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XX-VIII. — DEVOIRS MUTUELS DES PASTEURS ET DES FIDÈLES

trum amator et populi : hic est qui miiUiim oratpro populo (1). Ajouterui-jc que le moindre de nous est mieux pourvu, à cet effet, que ne l'était le grand-prêtre, sous la loi ancienne, ce grand-prêtre fût-il Onias lui-même? Celui-ci n'avait à son usage que de pâles ligures, des éléments sans force, comme le dit saint P nul, infirma et egcna elementa (2). Nous avons, nous, les réalités, le vrai et substantiel sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, sacrifice d'adoration, de propitiation, d'impétration, d'action de grâces. Que le prêtre-pasteur en tire toute la vertu qui s'y trouve renfermée. Que chaque fois qu'il monte au Saint Autel, et immole la divine victime, il prie pour lui et pour les autres, plus pour les autres que pour lui; pour ceux qui ont plus besoin, pour les petits, les humbles, les affligés, les infirmes, les pécheurs, les pécheurs endurcis surtout. Quant à ces derniers, les quelques sentiments religieux qui se font jour encore dans leur âme, bien qu'à de rares intervalles ; leur vie qui, quoique n'étant plus chrétienne, reste encore honnête ; le retour à la foi et à ses saintes pratiques, qui se fera, il faut l'espérer, au déclin de leur existence, ou aux approches de la mort : qui sait si tout cela n'est, ou ne sera pas le fruit du Mémento que leur Pasteur fait d'eux et pour eux à la messe de chaque jour ?. . .

Et maintenant, ô paroissiens, ô fidèles, n'en ai-je pas dit assez sur les devoirs des pasteurs envei's vous, pour avoir le droit de vous rappeler ceux que vous avez à accomplir à leur égard ?

Premièrement : Aimez vos pasteurs. Ils sont vos pères dans la foi. Ils vous ont engendrés en Jésus-Christ par l'Évangile (3). Vous leur êtes presque aussi redevables que les Galates l'étaient à saint Paul. Or, savez-vous jusqu'où ceux-ci poussaient leur attachement, et la reconnaissance des bienfaits reçus? Un mot échappé à l'humilité de l'Apôtre nous l'apprend : Je vous rends ce témoignage, leur écrit-il, que vous étiez disposés, si la chose eût été possible, à vous arracher les yeux, pour me les donner : 2'estimonium perhibeo vobis, quod, si fieri posset, oculos vestros eruissetiSy et declissetis mihi (4). Ajoutons pourtant que personne n'est tenu

(l)Ii:i.VCH. C. XV, /. 14.

(2)Gala.t. c. IV, V. 9.

(3)1 Cor. c. r. , /. 15, iji) Galat. c. IV, V. 15.

à cet héroïsme, ni à quelque autre. D'ailleurs, il faut bien le reconnaître, les Galates faisaient exception, et nous entendons le inême saint Paul dire aux Corinthiens, non pour s'en plaindre, mais le constater seulement : que, tout prêt qu'il était à leur livrer tout ce qu'il avait, et à se livrer lui-même pour le salut de leurs âmes, encore qu'il eût pour eux beaucoup d'affection, ils en avaient peu pour lui: Ego auiem libentissime impendam, et sw- ;peri7npendar ipseproanimabus vestris : licetplus vos diligens, VU71US diligar {{).

Secondement : Respectez, honorez vos pasteurs, à raison des pouvoirs qu'ils ont reçus, des fonctions qu'ils exercent, du carnctère qu'ils portent. Ne sont-ils pas d'autres Jésus-Christ, ainsi que les appelle un ancien Docteur, sacerdos aller Christus'^. . . Ce n'est donc pas en tant qu'hommes qu'ils ont droit au respect et à l'honneur ? Mais non ; comme hommes ils peuvent avoir moins d'esprit que vous, une position sociale bien inférieure à la vôtre : parmi eux, non viiiltipolenles, non miilti nohiles (2)... finalement comme hommes, ils peuvent être beaucoup moins que vous ; mais comme prêtres, ils sont beaucoup plus que voiîs, plus que les plus puissants de ce monde, plus que les rois eux-mêmes. Vous avez lu ce trait de saint Martin à la table de l'empereur Maxime. Le monarque, par déférence, lui avait présenté sa coupe, comme c'était l'usage de ce temps-là, pensant bien qu'après avoir bu, le saint ne manquerait pas de la lui passer aussitôt. Mais au grand étonnement des convives, saint Martin, sans tenir compte de l'étiquette impériale, l'offrit au diacre dont il était accompagné, voulant ainsi faire entendre qu'un diacre était, dans son appréciation, supérieur même aux têtes couronnées. Toute la cour comprit la leçon, et il ne vint à l'esprit de personne de s'en plaindre (3).

Troisièmement : Obéissez à vos pasteurs, soit qu'ils commandent, soit qu'ils défendent, surtout quand ils signalent des doc* trines perverses, ou qu'ils tonnent contre des vices publics et scandaleux. C'est leur devoir de le faire, devoir de charité, de justice même (4); et malheur à eux, s'ils ne le font pas, ils sont grande-

Ci) II Cor. c. xii, v. 15.

(2) I Cor. c. i, v. 26.

(3) ROHRBACHER. Liv. 36.

(4) GURY. t. 2. n. 113.

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