‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 96 sur 223 · XXYIII. — DEVOIRS MUTUELS DES PASTEURS ET DES FIDÈLES · texte numérisé non relu

XXYIII. — DEVOIRS MUTUELS DES PASTEURS ET DES FIDÈLES

de tout pasteur est de paître: pastor apascendo. Rarement le langage humain a rendu une idée juste par un mot plus heureux. Donc, queJes pasteurs paissent leur troupeau; saint Bernard le leur crie: paissez-le par la parole, paissez-le par l'exemple, paissez-le du fruit de vos longues prières : Pasce verbo, pasce exemplo, pasce longarum fructu orationum (1).

Par la parole: verbo. Qu'ils prêchent^ les pasteurs: c'est saint Paul qui le leur dit, et ajoute que ce n'est pas là seulement affaire conseillée et surérogatoire, de laquelle il soit permis de se faire un titre de gloire, mais une obligation rigoureuse, un devoir qui s'impose (2). Qu'ils prêchent, les pasteurs, le plus souvent possible, même à contre-temps, s'il le faut, pour le moins chaque dimanche et aux fêtes de précepte : c'est l'Église qui le leur enjoint, sous la menace de peines sévères à encourir (3) ; et qu'elle soit une doctrine sainte, celle qu'ils donneront en i^é-iure, eloquia sacra, des paroles salutaires, salutaria verba, des avertissements profitables aux âmes qui leur sont confiées, monita salutis ;pour tout dire en un mot, que ce soitla parole de Dieu, verèwm Bei (4), et qu'ils s'en nourrissent eux-mêmes pour en mieux nourrir les autres: Inde pasco, tende pascor (5). Qu'ils prêchent donc, les pasteurs; mais en même temps que les brebis, oves, c'est-à-dire les grands fidèles, qu'ils paissent aussi les agneaux, agnos, c'està-dire les petits enfants ; à ceux-là une nourriture forte, à ceux-ci le lait. .\h ! que ne sommes-nous tous des François de Sales pour la façon de faire nos catéchismes ! C'était merveille, dit un auteur contemporain, qui avait vu à l'œuvre le saint Évoque de Cienève c'était merveille et un contentement sans égal, d'ouir combien familièrement il exposait les rudiments de notre foi aux enfants • à chaque propos les plus riches comparaisons lui naissaient en la bouche ; il regardait son petit monde, et son petit monde le regardait; il se faisait enfant avec les enfants pour former en eux l'homme parfait selon Jésus-Christ (6).

(1) s, Bernard.

(2) I Cor. c. IX, v. 16.

(3) Conc. Trid. Sess. 5. De refor. c.

(4) Con. Trid. passim.

(5) S. Augustin.

(6) Hamon. Vie du Saint.

Par l'exemple : exemplo. Cette prédication vaut encore mieux que la précédente, si bonne soit-elle. Prêcher d'exemple, c'est le moyen de prêcher à toute heure : Est loerpetuiun prœdicandi génies (1). Ce que le Prince des pasteurs, Jésus Christ, disait aux Apôtres, il le répète à tous ceux qui, à un titre ou à un autre, ont charge d'àmes: qu'ils sont la lumière du monde, lux mundiy l^ sel de la terre, sal terrœ. Dans cet admirable apologue que l'Kgliï^e nous fait lire, au second dimanclie après Pâques, non seulement le bon pasteur connaît ses brebis, et leur parle, puisqu'il les appelle, chacune par son nom, mais il va devant elles : a7ite eas vadtt (2). Est-il manière plus touchante de rappeler au chef spirituel d'une paroisse, que son devoir est d'édifier par l'exemple, non moins que par la parole? C'est pourquoi, dans ses deux lettres à Timothée, le disciple très cher qu'il avait fait prêtre et pasleur, saint Paul ne lui recommande rien tant que d'être, au mi- Ueu de son troupeau, un modèle parfait en toutes choses, principalement dans les entretiens, dans les rapports avec le prochain, dans la charité, dans la foi, dans la chasteté (3). Aux Juifs, trop souvent réfractaires à ses enseignements, Jésus Christ disait : Ma parole ne prend pas en vous : Sermo meus non capit in vohis (4). Le serviteur n'est pas de meilleure condition que le maître. Dans les temps très troublés que nous traversons, notre parole, pas plus que celle du Maître, ne trouve faveur. Une dernière ressource reste : le bon exemple. La prédication par l'exemple n'est point sujette à contradiction. C'est un langage, duquel on ne se défie pas. Il est rare qu'il manque son effet. Je veux être de la religion du saint évêque de Genève, disait un honnête jprotestant : une religion qui a fait un homme si bon, si doux, si accompli en tout genre de vertus, ne peut pas ne pas être la vraie.

Et il y a pour les pasteurs un autre devoir à accomplir, une autre manière d'être pasteurs, c'est-à-dire de paître. Qu'ils prient : pasce long arum friLClu oraiionum. Qu'ils prient beaucoup. Que chacun d'eux soit pour son peuple un nouvel Galas ; Hic est rVa-

(1) Ap. s. LiGUORi. Selva,

(2) JoANN. cap. XI.

(3) I TiM. c. IV, V. 12.

(4) JOANN. c. VIII, V. 37,

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