme le père, au sens où nous l'avons dit précédemment, et qui sont pour vous une seconde famille? x\h ! on comprenait cela autrefois. Aujourd'hui encore, époque d'égoïsme pourtant, et de mise en oubli des saintes prescriptions de l'Évangile, nos grands industriels catholiques le comprennent et le font (2). . .
Et le sujet n'est pas encore tout épuisé. De la parole de haute portée que nous avons citée au début, et des développements auxquels elle a déjà donné lieu, il reste une troisième conséquence à tirer.
Patrons et ouvriers, puisque vous êtes deux portions, l'une et l'autre nécessaires, d'un même tout, et que du lien qui vous unit, il résulte, des droits à exercer, des devoirs à accomplir : afin de les exercer, ces droits, comme ils doivent être exercés, de les accomplir, ces devoirs, comme ils doivent être accomplis, soyez chrétiens. Patrons, si vous ne Fêtes pas, que serez-vous ? Je le crains, fiers plus que de mesure de vos succès, faciles à mal user de votre prospérité, dédaigneux de l'ouvrier, comme s'il était d'une autre nature, peut-être inhumains, peut-être avides de gain
(1) nie qui ex re alterius accepta multum juvatur, potest propria sponte aliquid vendent! supererogare ; quod pei'tinet ad cjus honestatem. S. Thom. 2. 2. q. 77. ar!. 1. in corpore arti. adfinem.
(2) En particulier : MM. Marne, de Tours, Harmel, près de Reims. Qu'il soit permis »u modeste auteur de ces prônes de leur payer le juste tribut de son admiration.:
jusqu'à l'injustice. Le siècle est visiblement sur la pente de la malhonnêteté. L'argent prime tout, même la vertu, surtout la vertu : Virtus post nummos, disait un ancien ; et un autre : On veut avoir ; quant aux moyens pour avoir, on n'y regarde pas, l'important est d'avoir : Unde habeat nemo quœril, sed oportet kabere. Nos temps diffèrent-ils donc si notablement de ceux où l'on pouvait prononcer de telles paroles, sans provoguer beaucoup d'étonnement, tant elles étaient reconnues comme l'expression vraie des mœurs alors existantes ?. . . Ouvriers, si vous ne l'êtes pas, que serez-vous ? que ferez-vous ? jusqu'où irez-vous? Hélas! je ne le vois que trop clairement. Ce que vous serez : mécontents du sort, impatients du joug, jaloux du bien d'autrui jusqu'à la noire envie, incapables de trouver en vous et en vos propres forces assez de courage, je ne dis pas pour accepter, mais même pour supporter, cette inégalité pourtant inévitable dans l'état social, l'inégalité des conditions. Ce que vous ferez : Ah ! je sais bien ce que vous devriez faire, des associations, comme autrefois^ entre patrons et ouvriers, au moyen desquelles les intérêts seraient débattus pacifiquement ; mais au lieu de ces choses, si vous n'êtes pas chrétiens, vous en ferez d'autres, des coalitions, des grèves, entreprises malheureuses, si méchamment conduites par les uns, trop facilement acceptées par les autres, encore plus préjudiciables aux ouvriers qu'aux patrons eux-mêmes. Jusqu'où vous irez : encore plus loin que le chômage voulu et concerté, dont nous venons de parler, et appelé grève, jusqu'au socialisme, cette grande hérésie du temps présent, qui déjà a fait tant d'adeptes, et s'apprête à en faire davantage dans l'avenir. -Sociaiiste, ou chrétien. Oui, les convoitises sont trop excitées, et l'Évangile, le seul qui soit propre à les éteindre, à les modérer tout au moins, trop mis en oubli, pour que l'ouvrier ne soit pas, en un temps donné, socialiste, s'il ne redevient chrétien.
Donc, patrons et ouvriers, soyez chrétiens ; connaissez mieux, et acceptez sans défiance la religion, ses enseignements, ses institutions, ses préceptes, ses œuvres. Le rapprochement sur les points qui vous divisent est à ce prix. Vous l'avez dit, ô grand Pape, rien d'efficace ne sera fait, s'il n'est fait par l'amélioration morale et religieuse des patrons et des ouvriers. Tout autre moyen, \suggéré par la prudence humaine n'aboutira pas : Cum religio^